La prévention et les médecines complémentaires s'invitent à l'Assemblée nationale

L’Agence des médecines complémentaires adaptées (A-MCA) a organisé le 8 décembre 2022, une rencontre inédite à l’Assemblée nationale, portant sur la prévention à tous les âges de la vie (bien grandir, bien vivre, bien vieillir) parrainée par la députée Annie Vidal. L’occasion d’aborder les enjeux dans le domaine et d’approfondir les liens entre la prévention et les médecines complémentaires.


Après avoir rappelé l’objectif de l’A-MCA -une association née d’une volonté collective de contribuer à structurer le champ des pratiques complémentaires-, la directrice de l’A-MCA, Véronique Suissa, a souligné l’essor sociétal des médecines complémentaires utilisées par près d’un Français sur deux et plus encore en cas de fragilités.
 
Trois ans après son lancement, l’association regroupe plus de 180 experts hautement qualifiés, 45 partenaires particulièrement engagés, 5.000 membres de son Réseau Citoyen, un espace de santé durable œuvrant pour la Qualité de vie au travail/Qualité de vie et des conditions de travail (QVT/QVCT) et un espace de formation dédiée à la montée en expertise des praticiens.

Miser sur une culture de la prévention

« Les pratiques complémentaires, dès lors qu’elles sont adaptées, s’inscrivent dans le champ de la prévention et les enjeux sont aujourd’hui pleinement identifiés », a rappelé Véronique Suissa.
 
Parmi eux : diffuser une culture de la prévention en santé, agir en faveur du bien-être des citoyens, renforcer la démarche du « prendre soin » auprès des plus fragiles, permettre un accès à la santé dans l’ensemble du territoire, ainsi qu’un meilleur accès aux soins curatifs, préventifs et intégratifs.
 
Cependant, ces enjeux suscitent de nombreuses questions, notamment sur la manière d’introduire dans notre société une véritable culture de la prévention à tous les âges de la vie, d’autant plus que le ministère de la Santé est aussi devenu celui de la prévention.
 
Enclencher cette réflexion collective était justement tout l’objet de cette rencontre. Pour ce faire, médecins, soignants, directeurs d’Etablissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), dirigeants de groupes de protection sociale, représentants de Fondations, praticiens en approches complémentaires, sont intervenus aux côtés de dirigeants en santé, de représentants d’associations, de chercheurs ou encore d’acteurs de terrain.

Permettre aux enfants de bien grandir

Après être revenu sur les concepts clés (prévention, santé, modes de vie sains…), un axe particulier a été développé par le Dr Adrian Chaboche, médecin et hypnothérapeute, autour du concept de fragilité.
 
« Il est apparu dans les années 2000, et consiste en un syndrome clinique empêchant celui qui est atteint, de s’adapter à ce qui se passe autour de lui », a-t-il résumé. Cet affaiblissement des ressources internes, et la fragilité associée, ne concernent pas uniquement les personnes âgées, « car le bien vieillir commence nécessairement par le bien grandir », a-t-il ajouté.
 
Outre la fragilité, les conférenciers se sont justement attachés à l’approche du bien grandir, qui, comme l’a rappelé Serge Guérin, sociologue, co-fondateur et président de l’A-MCA, « concerne tout ce qui permet à l’enfant de se développer et de s’épanouir ».
 
Et les enjeux sont là aussi conséquents au regard de la diminution de l’activité physique, de l’augmentation de l’obésité chez les jeunes, de la culture des écrans qui s’ancre dans notre société, et qui impose de nouvelles mesures à prendre dès le plus jeune âge.

De nombreuses pratiques peuvent jouer un rôle clé et s’intégrer dans l’approche préventive des plus jeunes comme les activités sportives, la diététique ou encore les pratiques de relaxation. Des pratiques également utiles pour les aidants de parents d’enfants malades comme l’a rappelé Emmanuel Kupiec, conseiller de Marie-Anne Montchamp, présidente d’OCIRP, l'union d'organismes de prévoyance à gestion paritaire.

Le bien vivre en tout lieu et en tout temps

Après le bien grandir, la suite logique de ce triptyque : le bien vivre, qui « questionne la place de la prévention dans le quotidien des citoyens en considérant à la fois la diversité des situations, des modes de vie, des âges et des fragilités d’une population vieillissante », a souligné Véronique Suissa. Il interroge avant tout le bien vivre chez soi, ce qui positionne l’habitat comme un déterminant de santé.
 
Cela impose de pouvoir se sentir bien dans son lieu de vie, à la fois en termes d’accès à la santé et d’adaptabilité du logement en cas de fragilités. Et aussi au travail, qui représente un autre enjeu de santé publique en ces temps de crise sanitaire, de développement du télétravail, et à l’ère d’une réflexion portant sur l’allongement de la durée de travail.
 
« Il nous faut sortir des actions baby-foot pour la qualité de vie au travail des soignants, a estimé Pascal Brunelet, président de l’Espace de Santé Durable (E-SD) de l’A-MCA et directeur adjoint du Groupe européen d’Ehpad Maisons de Familles. L’enjeu est de contribuer concrètement à leur santé durable et de redonner du sens à l’activité professionnelle. »

Le bien vieillir

Dernier axe développé lors de cette matinée : le bien-vieillir. « Bien vieillir, c’est continuer à être ce qu’on était avant et à limiter la perte d’autonomie, a expliqué le Dr Alain Ducardonnet, cardiologue conseiller médical au sein du centre de santé Ellasanté. C’est donc bien manger, bien bouger et être connecté. »

En sachant que l’âge physiologique n’a rien à voir avec l’âge physique et que tout le monde peut être acteur de sa santé. Il n’est jamais trop tard pour commencer une activité physique et intellectuelle.
 
« L’allongement de la durée de vie, l’évolution de la sociologie des seniors, imposent de faire évoluer les représentations et de repenser le modèle de toute une société, afin de s’orienter davantage vers le care au sens de l’intergénération, de permettre le pouvoir d’agir dans toutes les situations et à tout âge de la vie », a soutenu Serge Guérin.
 
La demande sociétale pour vieillir concerne avant tout le « bien vieillir chez soi », ce qui implique d’avoir accès à la santé sur tout le territoire mais aussi de vivre dans un logement adapté aux réalités des citoyens avançant en âge. La demande concerne aussi les plus âgés et fragiles, avec une évolution des attentes des seniors en matière d’habitat inclusif ou d’habitat médicalisé en Ehpad.
 
« Le bien vieillir implique de rester en bonne santé, de bien se soigner, de préserver son autonomie et sa liberté, d’avoir des activités diversifiées, personnalisées, d’entretenir un lien social de qualité », a rapporté Marie-Anne Fourrier, déléguée générale de la Fondation Korian et Directrice de l’innovation en santé au sein du groupe.
 
Pour les experts de la seniorisation, le bien vieillir concerne tant le domicile que l’institution. Le « chez-soi est un cocon dans lequel nous passons une grande partie de notre temps, les enjeux d’adaptabilité sont essentiels pour les seniors », a rappelé Mario Bastone, dirigeant d’ENEAL, un groupe d’Ehpad.
 
Même si la dépendance est plus avancée en institution, il demeure « tout à fait possible de prévenir le mal vieillir, ce qui, pour les intervenants, passe par les activités de loisir, la préservation des liens sociaux, la lutte des pertes de capacités et aussi par des activités de prévention ou des pratiques complémentaires telles que l’activité physique adaptée ou les art-thérapies "
 
« N’oublions pas les acteurs majeurs, c’est-à-dire dire les personnes elles-mêmes, qui sont acteurs de leur santé », a exprimé le Pr Jean-Pierre Klein, médecin psychiatre et père de l’art-thérapie en France.

Les conclusions de la Députée Annie Vidal

Ces rencontres introduites par la députée Annie VIDAL ont également été clôturées par ses soins. « J’ai l’impression d’avoir fait un maxi Conseil national de la refondation (CNR), a-t-elle soutenu. Un CNR prévention, éducation et formation. »
 
Particulièrement engagée dans le secteur de la santé et du vieillissement, la députée a participé à l’intégralité des débats et a ainsi conclu de l’intérêt de la prévention de ce type de rencontres citoyennes.
 
L’importance des enjeux a ainsi été synthétisée et la prévention a été positionnée par la députée comme un levier d’action à renforcer et une démarche à instaurer et développer tout au long de la vie. Concernant les médecines complémentaires, elles s’inscrivent pleinement, pour la députée, dans le champ de la prévention dès lors que les pratiques sont adaptées aux différents publics.
 
L’enjeu en la matière demeure de faire le tri, d’apporter des repères structurants, d’avancer dans le champ de la formation et de la réglementation, de lutter contre toutes les formes de dérives ou de pratiques alternatives.
 
« Serge Guérin, Philippe Denormandie et moi-même sommes honorés d’avoir bénéficié du parrainage de Madame la Députée Annie Vidal qui a véritablement apporté de la hauteur et un cadre structurant aux débats particulièrement riches d’enseignements », a conclu Véronique Suissa.

Publié le 04/01/2023 à 03:12 | Lu 4689 fois