Maison de retraite : entretien avec le réalisateur Thomas Gilou (film)

Voici un long-métrage qui tombe en pleine affaire Orpea… Maison de retraite, la nouvelle comédie du réalisateur Thomas Gilou avec Kev Adams, Gérard Depardieu, Daniel Prévost, Mylène Demongeot, qui évoque la vie de Milann, 30 ans, qui, afin d’éviter la case prison, est contraint d’effectuer 300 heures de travaux d’intérêts généraux dans une maison de retraite, Les Mimosas.


C’est votre rencontre avec Kev Adams qui est à l’origine de ce projet.
Oui, j’avais envie de travailler avec lui depuis un bout de temps. Je lui avais proposé le rôle principal d’un scénario mais le film n’a pas pu se faire pour l’instant. Nous nous étions rencontrés à cette occasion et le courant était bien passé entre nous. C’est d’ailleurs lui qui m’a appelé pour me parler de Maison de retraite en me disant qu’il avait envie que je le réalise.
 
Tout en étant d’abord étonné et flatté, j’ai ensuite écouté la manière dont ils voyaient les choses, avec Catherine Diament sa coauteure. Nous sommes vite tombés d’accord, nous avons fixé des dates de
tournage pour janvier 2020, nous avons travaillé sur le casting et nous avons lancé l’aventure. Je dis « aventure » car à ce moment-là, le financement du film n’était pas du tout bouclé.
 
Kev et sa société My Family ont eu le courage de vraiment démarrer le projet sans filet... Je peux vous dire que prendre ce risque là avec autant de volonté et de dynamisme est extrêmement rare dans le cinéma !
 
Oui, sauf que durant l’hiver 2020 un tristement célèbre virus est venu gâcher la fête...
Dès la préparation du film, nous commencions à entendre des bruits inquiétants mais on ne savait pas vraiment de quoi il s’agissait... En mars, alors que nous étions en plein tournage, nous avons été obligés de nous arrêter brusquement avec le premier confinement...
 
C’était un moment de flou total, nous ne savions absolument pas quand, ou même si, nous pourrions
reprendre. Chacun s’est donc isolé chez soi, Mylène Demongeot a été très gravement malade du Covid mais nous avons fini par tous nous retrouver à la fin du printemps pour terminer l’aventure. Nous avons d’ailleurs été un des premiers tournages à pouvoir reprendre, dans des conditions sanitaires évidemment et logiquement très strictes.
 
C’était étrange car nous étions à la fois anxieux mais aussi très heureux d’être en vie, ensemble... J’en garde le souvenir d’un pur moment d’euphorie.
 
Vous parliez du casting du film : c’est grâce à vous que cette bande d’acteurs « seniors » a pu rejoindre le projet, notamment Gérard Depardieu...
J’ai travaillé avec Gérard il y a vingt-cinq ans sur, Michou d’Auber, pour lequel je lui avais permis de retrouver ses racines berrichonnes. Nous avons toujours gardé un lien et d’ailleurs je l’avais à nouveau fait tourner dans Marseille la première série française de Netflix avec Benoit Magimel. Gérard fait les choses par passion : il renifle et s’il n’a pas envie, il passe son tour ! Là, pour Maison de retraite, il a été partant tout de suite.
 
Autour de lui  : Daniel Prévost, Mylène Demongeot, Marthe Villalonga, Liliane Rovère, Firmine Richard et Jean-Luc Bideau.
Daniel a joué dans La vérité si je mens 2, qui constitue à mon avis l’un de ses plus grands rôles au cinéma avec Le diner de con de Veber. Au fil du temps, nous sommes restés en contact, développant même une relation qui va au-delà du cinéma. Avec Daniel, nous parlons de la vie, des livres, (c’est un grand auteur lui-même) ou de l’Espagne qui est une de ses passions !
 
J’avais très envie qu’il nous rejoigne et je suis heureux qu’il ait accepté. Même chose pour Liliane que je connais également par d’autres biais depuis longtemps. Pour le rôle de l’ancienne prof de lettres, je trouvais que Mylène Demongeot serait parfaite. C’est une excellente comédienne et je dois dire qu’elle représente toute ma jeunesse de spectateur. J’avoue même que je lui dois mes premiers émois d’adolescent !
 
Avec Firmine, nous nous étions souvent croisés et parlés d’éventuels projets. Le rôle du film a été écrit pour elle par Catherine et Kev. Quant à Jean-Luc, c’est quelqu’un que j’adore, avec qui j’ai tourné mon premier court-métrage à une époque où il incarnait pour moi tous ces films qui m’avaient redonné le goût du cinéma. Ceux d’Alain Tanner comme La Salamandre : des histoires du réel avec une vraie dimension romanesque.
 
En lui proposant Maison de retraite j’ai eu l’impression de boucler la boucle avec lui et, (au-delà de notre passion commune pour la Suisse ou le théâtre), de pouvoir enfin le faire tourner dans un de mes longs-métrages.
 
Enfin Marthe : avec Un éléphant ça trompe énormément et Nous irons tous au paradis elle incarne, à mes yeux, les films de copains qui ont aussi inspiré La vérité si je mens. Il était donc naturel qu’elle nous rejoigne, d’autant que Kev l’aime beaucoup. Tourner avec ces merveilleux comédiens a été un véritable privilège mais je peux en dire autant d’Antoine Duléry qui incarne le directeur de la maison de retraite. J’ai d’ailleurs été ravi de lui offrir un contre-emploi, lui qui joue d’habitude des personnages plutôt sympathiques !
 
Ce qui est formidable dans le film, c’est cette idée de transmission. C’est vrai dans la thématique de ce jeune homme qui va apprendre au contact de personnes âgées mais c’est vrai aussi dans ces différentes générations de comédiens que vous avez filmées.
C’est quelque chose qui m’intéresse beaucoup et d’ailleurs ces comédiens, (d’un « certain âge » diront nous), ont accepté le projet certes parce que je le leur ai demandé, mais aussi et surtout parce qu’ils voulaient jouer avec Kev ! Ils étaient en demande de cette confrontation-là. Il est vrai que cela croise l’idée du film et c’était à la fois passionnant et motivant dans le projet : mettre deux générations face à face et voir ce qui pouvait en résulter.
 
On retrouve aussi dans ce film une idée déjà croisée dans votre cinéma, celle du personnage appelé à devenir ce qu’il n’avait pas tout à fait prévu d’être.
Absolument, c’était le cas dans La vérité… bien sûr mais aussi dans Michou d’Auber. J’aime confronter mes personnages au contact des autres, en sachant que cela va les aider à se créer leur propre identité. La société, un milieu différent, des rencontres inattendues : tout cela peut nous changer profondément.
 
Avec : Kev Adams, , Jean-Luc Bideau, Liliane Rovère, Firmine Richard, Marthe Villalonga, Antoine Duléry, Jarry, Manda Touré.

Publié le 09/03/2022 à 02:00 | Lu 3769 fois