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Article publié le 07/12/2018 à 10:41 | Lu 765 fois

Relevons le défi du vieillissement pour favoriser une société plus inclusive par Alain Villez

La longévité d’un nombre croissant de nos aînés, le vieillissement massif de la population représentent aujourd’hui un enjeu sociétal auquel les politiques publiques ne pourront plus longtemps se soustraire ou se contenter de mesures partielles. Par Alain Villez, président des petits frères des Pauvres.


Deux générations de personnes âgées revendiquent désormais, à raison, d’avoir une place à part entière dans la vie de notre pays. La retraite n’est plus vécue comme le crépuscule de la vie mais comme une opportunité pour vivre autrement dans un rapport différent au temps, découvrir, expérimenter, être utile…
 
Mais ces personnes, parvenues au grand âge, peuvent être confrontées à des situations lourdes et complexes : solitude, pathologies chroniques, incapacités, autant de facteurs qui génèrent des besoins croissants d’aide à l’autonomie et des difficultés à se maintenir à son domicile.
 
Les dispositifs existants dédiés tant au soutien à domicile qu’aux formules d’hébergement ont aujourd’hui atteint leurs limites. Les politiques publiques qui les sous-tendent ne sont plus en phase avec l’évolution des besoins et des attentes. Les quelques mesures législatives contenues dans la récente loi dite d’« Adaptation de la Société au Vieillissement » n’ont pas satisfait les ambitions affichées.
 
La prise en compte du vieillissement ne peut se résumer à une timide réforme de la tarification des EHPAD et à une réforme du panier de services de l’Allocation Personnalisée d’Autonomie, même assortie d’une revalorisation des montants maximum.
 
Non seulement le système de financement est à revoir en profondeur dans le cadre de la création d’un nouveau risque de protection sociale (aux côtés des quatre autres gérés par la Sécurité sociale) mais il faut aussi promouvoir des réponses sur les sujets transversaux comme l’isolement sur les territoires urbains comme ruraux, les nouvelles formes d’habitat, la précarité, l’accès aux transports, à la culture, l’exclusion numérique, la solidarité entre les générations, l’engagement bénévole.
 
Sans prospective, sans ambition sur le long terme, sans reconnaissance des innovations sociales, la situation des personnes âgées risque de se dégrader fortement, bien loin de l’image des retraités nantis qui circule actuellement.
 
Depuis de nombreuses années, nous agissons au sein des hébergements collectifs pour personnes âgées. La présence des bénévoles des petits frères des Pauvres auprès des résidents, en complément du travail du personnel, est essentielle pour pallier l’isolement relationnel et la solitude qui sévissent trop souvent dans ces structures.
 
C’est à ce titre que nous avons soutenu en début d’année, le combat des personnels des EHPAD qui alertent sur la situation actuelle ne leur permettant plus d’avoir le temps et les moyens nécessaires d’assurer l’accompagnement et les soins dans le respect de la dignité des personnes qui ont de plus en plus besoin d’être aidées dans leur autonomie.
 
Toujours soucieux de favoriser la participation des personnes âgées aux grands débats de société, il nous a semblé important de porter aujourd’hui sur la place publique, la parole de ceux qui vivent actuellement en EHPAD, ces invisibles qu’on entend si peu. Pouvions-nous en effet contribuer à cette consultation citoyenne de grande ampleur proposée par la ministre de la Santé et des Solidarités sans y inclure nos aînés les plus fragiles ?
 
Être attentifs à leurs récits de vie, aux difficultés qu’ils rencontrent, à leurs souhaits, à leurs aspirations, c’est essentiel pour apporter à la contribution nationale « Grand âge et Autonomie » toute sa dimension humaniste et citoyenne. Ces témoignages nous ont été aussi indispensables pour nourrir les préconisations que nous portons pour l’édification d’une société plus fraternelle et inclusive à l’égard de nos aînés les plus vulnérables.