Pasteurdon 2022 : Sars-Cov-2, un virus qui détourne notre réseau de neurones

La 16e édition du Pasteurdon, opération d’appel à dons de l’Institut Pasteur, aura lieu du 5 au 9 octobre 2022. Un événement devenu incontournable, invite le public à se mobiliser au mois d'octobre pour soutenir les équipes de recherche. Cet appel à la générosité des Français est indispensable pour financer de nombreux projets de recherche. C'est aussi une occasion de faire découvrir au grand public l’étendue des recherches menées à l’Institut Pasteur et les différents champs couverts : Sars-Cov-2 : un virus qui détourne notre réseau de neurones.





Pasteurdon 2022 : Sars-Cov-2, un virus qui détourne notre réseau de neurones
La transversalité des savoirs et des outils à disposition est très importante pour faire avancer la recherche. Elle s’illustre particulièrement avec cette pandémie de Covid-19 pour laquelle de nombreuses découvertes sur d’autres virus nous permettent de mieux caractériser le Sars-Cov-2.
 
Se déplacer comme sur un réseau d’autoroutes, ou envoyer des signaux à distance au système nerveux central à l’image d’un réseau de télécommunications…

Afin de comprendre les mécanismes à l’origine des formes longues de Covid-19, Hervé Bourhy, responsable de l’unité Lyssavirus, épidémiologie et neuropathologie à l’Institut Pasteur, a enquêté sur les possibles stratégies du virus SARSCoV-2 d’utilisation de notre réseau de neurones pour ses propres besoins.
 
Plus de 20% de personnes ayant eu la Covid-19 souffrent d’une persistance de certains symptômes près cinq semaines et pour 10% après trois mois. Fatigue sévère, troubles neurologiques comme l’anosmie, et symptômes anxiodépressifs, troubles cardiaques ou respiratoires sont entre autres les manifestations ressenties par ces personnes.
 
Les recherches sur les mécanismes du Covid long montrent qu’il pourrait être dû aux dommages causés par l’infection initiale, mais aussi par la persistance du virus et de l’inflammation dans certaines zones du corps humain.
 
Fort de ses travaux sur le virus de la rage et son utilisation du réseau de cellules nerveuses pour se déplacer jusqu’au cerveau, Hervé Bourhy et son équipe, en particulier Guilherme Dias de Melo, ont cherché à découvrir si le SARS CoV-2 infecte et chemine également le long des cellules nerveuses.
 
« Le virus de la rage circule et se propage le long des axones, utilisant la structure filamenteuse des cellules nerveuses pour se déplacer dans le réseau neuronal. Nous avons utilisé nos connaissances et les outils déployés pour le virus de la rage pour étudier le virus SARS-CoV-2 », explique le chercheur.

D’après une étude sur l’anosmie (perte de l’odorat), à laquelle a participé l’équipe d’Hervé Bourhy, le virus SARS-CoV-2 peut être détecté au sein de l’épithélium olfactif pendant plusieurs mois, ce qui pourrait constituer une porte d’entrée vers le cerveau et expliquer certaines manifestations neurologiques du Covid long.
 
Le virus a un effet destructeur sur l’épithélium olfactif et provoque une inflammation autour de ses neurones. Une des hypothèses est que l’inflammation est relayée à distance grâce au réseau de neurones, et entraîne la persistance de certains symptômes observés dans les formes longues.
 
« Pour expliquer la persistance des symptômes liés à la Covid, une des hypothèses en cours d’étude est que le virus, même absent, envoie des signaux vers le système nerveux central. Nous supposons que ce virus, comme celui de la rage, se déplace via le réseau de neurones dans certaines zones spécifiques du système nerveux central et perturbe certaines fonctions. Des modèles in vitro à partir de cellules humaines et animales ont démontré le neurotropisme du virus, c’est-à-dire, sa capacité à infecter et à être véhiculé par le réseau neuronal », détaille encore le chercheur.
 
D’autres travaux de recherche sont menés en parallèle par l’équipe, notamment sur la rage. De la rage au Covid, le transfert de connaissances et d’outils d’étude s’est fait tout naturellement avec une équipe habituée à rechercher sans cesse des ponts entre pathologies, entre l’animal et l’humain, entre les virus…
 
Hervé Bourhy insuffle cette multidisciplinarité et cette transversalité, que lui-même a appliquées dans son parcours professionnel. Docteur vétérinaire, microbiologiste médical, il est arrivé à l’Institut Pasteur pour suivre des cours en immunologie et en virologie, puis pour réaliser son doctorat et depuis, il a développé cette recherche sur les lyssavirus (dont le virus de la rage), qu’il a pu transférer au SARS-CoV-2.

Le Pasteurdon est à la fois une opération de collecte de dons et une occasion de partager les avancées scientifiques et médicales de l’année écoulée.
 
Cette recherche est réalisée par 143 entités de recherche qui rassemblent des chercheurs, ingénieurs, techniciens et administratifs de 77 nationalités.
 
Ces fonds, indispensables au fonctionnement de l’Institut, permettent d’apporter les ressources nécessaires à toutes ces équipes pour conduire leurs travaux et développer les technologies de pointe dans différents domaines prioritaires : maladies infectieuses émergentes ; maladie de la connectivité cérébrale et neurodégénératives ; résistance aux agents antimicrobiens, cancers, vaccinologie ou encore, intelligence artificielle.
 
Ces différentes thématiques sont explorées en parallèle pour répondre aux besoins de santé publique en France et dans le monde, et s’inscrivent dans le plan stratégique 2019-2023 de l’Institut Pasteur.

Article publié le 28/09/2022 à 01:00 | Lu 1489 fois