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Senior Actu

Article publié le 13/06/2018 à 01:45 | Lu 1538 fois

Comportements en santé à l'heure de l'automédication, de l'expertise du patient et de la techno !

La société de la longévité, c’est aussi un rapport renforcé des seniors aux moyens numériques et électroniques d’information et de mise en relation. Même les plus âgés (81% des 60-69 ans et 53% des plus de 70 ans, selon le Baromètre du numérique, de 2017) surfent sur le net ou s’informent par tablette ou smart phone. Par Serge Guérin.


Comportements en santé à l'heure de l'automédication, de l'expertise du patient et de la techno !
Les 60-69 ans sont 78% à disposer à domicile d’un ordinateur. Les septuagénaires et plus sont encore 52% dans ce cas. Mais c’est le téléphone mobile qui a la palme : 94% des 60-69 ans et 76% des plus de 70 ans en sont équipés. La tablette reste minoritaire en revanche : 34% des 60-69 ans et 21% des plus de 70 ans y ont succombé.
 
Ils « consultent » donc des sites d’info médicale, encyclopédiques (wikipedia) ou d’Etat et vont un peu, sur les Forum. Il n’y a plus de monopole de l’info santé par les « sachants ». Le professionnel du soin (médecin, infirmier, pharmacien…) doit aussi prendre en compte la fin de l’asymétrie de l’information et de la connaissance.
 
La diversité des moyens d’information et l’émergence du patient expert font leur chemin. Pour autant, le besoin de label, la confiance dans les sites issus des pouvoirs publics ou du monde médical reste fort. L’effet notoriété joue aussi comme facteur de légitimité. Remarquons d’ailleurs que, les blogs, forums et autres supports lancés par des individus, des patients experts ou encore des associations de malades connaissent une attraction encore faible.
 
Du patient à la personne
Les ventes de médicaments d'automédication, disponibles en pharmacie sans ordonnance, ont baissé de 3,7% à 2,24 milliards d'euros en 2017, selon les chiffres de l’Afipa. Reste que la hausse de l’automédication (acte fréquent pour 24% des 45-54 ans, selon l’étude LauMa de juin 2018) apparait comme une donnée de base appelée à se renforcer.
 
Selon l’étude 64% des plus de 45 ans la pratique un peu ou beaucoup. Notons que le recul, qui s’explique aussi par un hiver doux et des décisions gouvernementales plus restrictives, fait suite à deux années de forte hausse (+5,2% en 2015 et +3,3% en 2016). En comparaison avec les autres pays européens, il apparaît que l’automédication à un gros potentiel de développement.
 
Sauf que dans la plupart des autres pays, le reste à charge est plus élevé. L’automédication, contrôlée, peut se voir comme un premier pas vers la prévention et comme une manière de se prendre en charge. C’est aussi une source de réduction des visites chez le médecin ! Son potentiel concerne aussi les enjeux de dépistage à travers les autotests.
 
Mais l’attente est certainement différente entre le patient relativement passif qui vient avec son ordonnance et la personne, se posant comme consommateur ou comme « chercheur de solutions nouvelles ». Le consommateur attend, en particulier du pharmacien, du conseil adapté, du service et du prix. Parfois l’attente est en termes de réponses originales, éloignées de la pharmacopée standard. Finalement, le patient prend son pouvoir d’agir et (re)devient une personne en quête d’autonomie et de choix. Qui peut avoir besoin d’un accompagnement spécifique.
 
On notera, en revanche, que les outils d’applications mobiles en santé sont d’un usage très limité. L’étude LauMa de juin 2018 montre que seulement 20% des plus de 45 ans disent en avoir. On tombe à 2% pour les objets connectés de santé… Deux petits publics : les utilisateurs de capteur d’activité et les personnes en ALD pour un service spécifique comme le glucomètre connecté.
 
Culture du service
La société de la longévité est aussi fille de la culture du service et de la rapidité. Dans l’écosystème du soin, la pharmacie d’officine joue la proximité et se distingue par sa capacité à répondre sans prise de rendez-vous. L’avenir est vers la délégation de tâches, l’accompagnement des personnes et la prévention. C’est-à-dire du conseil…
 
La société de la longévité impliquant une priorité à la prévention sous toutes ses formes, le pharmacien peut ainsi être un délivreur de solutions liées au sport et à l’activité physique, à la sexualité, l’apparence physique ou la forme.
 
Là encore, l’enjeu pour le monde du soin au sens large (de l’officine aux organisations comme La Poste, des structures de services à domicile aux Ehpad qui évoluent comme plate-forme ouverte,…) sera de se penser comme acteur du services et porteur d’une culture de prévention.
 
Bien sur la question de la rétribution de ces services se posera. Comme de savoir qui obtiendra le magistère de conseil et la place centrale de fédérateur de solutions et de services de soin et d’accompagnement. La question dépasse les potentialités liées aux technologies et nous renvoie à notre capacité à inventer une société de la longévité équitable et de proximité.
 
Serge Guérin. Sociologue, Professeur à l’INSEEC, responsable du diplôme « Directeur des établissements de santé », Inseec Paris
Co-auteur de La Silver économie, La Charte, 2018, La guerre des Générations aura-t-elle lieu ?, Calmann-Levy, 2017