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Article publié le 05/01/2022 à 03:46 | Lu 3783 fois

Prise en charge à domicile des patients avec troubles du sommeil depuis le début de la crise sanitaire




Alors que la crise sanitaire perdure depuis près de deux ans, les formes longues de Covid-19 engendreront probablement une augmentation du nombre de patients sous oxygène à domicile, en France. Au-delà des troubles respiratoires, le virus a aussi directement impacté la qualité du sommeil des Français.


En cause : la situation anxiogène mais aussi les troubles neurologiques causés par la maladie. Pour accompagner ces patients insuffisants respiratoire et/ou atteints d’apnées du sommeil, des traitements associés à des solutions de prise en charge à domicile existent. Le point avec la Fédération Antadir, Association Nationale pour les Traitements À Domicile, les Innovations et la Recherche.
 
Le virus a non seulement bousculé la qualité du sommeil des Français mais a également révélé trois points essentiels :
1/ les patients souffrant d’apnée centrale du sommeil sont plus à risque de contracter une forme grave de la Covid-19.
2/ de nombreux patients atteints de la Covid-19 ont été diagnostiqués d’une apnée du sommeil lors de leur hospitalisation sans en avoir eu connaissance auparavant.
3/ certains ont développé par la suite, une insuffisance respiratoire chronique, nécessitant une oxygénothérapie au long cours.
 
De nouvelles avancées dans le domaine de la prise en charge respiratoire à domicile
- Le télésuivi assure une meilleure observance des patients
Des nouveautés concernant le télésuivi de la PPC (Pression Positive Continue) ont été rapportées au cours de ces deux dernières années visant à améliorer la prise en charge des patients. La pandémie de Covid-19, a notamment permis de développer davantage la téléconsultation, la télétransmission de polysomnographies réalisées à domicile, et le télésuivi des patients.
 
Une étude australienne menée auprès de 18.000 patients a notamment analysé l’intérêt d’intégrer dans le suivi de ces derniers, des données de qualité de sommeil et de qualité de vigilance diurne. Ces données ont également été utilisées pour évaluer l’observance au long cours.
 
À l’initiation du traitement, 77,4% des patients se disaient très somnolents ou modérément somnolents, alors qu’après un mois de traitement, 60% des patients déclaraient n’avoir plus de somnolence ou seulement de très légères hypersomnies diurnes.
 
« Il est aussi intéressant de souligner l’association entre l’amélioration du niveau de vigilance diurne et l’observance vis-à-vis du traitement, à un mois comme à six mois. Ce résultat est essentiel car il montre que le fait d’apporter des informations complémentaires à travers ce télésuivi, permet de suivre les patients de manière nettement plus efficace » explique le Pr Jean-Claude Meurice – Pneumologue au CHU de Poitiers
 
Vers un nouveau référentiel de prise en charge du syndrome d’apnée du sommeil central
Lors de son intervention au symposium de la Fédération Antadir, le Dr Dany Jaffuel - Pneumologue au Service des maladies respiratoires et des troubles respiratoires du sommeil, Polyclinique St Privat, Boujan-sur-Libron, a fait part des nouveautés concernant la prise en charge du syndrome d’apnées-hypopnées du sommeil central (SAHS), en dévoilant notamment, les éléments clés du nouvel algorithme décisionnel, proposé par la SFRMS qui devrait paraître en 2022.
 
Cet algorithme repose sur la même base que le référentiel de l’ERS : seuls les patients avec un SAHS central symptomatique sont traités et la recherche d’une étiologie comorbidité est un préalable à tout traitement. Mais il essaie de tenir compte des particularismes français en matière de prise en charge, proposant notamment une gazométrie sanguine et une échographie cardiaque, avant de recourir à une possible ventilation.
 
Les patients en post Covid-19 nécessitent l’instauration de nouvelles modalités de traitement pour répondre à leurs besoins
 
Les premières données de suivi de l’épidémie de Covid-19 à un an, indiquent que les patients ayant contracté la maladie, pourraient bien représenter une nouvelle population d’insuffisants respiratoires chroniques dans les années à venir.
 
Une atteinte pulmonaire persiste à 12 mois chez certains patients et 20% conservent une DLCO inférieure à 80% de la valeur théorique. Avec le déclin lié à l’âge, il est probable que ces patients puissent développer une insuffisance respiratoire dans le futur. Il s’agit pour la plupart de personnes avec des atteintes pulmonaires sévères, observées au scanner en phase aiguë et ayant été prises en charge en réanimation.
 
Selon le Dr Maxime Patout - Pneumologue au service des Pathologies du sommeil à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière : « l’oxygénothérapie de déambulation est une option intéressante pour aider au cours de la réhabilitation des patients post-covid désaturant à l’effort ».
 
Et de poursuivre : « les résultats d’études cross over ont montré que les patients atteints de pneumopathie interstitielle étaient moins essoufflés, avaient moins de désaturation, et une distance parcourue au test de marche plus importante de 20m avec une fréquence cardiaque maximale qui était moins importante sous l’oxygène, une meilleure récupération ».
 
Par ailleurs, le télésuivi de l’oxygénation à domicile a permis d’éviter de nombreuses hospitalisations pour les patients atteints de covid suivi depuis chez eux permettant de soulager l’hôpital. De même, au décours de l’infection, l’oxygénothérapie à domicile avec surveillance à distance de la saturation a permis de faciliter les retours à domicile et de faciliter la rééducation respiratoire.