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Article publié le 29/06/2020 à 01:00 | Lu 1024 fois

Un lien entre pessimisme récurrent et Alzheimer ?




Selon une étude récente menée par des chercheurs de l’université UCL à Londres et de l’Inserm, s’enfermer dans un schéma continu de pensées négatives pourrait augmenter le risque de développer la maladie d’Alzheimer.


Au cours de cette étude réalisée auprès de personnes âgées de plus de 55 ans et publiée dans la revue Alzheimer’s & Dementia, les chercheurs ont découvert que les pensées négatives récurrentes (PNR) sont associées à un déclin cognitif subséquent, ainsi qu’à une accumulation de protéines néfastes dans le cerveau qui jouent un rôle dans la maladie d’Alzheimer.
 
Les chercheurs expliquent que les PNR devraient faire l’objet d’évaluations supplémentaires pour déterminer s’il s’agit d’un facteur de risque de démence, tandis que les outils psychologiques (la pleine conscience ou la méditation) devraient être étudiés pour voir s’ils contribueraient éventuellement à réduire le risque de démence.
 
L’auteur principale, le Dr Natalie Marchant (Service de psychiatrie de l’UCL), déclare : « la dépression et l’anxiété chez les quadragénaires et les personnes âgées ont déjà été identifiées comme des facteurs de risque de démence. Nous avons récemment découvert que certains schémas de pensées impliqués dans les phénomènes de dépression et d’anxiété expliqueraient pourquoi les patients présentant de tels troubles sont plus enclins à souffrir de démence. Nous espérons que nos conclusions pourront être utilisées pour développer des stratégies visant à réduire le risque de démence chez ces personnes, simplement en les aidant à atténuer leurs pensées négatives. »
 
Pour mener à bien cette étude soutenue par l’Alzheimer’s Society, l’équipe de chercheurs de l’UCL, de l’Inserm et de l’Université McGill ont observé 292 individus de plus de 55 ans faisant partie de la cohorte PREVENT-AD, ainsi que 68 patients issus de la cohorte IMAP+.
 
Sur une période de deux ans, les participants à l’étude ont répondu à des questions axées sur les expériences négatives qu’ils avaient l’habitude de ressasser. L’accent a été mis sur l’étude des schémas de PNR, comme le fait de ruminer des événements passés et de s’inquiéter pour l’avenir. Les symptômes de dépression et d’anxiété ont également été mesurés chez ces individus.
 
Leur fonction cognitive a été évaluée en s’intéressant notamment à la mémoire, l’attention, la cognition spatiale et le langage. Parmi ces participants, 113 ont également fait l’objet d’examens d’imagerie cérébrale pour mesurer les dépôts de protéines tau et amyloïdes, responsables du type de démence le plus fréquent –la maladie d’Alzheimer– en cas d’accumulation dans le cerveau.
 
Les chercheurs ont découvert que les personnes présentant des schémas plus prononcés de PNR faisaient l’objet d’un plus grand déclin cognitif sur une période de quatre ans, ainsi que de troubles de la mémoire, et qu’ils étaient plus susceptibles de présenter des dépôts de protéines tau et amyloïdes dans leur cerveau.
 
La dépression et l’anxiété ont aussi été associées à un déclin cognitif subséquent, mais sans dépôts de protéines tau ou amyloïdes. D’après les chercheurs, les PNR pourraient être la raison principale pour laquelle la dépression et l’anxiété contribuent au risque de développer la maladie d’Alzheimer.
 
« Selon nous, il serait possible d’utiliser les pensées négatives répétitives comme nouveau facteur de risque de démence, dans la mesure où celles-ci favoriseraient peut-être la survenue d’une démence de façon unique », explique le Dr Marchant.
 
 Gaël Chételat, chercheuse Inserm à Université de Caen-Normandie et co-auteur de l’étude, ajoute : « Nos pensées peuvent avoir un impact biologique sur notre santé physique, ce qui peut être aussi bien positif que négatif. Il se peut que les exercices pratiques de préparation mentale, comme la méditation, aident à promouvoir les schémas mentaux positifs, tout en régulant à la baisse les négatifs. Il est important de prendre soin de sa santé mentale. Il devrait s’agir d’une priorité de santé publique majeure, étant donné que la santé et le bien-être sur le court terme sont essentiels et peuvent potentiellement avoir un impact sur votre risque de souffrir de démence ».
 
Les chercheurs veulent désormais étudier si la diminution des PNR –potentiellement par le biais d’un entraînement à la pleine conscience ou d’une thérapie verbale ciblée– pourrait réduire le risque de démence.
 
Le Dr Marchant et le Dr Chételat, ainsi que d’autres chercheurs européens, travaillent actuellement sur un projet de grande envergure pour voir si certaines mesures, comme la méditation, contribueraient éventuellement à réduire le risque de démence en améliorant la santé mentale chez les personnes âgées.
 
* silversantestudy.eu
 
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