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Article publié le 27/11/2018 à 09:35 | Lu 714 fois

Adieu Monsieur Haffman : la pièce aux quatre Molières de retour à Paris

Paris 1942. La toute récente rafle du Vel d’Hiv vient confirmer ce que l’on craignait. Les mesures anti-juives ne font que commencer et le port de l’étoile jaune devient obligatoire. Monsieur Haffmann, modeste bijoutier dont la famille a déjà rejoint la zone libre, décide de confier la gestion de sa boutique à son employé Pierre Vigneau.


Il craint en effet de ne plus pouvoir assurer correctement son négoce et préfère passer la main à une personne non juive dont il connaît l’honnêteté et le talent. En échange, il lui demande de le cacher dans sa cave, en attendant des jours meilleurs.
 
Après une rapide négociation avec son épouse Isabelle, Pierre accepte le marché de Monsieur Haffmann mais lui en propose un autre : étant lui-même stérile, il ne peut donner à sa femme ce que celle-ci espère tant  et demande donc au bijoutier, déjà père de quatre enfants, d’accomplir le travail à sa place…
 
Sujet scabreux ? Ce serait sans compter avec l’habileté de Jean-Philippe Daguerre qui signe le texte de cette pièce et en assure aussi la mise en scène. Mélangeant habilement la fiction et la réalité -Otto Abbetz a réellement été ambassadeur d’Allemagne à Paris et fut effectivement rappelé à Berlin fin 1942- l’auteur brosse un portrait sans complaisance de ces heures noires de notre histoire.
 
Pendant les quatre-vingt-dix minutes où nos trois personnages, bientôt rejoints par deux autres, occupent la scène, de nombreux thèmes forts sont abordés. Thèmes de cette époque-là bien sûr, les mesures confiscatoires prises envers la population juive, le marché noir et les privations. Mais aussi des thèmes bien d’actualité, la paternité par autrui par exemple.
 
Et des thèmes de toujours, comment un homme cultivé, pacifiste et réconciliateur peut si facilement absoudre les atrocités nazis, ou comment un autre s’accommode aussi facilement d’une vie facile faite de compromissions.
Mais tous ces thèmes, si dramatiques soient-ils, sont traités avec beaucoup de légèreté, de finesse et d’humour, sans  jamais toutefois sombrer dans le désinvolte ou la facilité. Et on rit beaucoup, du début jusqu’à la fin, des tribulations parfois cocasses de ces cinq personnages.
 
La mise en scène sert remarquablement le propos, légère et sautillante dans la première partie, faite de scénettes qui se succèdent à un rythme très soutenu, en opposition avec la scène finale, toute en continuité, une scène  d’anthologie qui fera date dans le répertoire.
 
Les acteurs sont excellents. Difficile de les citer tous car la plupart sont en alternance, certains soirs c’est Jean-Philippe Daguerre lui-même qui tient le rôle de l’ambassadeur. Mention particulière cependant pour Franck Desmedt, Molière du second rôle et Julie Cavanna, Molière de la révélation féminine.
 
Après une saison triomphale au Petit Théâtre Montparnasse puis un remarqué passage à Avignon, la pièce est reprise au Théâtre Rive Gauche pour plusieurs mois. Une occasion de plus de la découvrir, ou de la redécouvrir car elle mérite bien qu’on la voit deux fois.

Axel Kiev

Adieu Monsieur Haffmann, de Jean-Philippe Daguerre
Théâtre Rive Gauche
6, rue de la Gaité
75014 Paris

Du mardi au samedi 19h dimanche 17h30






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