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Article publié le 13/12/2021 à 03:00 | Lu 1715 fois

Rose : entretien avec l'actrice Aure Atika (film)




Le film Rose d’Aurélie Saada est sorti le 8 décembre dans les salles obscures. L’histoire ? Celle de Rose et de la révolution intime qu’elle va expérimenter. Celle d’une femme de 78 ans qui, après avoir perdu son mari qu’elle aimait tant, se découvre et réalise qu’elle n’est pas juste une mère, une grand-mère et une veuve, mais qu’elle est une femme aussi et qu’elle a le droit d’en jouir et de désirer jusqu’au bout de la vie. Avec Françoise Fabian, Aure Atika et Gregory Montel.


Quelle a été votre première réaction à la lecture de Rose ?
De l’enthousiasme, semblable sans doute, à celui de tous les autres destinataires du scénario. J’ai trouvé touchante et réjouissante l’idée de raconter sur grand écran l’histoire de cette femme de soixante-dix-huit ans, qui, se croyant condamnée à porter son veuvage en subissant les renoncements qu’il implique, se réveille un matin avec le besoin irrépressible de tout envoyer valdinguer pour se remettre à vivre comme elle l’entend et surtout, pleinement.
 
En se contrefoutant des convenances auxquelles sont habituellement soumises les femmes de son âge. En décidant même de mettre les bouchées doubles puisqu’au fond d’elle-même, elle sait très bien que le temps lui est compté.
 
Le personnage de Rose a aussi trouvé un écho en moi. Bien que n’ayant pas son âge, le temps qui passe est une notion qui m’interpelle régulièrement. Il se rappelle à nous de mille façons. Comment l’aborder ? Faut-il même l’envisager ou le défier, l’ignorer, l’accompagner oui, mais comment...
 
Aurélie dit qu’elle a écrit le rôle de Sarah en pensant à vous...
Cela aussi m’a évidemment beaucoup touchée. La surprise était d’autant plus inattendue qu’en fait, Aurélie et moi ne nous connaissions pas beaucoup. Nous avions juste dîné quelques fois ensemble avec des amis communs.
 
Parce qu’on ne sait jamais si l’image qu’on donne aux autres est le reflet de qui on est vraiment, j’aurais pu ne pas me retrouver dans cette Sarah de papier.

Mais là -à ce détail près que, bien qu’étant née d’une mère juive marocaine, je n’ai ni grandi, ni vécu dans la culture séfarade- je me suis pas mal reconnue en elle, dans sa complexité, son anxiété, cette façon qu’elle a d’être en permanence entre rires et larmes, excès et retenue, mutisme et logorrhée, dans sa relation aux autres aussi. Et à l’époque, je n’arrivais pas, comme elle, à faire le deuil d’une relation amoureuse...
 
Nous avons eu une séance de travail. Aurélie m’a dirigé de façon assez particulière, avec une oreille de musicienne, et m’a fait emprunter des chemins différents dans les deux scènes que nous avons travaillé. J’ai adoré et cela a confirmé mon envie de servir ce personnage.
 
C’est plus facile de jouer un personnage avec lequel on a beaucoup de points communs ?
Oui et non... Notre travail d’acteur qui consiste à les ramener le plus possible à ce qu’on est peut sembler assez « laborieux » quand ils sont loin de nous, ou facilité quand ils sont proches. Mais c’est toujours un travail de réinvention, de fabrication ou de précision sur son parcours, ses envies, ses frustrations... Par exemple, quand son ex vient lui annoncer qu’il attend un enfant de sa nouvelle compagne et qu’elle pète un plomb, c’est de la pure composition. Je n’aurais jamais réagi comme cela ! (rire)
 
En voyant le film on se dit qu’Aurélie a sans doute mis aussi beaucoup d’elle dans Sarah, que vous pourriez donc être en quelque sorte son porte-parole ou son double...
Si c’est le cas, elle ne me l’a pas dit. Elle m’a juste proposé de porter certaines des tenues de sa garde-robe, qui est très riche. Peut-on y voir un indice qui étayerait votre supposition ? Je n’ai pas de réponse ! (rire)

Comment avez-vous fait pour que la fratrie que vous composez avec Grégory Montel et Damien Chapelle paraisse si soudée alors que vous ne vous étiez jamais rencontrés ?
Quand on arrive sur un plateau avec des souvenirs communs, les choses, on le sait, sont toujours beaucoup plus faciles. On a donc décidé de s’en fabriquer. Comme on est tous les trois des grands gourmands, on s’est organisé des dîners.

Aurélie doit avoir le sens du casting car bien que très différents, on s’est tout de suite comportés comme des frères et sœurs. On s’est parfois chamaillés, mais surtout beaucoup appréciés et cajolés. Françoise et Aurélie se sont parfois jointes à notre trio. C’était gai et chaleureux.
 
Et Françoise ?
Dans le film, son personnage de Rose est censé m’agacer par moments et c’est bien normal. On est agacé par ses parents, c’est dur d’accepter de les voir vieillir, faiblir, faillir, changer de cases dans lesquelles on les a toujours vu... Dans la vie, je l’adore continûment, sans interruption.
 
Françoise est une femme délicieuse, cultivée, gourmande, marrante, à la fois raffinée et complètement rock n’roll. Elle est capable de vous raconter des anecdotes de ciné au-delà du convenable avec élégance et drôlerie ! Je la connaissais un peu parce que j’avais eu la chance de faire des lectures de théâtre avec elle. Sur le plateau, elle est une partenaire géniale, une actrice à la puissance 10. Même  fatiguée, elle se donne à fond.
 
J’étais fière de jouer sa fille. Je me plais à penser que je lui ressemble un peu, dans cette volonté qu’elle a d’être tout le temps inventive, tout le temps sur le pont, de travailler beaucoup, puis tout d’un coup de laisser son instinct la rattraper. Franchement ce tournage avec elle a été un délice. Avec Grégory et Damien aussi. J’étais si heureuse chaque matin d’aller sur le plateau.
 
Quelle est la scène qui vous a le plus marquée ?
Celle où mon ex me rend visite. On l’a tournée en plan séquence, toute une journée. Ça a été génial parce que tout d’un coup, on avait le temps de jouer, de monter et de descendre dans le grand toboggan des sentiments. On se serait cru au théâtre.
 
Aurélie était pour la première fois à la manœuvre sur un plateau de cinéma qui était parfois très chargé. Qu’est-ce qui vous a le plus épaté chez elle ?
Son calme imperturbable. Du premier au dernier jour du tournage elle a affiché une « zénitude » absolue. Elle arrivait toujours détendue, très bien habillée - ce qui est rare chez les réalisateurs, hommes ou femmes d’ailleurs - et elle prenait son temps. Je ne l’ai jamais vue « speeder ». Elle aimait bien prolonger les scènes, nous voler des moments d’improvisation.
 
Quelle a été votre réaction à la première projection du film ?
Un tournage a beau bien se dérouler, on ne sait jamais ce qu’il va en rester, surtout quand il a comporté beaucoup de scènes de groupe tournées à l’arrache, caméra à l’épaule. Je m’attendais à un joli film, j’ai découvert un film magnifique, émouvant et joyeux.
 
À qui s’adresse-t-il ?
Je ne sais pas si un film doit s’adresser à des gens en particulier... Mais Rose est un film qui peut parler à tout le monde. C’est une ode à la réinvention, une invitation à reprendre sa vie en main pour certains qui étouffent ou se laissent écraser par le poids des étiquettes, des conventions et de la norme sociale. L’âge ne devrait pas nous cantonner à un rôle ou un statut.
 
C’est un film qui arrive au bon moment ; après le mouvement MeToo qui nous a fait beaucoup de bien et nous a permis de « reseter » certaines acceptations et comportements, Rose est l’étape d’après en disant qu’une femme d’un certain âge n’est pas qu’une mère ou une grand-mère mais toujours une femme, avec des désirs, des envies, et qu’elle en a le droit. Rose est une ode à la liberté. Par les temps qui courent, c’est un film que je trouve essentiel.
 
Que vous aura apporté Sarah ?
La possibilité d’exprimer une large gamme, un sentiment de liberté. Ce qui n’est pas rien. Merci Aurélie.






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