Arnaques

Escroquerie au faux conseiller bancaire : un appel de votre banque vous signale une opération suspecte et vous demande d'appuyer sur la touche 1

Le téléphone sonne, une voix enregistrée vous signale une opération suspecte sur votre carte et vous invite à presser une touche pour la bloquer. Cet appel de votre banque n'en est pas un : c'est la dernière porte d'entrée de l'escroquerie au faux conseiller bancaire, qui inquiète en France. Derrière la touche, un humain attend déjà votre confiance.

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Par | Publié le 19 Octobre 2026 à 09:06 | mis à jour le 19 Octobre 2026 à 09:06
Un index s'apprête à enfoncer la touche 1 d'un téléphone sans fil - Illustration générée par IA
Un index s'apprête à enfoncer la touche 1 d'un téléphone sans fil - Illustration générée par IA

« Appuyez sur la touche 1 » : le faux appel de votre banque

Une voix de synthèse, un montant précis, le nom d'une enseigne connue : tout dans ce message est conçu pour ressembler à une procédure de sécurité, et c'est justement ce qui le rend dangereux. Une auditrice de la radio ICI en a fait l'expérience, relate Presse-citron. La voix lui annonçait une opération suspecte de plus de 475 euros chez Zalando, au nom du Crédit Mutuel, et l'invitait à appuyer sur la touche 1 pour joindre le service des fraudes.

Cette auditrice ne s'est pas laissé prendre, pour une raison toute simple : elle n'était pas cliente du Crédit Mutuel, et aucune dépense de ce genre n'apparaissait sur son compte. D'autres décrochent avec moins de chance. Car la touche 1 ne bloque rien du tout. Elle vous transfère vers un faux téléconseiller, qui prend le relais de la voix enregistrée avec un discours rodé, et c'est lui qui va vous demander de « sécuriser » votre argent.
 
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Faux conseillers bancaires : pourquoi la Banque de France s'inquiète

Ce nouveau scénario arrive sur un terrain que nous connaissons déjà trop bien. Dans le rapport 2025 de son Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, publié en septembre, la Banque de France chiffre la fraude par manipulation à 516 millions d'euros, en hausse de 34 % en un an. Cette famille regroupe les escroqueries où la victime valide elle-même l'opération, parmi lesquelles l'Observatoire cite la fraude au faux conseiller bancaire, la fraude au président et la substitution d'IBAN. Elle représente désormais 41,6 % de toute la fraude aux moyens de paiement en France.

Ramené au jour, cela fait environ 1,4 million d'euros détournés, selon notre calcul. Le mode opératoire, l'Observatoire le décrit sans détour : le fraudeur se fait passer pour un conseiller ou pour le service anti-fraude de votre banque, puis vous amène à valider des opérations sous prétexte de les annuler ou de les bloquer. Tout le piège est là, puisque le geste de protection que vous croyez accomplir est précisément celui qui autorise le paiement.

D'ailleurs, les escrocs ont changé de cible. La fraude par manipulation passée par la banque en ligne est montée de 244 millions d'euros en 2024 à 376 millions en 2025, soit près des trois quarts du total, quand celle qui passe par la carte est restée stable à 140 millions. Je le dis sans détour : un fraudeur qui obtient de vous un virement n'a plus besoin de votre carte, et les sommes en jeu changent d'échelle.
 

Ce que votre banque ne vous demandera jamais au téléphone

Une règle simple désamorce ces scénarios, et Cybermalveillance.gouv.fr la formule sur sa fiche consacrée au faux conseiller bancaire : un conseiller de votre banque ne vous demandera jamais un mot de passe, un code de confirmation, ni de valider ou d'annuler une opération sur votre application. Raccrochez, puis joignez votre banque par vos moyens habituels. Surtout pas par la touche de rappel du dernier appel, ni par le numéro qu'on vous a dicté : vous retomberiez sur votre escroc.
 

Revolut, Sumeria, Crédit Agricole : les parades des banques

En face, les banques cherchent la parade, et certaines ont cessé de vous appeler comme avant. Revolut l'écrit dans son aide en ligne : la banque ne vous appellera pas sans avoir préalablement réservé et confirmé l'appel avec vous, et la plupart de ses appels de support se font désormais dans l'application. Un appel imprévu au nom de Revolut sur votre ligne ordinaire doit donc vous faire raccrocher. La néobanque française Sumeria, elle, vous envoie une notification dans son application quand un de ses conseillers vous téléphone. L'Observatoire de la Banque de France encourage les autres banques à faire de même, pour qu'un appel sans notification devienne suspect par principe.

D'autres établissements reviennent à une arme plus ancienne : le temps. Au printemps, certaines caisses régionales du Crédit Agricole ont réintroduit un délai de 24 heures entre l'ajout d'un bénéficiaire et le premier virement, comme celle d'Ille-et-Vilaine à compter du 20 mai, qui le présentait comme une mesure temporaire. Cette attente laisse à la personne manipulée le temps de réfléchir, et bien souvent de comprendre.

Du côté des opérateurs, l'usurpation de numéro recule elle aussi. Selon l'Observatoire, le mécanisme qui oblige à authentifier le numéro de l'appelant est largement opérationnel depuis janvier 2025, et les opérateurs expérimentent depuis juin 2026 la coupure des appels émis depuis des numéros réservés à la réception, comme les lignes d'opposition bancaire. Banques et opérateurs étudient même un numéro court unique contre la fraude, sur le modèle du 159 britannique. Mais une voix enregistrée n'a pas besoin du vrai numéro de votre banque pour vous faire peur...
 

Déjà piégé ? Ce que l'arrêt européen du 15 octobre change pour vous

Et si vous avez déjà donné un code ou validé une opération ? Faites aussitôt opposition à votre carte, par le numéro de votre banque ou par le serveur interbancaire au 0 892 705 705, ouvert jour et nuit, puis changez le mot de passe de votre espace en ligne et notez chaque opération contestée. La plainte, pour ce type d'escroquerie, se dépose au commissariat ou à la gendarmerie : la plateforme en ligne Thésée ne couvre pas le faux conseiller bancaire, précise l'Observatoire.

Bonne nouvelle, la Cour de justice de l'Union européenne vient de renforcer votre position. Dans un arrêt du 15 octobre 2026, elle juge qu'une banque doit rembourser immédiatement une opération non autorisée, au plus tard à la fin du premier jour ouvrable, même si elle estime que son client a commis une négligence grave, pourvu que celui-ci l'ait prévenue sans retard. Elle pourra ensuite vous réclamer la perte, mais à condition de prouver cette négligence. Une seule exception demeure, le soupçon d'une fraude commise par le client lui-même, signalé par écrit aux autorités.

En revanche, ne vous méprenez pas sur sa portée. L'arrêt vise les opérations non autorisées, et votre banque pourra soutenir qu'une opération validée dans votre application a été autorisée par vous. Les recommandations de l'Observatoire lui demandent alors une première analyse en un jour ouvré, et un remboursement sans délai si elle constate que vous n'avez pas consenti ou si elle doute de ce consentement. Ce qui nous ramène au point de départ : le remboursement le plus sûr est celui que vous n'aurez pas à réclamer, et il commence par une touche 1 qu'on laisse sous son pouce.

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