Médecine esthétique et intelligence artificielle : vers une nouvelle ère du médecin augmenté ?

L’ accélération du développement de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé est en train de s’étendre rapidement à la médecine esthétique et la chirurgie plastique. Avec le développement de l’intelligence artificielle, les questions sont évidemment nombreuses. Le point avec les Drs Benjamin Ascher, fondateur et président honoraire de l’IMCASet de Diala Haykal, médecin lasériste à Palaiseau.



Quel avenir pour les professionnels de santé ?

Si les médecins savent s’adapter, leur avenir ne nous semble pas menacé. Bien au contraire. La perspective que nous entrevoyons est celle du médecin augmenté dont les capacités seront démultipliées grâce à des outils ultra-performants.
 
L’objectif est de parvenir à une forme d’hybridation des pratiques médicales, de repousser les limites
actuelles de la médecine en favorisant une symbiose entre l’expertise humaine et les technologies
avancées, tout en demeurant fidèle à la vocation première du médecin : offrir des soins de qualité et
centrés sur la demande du patient.
 
Très concrètement, les outils d’intelligence artificielle apportent aux médecins une précision accrue dans le diagnostic, avec un traitement de volumes colossaux de données, dans des temps records.
 
En tant que médecin esthétique, dermatologue et chirurgien, cela a des effets très concrets sur l’analyse cutanée, le diagnostic cutané, la prédiction des résultats post-opératoires et la personnalisation des plans de traitement.
 
En parallèle de leurs applications médicales, les outils d’intelligence artificielle peuvent avoir une vraie valeur pour les médecins dans leurs tâches de gestion.

Les systèmes de gestion, de facturation, les chatbots, l’optimisation des flux, la capacité à générer facilement des contenus pour les réseaux sociaux vont profondément changer la manière dont les médecins abordent ces tâches, périphériques aux activités médicales dont ils ne peuvent cependant pas faire l’économie.
 

Quelles limites poser à l’intelligence artificielle, en termes d’éthique ?

C'est une question fondamentale s’agissant du domaine de la santé car elle porte sur l’intégrité du patient et la probité du médecin.
 
Dans le domaine de la santé, où l’intégrité du patient et la déontologie du médecin sont des impératifs éthiques cruciaux, la question des limites de l’intelligence artificielle revêt une importance capitale.
 
Pour préserver la confiance des patients et garantir des pratiques médicales éthiques, il est essentiel de définir des normes éthiques strictes.

Ces limites doivent englober des principes tels que la protection rigoureuse de la vie privée des patients, en assurant que les données médicales sensibles soient traitées avec la plus grande confidentialité.
 
La transparence des systèmes d’IA est également primordiale, permettant aux professionnels de la santé de comprendre les mécanismes décisionnels des algorithmes et assurant aux patients une information claire sur l’utilisation de ces technologies dans leur diagnostic et leur traitement.
 
Le consentement des patients devrait être une priorité, avec une communication transparente sur les implications et les risques associés à l’utilisation de l’IA. La lutte contre les biais dans les algorithmes est essentielle pour garantir une prise de décision équitable.
 
Parallèlement, la responsabilité doit être établie, impliquant les développeurs d’IA, les professionnels de la santé et les organisations de régulation notamment européennes et américaines, afin de traiter les erreurs potentielles et de minimiser les conséquences négatives.
 
Reconnaître les limites de compétence de l’IA par rapport aux compétences humaines est tout aussi important, soulignant que l’IA doit être considérée comme un outil d’aide à la décision plutôt qu’un substitut exhaustif.

Enfin, intégrer la réflexion éthique dès les premières étapes du développement des technologies d’IA dans la santé est impératif pour garantir un cadre éthique solide.
 
En respectant ces multiples dimensions, il est possible de promouvoir une utilisation responsable de l’IA dans le domaine de la santé, conciliant l’innovation technologique avec des normes éthiques élevées.
 
En réalité, le sous-jacent de ces différentes questions et celle qui nous intéresse vraiment en tant que médecins, concerne le patient. « Quelles évolutions sont d’ores et déjà à l’œuvre pour les patients ? Que peuvent-ils attendre de l’intelligence artificielle, raisonnablement et dans un avenir proche ? »
 
Outre la valeur ajoutée dans les actes médicaux opérés par les médecins, dont les patients sont les premiers bénéficiaires, les outils d’intelligence artificielle permettent également une autonomisation du patient, notamment avec des diagnostics réguliers de la peau via des applications sur smartphones, répondant ainsi à leurs attentes et offrant d’ores et déjà des solutions concrètes et opérationnelles.
 
Les consultations virtuelles, grâce aux « chatbots » écrits ou parlés, permettent de répondre aux
questions les plus fréquentes, qui ne nécessitent pas toujours une consultation ou en préambule de
celle-ci, afin d’orienter le patient et de préparer la consultation au mieux.
 
C’est donc un gain de temps et d’efficacité pour des patients qui doivent parfois composer avec des délais considérables pour l’obtention d’une consultation chez un spécialiste.

Les perspectives et les attentes raisonnables que nous pouvons avoir, à ce stade, sont celles d’une robotique avancée, de produits durables et personnalisés, éco-responsables, ainsi que des cliniques virtuelles accessibles à tous.
 
Pour les patients, des produits de soins automatisés sur mesure, un suivi post-opératoire amélioré et des applications validées et réglementées sont envisagés.
 
Bien que les outils d’intelligence artificielle soient déjà intégrés dans un certain nombre de pratiques et de spécialités (telles que la chirurgie du sein ou de l’abdomen où leur valeur ajoutée est déjà
considérable), nous nous devons d’être lucides sur ses limites.
 
Elle peut guider le chirurgien, en lui faisant éviter des gestes inconsidérés ou moins précis, notamment par la superposition de l’anatomie du patient à l’image réelle pour mieux le guider.
 
Mais le coût des outils d’intelligence artificielle, le peu de recul sur sa fiabilité et son périmètre d’exploitation réaliste, le risque de complication mais aussi l’acceptabilité pour les patients de telles solutions sont des facteurs à prendre en compte.
 
Cependant, ces technologies apportent tout de même une réelle valeur ajoutée dans l’optimisation de certains actes, comme le résume notre consoeur Dr Atchima Suwantchinda, dermatologue : « La chirurgie robotique offre une meilleure précision et un meilleur contrôle, moins de cicatrices, des temps de récupération plus rapides et des résultats améliorés.
 
L’intelligence artificielle développe également de nouveaux outils de diagnostics et des plans de traitements, tels que l’analyse des biopsies de cancer de la peau ou la recommandation du meilleur produit de comblement pour les traits du visage d’un patient
. »
 
En conclusion, l’intelligence artificielle transforme la pratique médicale, offrant des opportunités
immenses tout en interrogeant également sur la portée et les attentes que nous pouvons avoir, tant du point de vue scientifique que sur le plan éthique.
 
En tant que médecins, notre rôle actif dans le développement et l’utilisation de l’intelligence artificielle est essentiel pour garantir des soins de qualité, sûrs et éthiques dans cette ère de
transformation médicale.
 
Mais une IA « forte » voire intelligente ou consciente pourrait apparaître rapidement, dans ce cas, les médecins vont-ils résister, voire survivre à cette IA ?

Publié le 08/02/2024 à 03:10 | Lu 3886 fois