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Article publié le 07/05/2020 à 06:22 | Lu 5306 fois

Personnes âgées à domicile : on a un peu trop tendance à les oublier !




Si l’on porte beaucoup d’attention à la situation personnes âgées à l’hôpital et dans les EHPAD depuis
le début de la pandémie de coronavirus, il est bon de rappeler qu’en France, la grande majorité d’entre eux (94,5%) est actuellement à domicile avec une définition du confinement souvent floue. Et que pour eux, le confinement n’est pas facile tous les jours… C’est le moins qu’on puisse dire.


Ainsi, selon le récent Observatoire Ergocall réalisé partenariat avec AG2R La Mondiale, les trois quarts des personnes âgées de 65 ans et plus affirment respecter les consignes de confinement. Pour autant, plus des deux-tiers (68%) indiquent sortir plusieurs fois par semaine notamment pour faire leurs courses (55%) mais aussi pour se changer les idées (!?) et sortir de l’enfermement (13%).
 
« Depuis le début de l’épidémie, la parole a été légitimement donnée à l’hôpital. Très peu de gens ont parlé du domicile, pourtant il est bien en première ligne de cette épidémie avec 80% des personnes impactées » remarque le Dr Yvon Le Flohic, médecin généraliste et analyste au cours des crises sanitaires.
 
Toujours selon cette étude, de très nombreux ainés, 41%, n’ont reçu aucune visite en deux mois, se retrouvant ainsi isolés de la sphère sociétale. Cependant les risques auxquels ils sont potentiellement confrontés sont et restent bien réels (les plus de 65 ans doivent faire très attention aux accidents de la vie domestique) : chutes au sein du domicile (plus du tiers, 38%, a chuté récemment), non-respect du confinement pour rompre l’isolement et la solitude et dégradation de l’état de santé psychique.
 
« Nous savons qu’il y aura plus de décès à domicile demain qu’il n’y en a en EHPAD aujourd’hui. Les politiques de prévention à destination des seniors à domicile seront de fait déterminantes pour l’avenir de notre pays » alerte Alexandre Petit, Président d’Alogia Groupe et co-fondateur d’Ergocall.
 
Habitués à voir leur famille et leurs proches ou des soignants, ces plus de 65 ans sont aujourd’hui encore plus isolés : plus de la moitié (56%) ne reçoit pas d’aide à domicile et un gros tiers (34%) a vu leurs interventions diminuées ou supprimées. Ce confinement met à mal leur moral : 56% des seniors se disent angoissés et redoutent son prolongement.
 
« La notion de confinement semble floue pour les populations les plus âgées : on se demande si les
sorties de premières nécessités ne recouvrent pas en réalité un besoin de relation sociale. Cela met
en lumière le problème de l’isolement pendant le confinement
», explique le Dr Pierre Bismuth – médecin généraliste et médecin expert.
 
Autre point très important : « on observe une dimension anxiogène très présente : les personnes âgées ont peur de contracter le virus et d’en mourir. D’autre part, on constate un effet dépressogène dû au prolongement de la durée de confinement : la perspective de revoir leurs proches, de sortir à nouveau et de retrouver une vie normale s’est évaporée. Le confinement aura des impacts psychiques majeurs
et durables
», déplore le Dr Jeoffrey Carpentier, psychiatre spécialisé dans l’expertise des troubles
post-traumatiques.
 
Rappelons qu’Ergocall est un dispositif d’accompagnement créé par Alogia Groupe, expert du bien vieillir et opérateur d’un réseau national d’ergothérapeutes et Marguerite, spécialiste de l’accompagnement et de la coordination des interventions à domicile auprès des personnes âgées et en situation de handicap, partout en France.
 
*Réalisé auprès de 2 000 personnes âgées de 65 ans et plus