Un homme compare son contrat d'assurance vie avec la réponse d'un assistant d'IA sur son ordinateur - Illustration générée par IA
Conseils financiers de l'IA : ChatGPT et Gemini passés au crible du CAC 40
Fin août, juste après la publication des résultats semestriels, l'agence de communication Reputation Age et la plateforme Bubbling ont fait passer à ChatGPT et à Gemini un examen que beaucoup d'épargnants aimeraient imposer à leur banquier. Du 25 au 28 août 2026, un « persona » de journaliste économique, un profil fictif qui questionne de façon automatisée, a interrogé les deux assistants sur les comptes de 39 sociétés du CAC 40 : chiffre d'affaires, résultat net, dette, croissance. Au total, 8 671 conversations et 34 684 réponses ont été analysées, puis comparées aux communiqués publiés par les entreprises.
Le verdict tient en un chiffre. Selon l'étude de Reputation Age et Bubbling, présentée fin septembre, 40 % des chiffres restitués par ChatGPT et Gemini sont incorrects. Sur dix données financières demandées, quatre ne correspondent pas à ce que l'entreprise a réellement publié. Il s'agissait pourtant des indicateurs les plus suivis de la Bourse de Paris, publiés quelques semaines plus tôt.
Le verdict tient en un chiffre. Selon l'étude de Reputation Age et Bubbling, présentée fin septembre, 40 % des chiffres restitués par ChatGPT et Gemini sont incorrects. Sur dix données financières demandées, quatre ne correspondent pas à ce que l'entreprise a réellement publié. Il s'agissait pourtant des indicateurs les plus suivis de la Bourse de Paris, publiés quelques semaines plus tôt.
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Le bon document, le mauvais chiffre
L'erreur n'est pas forcément lié à une invention. L'étude distingue en fait deux familles d'erreurs. Dans la première, l'assistant donne un chiffre obsolète ou inventé : c'est le cas de 19 % des réponses sur le résultat net et de 36 % sur l'EBITDA, un indicateur de rentabilité. Dans la seconde, plus troublante, il cite bien un chiffre officiel de l'entreprise, mais pas celui qui lui était demandé. Sur la croissance publiée du semestre, cette confusion touche 24 % des réponses : l'IA mélange par exemple croissance organique et croissance publiée, ou chiffres du trimestre et du semestre. « L'IA trouve le bon document mais y prend le mauvais chiffre », résument les auteurs.
Le taux de bonnes réponses dépend donc de la question posée. Il atteint 67 % pour le résultat net, 66 % pour la dette nette et 65 % pour le chiffre d'affaires, mais il tombe à 42 % pour la croissance publiée. Selon les sociétés, la part de réponses justes va de 81 % à 32 %. Chez BNP Paribas, 46 % des vérifications butent sur cette confusion entre deux chiffres officiels, et 43 % chez Crédit Agricole.
D'ailleurs, le document n'était pas introuvable : 78 % des sources citées, surtout par ChatGPT, renvoient aux sites des entreprises elles-mêmes. L'IA a la bonne page sous les yeux, et se trompe quand même de ligne et donc d'analyse.
Le taux de bonnes réponses dépend donc de la question posée. Il atteint 67 % pour le résultat net, 66 % pour la dette nette et 65 % pour le chiffre d'affaires, mais il tombe à 42 % pour la croissance publiée. Selon les sociétés, la part de réponses justes va de 81 % à 32 %. Chez BNP Paribas, 46 % des vérifications butent sur cette confusion entre deux chiffres officiels, et 43 % chez Crédit Agricole.
D'ailleurs, le document n'était pas introuvable : 78 % des sources citées, surtout par ChatGPT, renvoient aux sites des entreprises elles-mêmes. L'IA a la bonne page sous les yeux, et se trompe quand même de ligne et donc d'analyse.
Votre épargne ne se vérifie pas sur un communiqué
Il convient de noter que ce test portait sur des chiffres publics, qu'il suffisait de relever dans un communiqué. Or, quand vous demandez à un assistant quel contrat d'assurance vie choisir, ce que vous rapportera un placement ou comment sera taxé un retrait, la réponse ne se lit pas dans un communiqué : elle dépend de votre âge, de vos revenus, de vos héritiers. L'étude ne mesure pas ces questions-là. Elle montre ce que donne l'outil sur des données publiques, vérifiables dans un document.
Un autre résultat parlera à quiconque a déjà relancé l'IA pour obtenir une confirmation. Dans 1 144 conversations de quatre échanges, les auteurs ont demandé aux deux assistants s'il valait la peine de devenir client de l'entreprise. Les avis favorables passent de 5,6 % à la première réponse à 0,5 % au quatrième échange, et les avis défavorables de 7 % à 12,6 %. La même question, posée avec insistance, finit par changer de réponse. Il convient donc d'en retenir une leçon simple : avec l'IA, nous obtenons une première piste de réflexion, pas un avis qui tient nécessairement la route.
Le document de synthèse de cette étude a cependant lui aussi ses limites, relevées par le site spécialisé ActuIA : il ne publie ni les questions posées ni les versions des modèles testés, et ses deux auteurs vendent des services pour améliorer la place des entreprises dans les réponses des IA.
Un autre résultat parlera à quiconque a déjà relancé l'IA pour obtenir une confirmation. Dans 1 144 conversations de quatre échanges, les auteurs ont demandé aux deux assistants s'il valait la peine de devenir client de l'entreprise. Les avis favorables passent de 5,6 % à la première réponse à 0,5 % au quatrième échange, et les avis défavorables de 7 % à 12,6 %. La même question, posée avec insistance, finit par changer de réponse. Il convient donc d'en retenir une leçon simple : avec l'IA, nous obtenons une première piste de réflexion, pas un avis qui tient nécessairement la route.
Le document de synthèse de cette étude a cependant lui aussi ses limites, relevées par le site spécialisé ActuIA : il ne publie ni les questions posées ni les versions des modèles testés, et ses deux auteurs vendent des services pour améliorer la place des entreprises dans les réponses des IA.
Ce que l'AMF vous dit des conseils de l'IA
L'Autorité des marchés financiers n'a pas attendu cette étude pour prévenir les épargnants. Dans une mise en garde publiée sur son espace épargnants, elle rappelle que ChatGPT, Mistral ou Gemini « ne sont pas des IA spécialisées dans le domaine de la finance » et qu'ils ne remplacent pas le conseil d'un professionnel. Elle ajoute qu'ils peuvent s'appuyer sur des données obsolètes, inexactes ou incomplètes : l'étude en donne la pleine mesure.
Le passage qui vous concerne le plus clôt cette page. Quand vous passez par un professionnel de la finance, vous bénéficiez d'un certain niveau de protection ; ce n'est pas le cas, écrit le régulateur, lorsque vous demandez conseil à une intelligence artificielle. En cas de litige, vous ne pourrez peut-être pas saisir le médiateur de l'AMF. Et avec une IA, rien ne vous garantit que les placements proposés sont adaptés à vos besoins.
Sauf que l'IA sait vous questionner sur votre situation, vos objectifs, vos préférences, et ses conseils en paraissent d'autant plus convaincants, note l'AMF. Elle recommande de diversifier ses sources, de ne pas confier d'informations sensibles à un outil dont on ignore le niveau de sécurité, et de passer son chemin si une IA garantit un rendement élevé sans risque : il y a de fortes chances qu'il s'agisse d'une arnaque.
Le passage qui vous concerne le plus clôt cette page. Quand vous passez par un professionnel de la finance, vous bénéficiez d'un certain niveau de protection ; ce n'est pas le cas, écrit le régulateur, lorsque vous demandez conseil à une intelligence artificielle. En cas de litige, vous ne pourrez peut-être pas saisir le médiateur de l'AMF. Et avec une IA, rien ne vous garantit que les placements proposés sont adaptés à vos besoins.
Sauf que l'IA sait vous questionner sur votre situation, vos objectifs, vos préférences, et ses conseils en paraissent d'autant plus convaincants, note l'AMF. Elle recommande de diversifier ses sources, de ne pas confier d'informations sensibles à un outil dont on ignore le niveau de sécurité, et de passer son chemin si une IA garantit un rendement élevé sans risque : il y a de fortes chances qu'il s'agisse d'une arnaque.
Les plus de 55 ans, peu nombreux à s'y fier
Bonne nouvelle, en revanche : vous êtes peu nombreux à vous y fier. Avant d'effectuer un placement, 11 % des Français utilisent l'IA comme source d'information, loin derrière le conseiller bancaire ou financier (42 %), d'après le baromètre de l'épargne et de l'investissement de l'AMF. L'écart entre générations est net : 19 % des moins de 35 ans y ont recours, contre 4 % des plus de 55 ans. Parmi les utilisateurs, à peine 5 % s'en remettent exclusivement à elle avant de décider.
Les Français ne sont pas naïfs non plus : deux sur trois (67 %) estiment que l'usage de l'IA par les professionnels de la finance pourrait conduire à des erreurs ou à de mauvaises décisions, selon la même enquête. L'étude sur le CAC 40 donne raison à cette prudence.
Les Français ne sont pas naïfs non plus : deux sur trois (67 %) estiment que l'usage de l'IA par les professionnels de la finance pourrait conduire à des erreurs ou à de mauvaises décisions, selon la même enquête. L'étude sur le CAC 40 donne raison à cette prudence.
Avant de placer, contrôlez votre chiffre à la source !
Pour autant faut-il fermer ChatGPT ou Gemini (ou d'autres IA) ? Évidemment non : l'IA peut vous aider à comprendre un terme de votre relevé d'assurance vie ou une notion de fiscalité. Pour le chiffre qui décidera d'un placement, le taux, le plafond ou le montant, le bon réflexe consiste en revanche à le retrouver dans le document d'origine, ou auprès d'un professionnel autorisé, ce que l'AMF permet de vérifier. Et auand l'assistant vous répondra d'un ton assuré, souvenez-vous surtout que sur les comptes du CAC 40 qui sont pourtant officiels, il s'est trompé quatre fois sur dix...



