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Article publié le 02/09/2019 à 04:48 | Lu 2474 fois

Travailleurs seniors : les pouvoirs publics doivent redoubler d'efforts selon l'OCDE

Face au vieillissement rapide de la population, il est de la responsabilité des pouvoirs publics d’offrir aux travailleurs seniors des possibilités d’emploi plus nombreuses et de meilleure qualité afin de préserver le niveau de vie et d’assurer la viabilité des finances publiques, selon un nouveau rapport publié par l’OCDE.


Ce rapport intitulé Working Better with Age se fonde sur les tendances actuelles en matière de retraite et prévoit une hausse de 40% environ du nombre de personnes âgées de 50 ans et plus, inactives ou retraitées, dont l’inactivité devra être financée par les actifs, qui passera ainsi de 42 à 58 inactifs pour 100 actifs entre 2018 et 2050 en moyenne dans l’OCDE.
 
Dans certains pays tels que l’Italie, la Grèce ou la Pologne, le nombre de personnes âgées inactives pourrait atteindre, voire dépasser, celui des actifs d’ici 2050.
 
Mais en repoussant l’âge moyen auquel les travailleurs âgés quittent la population active tout en réduisant l’écart entre le taux d’activité des jeunes femmes et celui des jeunes hommes, il pourrait être possible de limiter cette augmentation à 9% en moyenne dans les pays de l’OCDE.
 
« Il faut se réjouir du fait que nous vivons plus longtemps et en meilleure santé » a déclaré Stefano Scarpetta, Directeur de la Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE, lors du lancement du rapport, à Tokyo. « Mais le vieillissement démographique rapide exigera des pouvoirs publics qu’ils prennent des mesures concertées visant à encourager l’activité pendant la vieillesse, de manière à compenser les répercussions graves que pourrait avoir le vieillissement sur le niveau de vie et les finances publiques. »
 
Les auteurs de ce rapport soulignent que, dans certains pays de l’OCDE, d’importants progrès ont été accomplis pour encourager les travailleurs à poursuivre leur activité professionnelle jusqu’à 65 ans, voire plus. Toutefois, dans la quasi-totalité des pays de l’OCDE, l’âge effectif auquel les personnes âgées quittent le marché du travail est encore inférieur à ce qu’il était il y a trente ans, malgré l’allongement de l’espérance de vie.
 
Ce phénomène s’explique par la conjugaison de plusieurs facteurs : de faibles incitations à continuer de travailler après un certain âge, la réticence des employeurs à embaucher et à maintenir en emploi des travailleurs âgés et un sous-investissement en faveur de l’employabilité tout au long de la vie professionnelle.
 
Dans de nombreux pays, d’autres mesures s’imposent afin de s’assurer que le travail des seniors n’est pas pénalisé mais bien encouragé. Il convient notamment de réexaminer et, le cas échéant, de réformer la réglementation de l’emploi et la rémunération fondée sur l’ancienneté, de manière à stimuler la demande de main-d’œuvre âgée et décourager le recours à des formes d’emploi précaires passé un certain âge.
 
Un aménagement plus souple du temps de travail et, plus généralement, de meilleures conditions de travail, sont également nécessaires pour augmenter le taux d’activité à tous les âges. Par exemple, de longues heures de travail pourraient dissuader certaines personnes de travailler plus longtemps, et décourager certaines femmes qui reviennent de congé maternité de poursuivre une longue carrière.
 
Par ailleurs, de mauvaises conditions de travail au cours de la jeunesse peuvent aboutir à un mauvais état de santé à un âge plus avancé et à un départ plus précoce à la retraite.
 
Selon l’OCDE, il est aussi crucial d’investir dans les compétences des travailleurs âgés. Nombre d’entre eux montrent en effet une moindre ouverture au numérique que leurs enfants et petits-enfants, et suivent beaucoup moins de formations professionnelles que leurs homologues plus jeunes.
 
« L’un des principaux éléments qui empêchent les travailleurs âgés de rattraper leur retard sur les travailleurs plus jeunes en termes de compétences est que les employeurs ne voient généralement pas l’utilité d’investir dans la formation de leur main-d’œuvre plus âgée », explique Stefano Scarpetta.
 
« Pour favoriser l’allongement de la vie active et la qualité des emplois exercés par les travailleurs seniors, il est essentiel d’offrir aux travailleurs de vraies possibilités de mettre à jour leurs compétences et d’en acquérir de nouvelles tout au long de leur carrière ». 
 
L’OCDE recommande aux responsables publics d’adopter de nouvelles mesures dans les trois grands domaines suivants :
Récompenser l’allongement de la vie active :
  1. en s’assurant que le système de retraite encourage et récompense les départs à la retraite plus tardifs parallèlement à l'allongement de l'espérance de vie, grâce à une souplesse accrue lors du passage de la vie active à la retraite ;
  2. en restreignant le recours aux dispositifs de préretraite financés sur fonds publics tout en décourageant les départs en retraite imposés par les employeurs ; et
  3. en veillant à ce que les prestations sociales soient utilisées comme des compléments de revenu pour les personnes qui ne sont pas en mesure de travailler ou qui recherchent activement un emploi et non comme un moyen d’accès à la retraite anticipée. 
Encourager les employeurs à ne pas se séparer de leurs salariés âgés et à embaucher des seniors :
  1. en luttant contre les discriminations liées à l’âge lors des processus de recrutement, de promotion et de maintien des salariés dans l’entreprise ;
  2. en visant un meilleur équilibre entre le coût de la main-d’œuvre et la productivité des travailleurs âgés, grâce à un travail avec les partenaires sociaux pour réformer les pratiques de fixation des salaires et à la suppression de certaines règles spéciales de protection de l’emploi fondées sur l’âge ; et
  3. en encourageant les employeurs à adopter de bonnes pratiques pour gérer un personnel présentant une certaine diversité d'âges. 
Renforcer l’employabilité des travailleurs tout au long de leur vie professionnelle :
  1. en améliorant l’accès à la formation continue et la reconnaissance des compétences ;
  2. en optimisant les conditions de travail et la qualité des emplois à tous les âges ; et
  3. en accompagnant les travailleurs âgés qui ont perdu leur emploi ou qui désirent en changer.