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Article publié le 14/12/2021 à 01:00 | Lu 1689 fois

Rose : entretien avec l'acteur Grégory Montel (film)




Le film Rose d’Aurélie Saada est sorti le 8 décembre dans les salles obscures. L’histoire ? Celle de Rose et de la révolution intime qu’elle va expérimenter. Celle d’une femme de 78 ans qui, après avoir perdu son mari qu’elle aimait tant, se découvre et réalise qu’elle n’est pas juste une mère, une grand-mère et une veuve, mais qu’elle est une femme aussi et qu’elle a le droit d’en jouir et de désirer jusqu’au bout de la vie. Avec Françoise Fabian, Aure Atika et Gregory Montel.


Connaissiez-vous Aurélie ?
Je ne l’avais jamais rencontrée, mais je la connaissais à travers son groupe Brigitte. J’aimais tellement ce groupe que j’avais projeté de le faire venir à Digne-les-Bains, ma ville natale, dans le cadre de la petite Association culturelle que j’y ai créée et dont je gère la programmation. Mais ça n’a pas pu se faire et mon projet est tombé à l’eau.
 
Quelques mois après, quand mon agent m’a donné le scénario d’Aurélie, je n’ai pas trainé pour le lire ! (rire) Sa force et son originalité m’ont immédiatement emballé. Quand j’ai enfin rencontré Aurélie, une fois notre timidité réciproque dissoute, j’ai découvert en elle un être humain délicieux. Elle a démultiplié mon envie de faire son film.
 
Qu’est-ce qui vous avait séduit dans le scénario ?
Son héroïne, cette femme qui bien que dévastée par un immense chagrin, trouve la force de vouloir continuer à vivre comme elle l’entend, dans une liberté incroyable pour une dame de son âge. Il y a un optimisme dingue dans son histoire. Fonctionnant moi-même beaucoup à ce sentiment, elle m’a évidemment beaucoup touché.
 
Elle est un peu La chanson des vieux amants à l’envers. Brel dit que celui qui reste « se retrouve en enfer ». Rose, elle, affirme que cet enfer n’est pas une fatalité. Elle remet en cause les certitudes. En tous cas, elle a ébranlé les miennes. Ça m’a rendu fou de joie.

Venons-en à François Fabian...
Je l’avais déjà croisée sur Dix pour cent où elle et Line Renaud m’avaient bien fait rire. Mais notre rencontre avait été très brève et elle ne s’en souvenait pas. Sur ce tournage, j’ai vraiment eu le temps d’apprendre à la connaître. En la regardant jouer, si libre, si joyeuse, si infatigable, si inventive, si incroyablement belle aussi, j’ai compris que de nous deux, le vieux, c’était moi ! (rire).
 
Elle parle avec clarté et sait ensorceler son auditoire avec des histoires qu’elle raconte comme personne. Et puis quelle poésie, quelle générosité ! C’est une des femmes les plus « belles » que j’ai rencontré dans ma vie, au sens propre comme au sens figuré.
 
Vous croyez à la force persuasive du théâtre et du cinéma ?
J’y crois, parce que je l’ai souvent éprouvée. La preuve encore avec ce film. Je suis issu d’une famille très aimante, mais tellement traditionnelle dans sa forme et sa façon de penser qu’encore aujourd’hui je peux être déstabilisé par les gens qui sortent du rang. J’avoue que cela a été un peu le cas avec Rose.
 
Au début, je n’étais pas tellement à l’aise. Et puis, au fur et à mesure, je me suis laissé embarquer par sa douceur, sa sensualité, et aussi une certaine forme d’espérance qu’elle me transmettait. J’ai finalement été pris d’amour et d’admiration pour cette femme qui osait danser avec un homme plus jeune qu’elle et se laissait embrasser par lui. Le film a fait son effet sur moi. Il a réussi à faire sauter certains de mes verrous.
 
Qu’est-ce-qui vous a intéressé dans votre personnage de Pierre ?
Son ambiguïté. Notamment en ce qui concerne sa relation à la religion. Pourquoi cet homme au demeurant si sympathique et si humain -il est médecin-, est-il si pratiquant alors que le reste de sa famille ne l’est pas ? Je me suis raconté qu’il était tombé dedans pour remercier Dieu d’avoir fini par lui accorder le bonheur d’avoir des enfants.
 
Qu’entre Dieu et lui c’était comme une histoire de donnant-donnant : je te « célèbre », je me plie à tous tes rituels, mais tu me donnes la joie d’être père. Et après, quand cette joie arrive, comment sortir de cette reconnaissance ? C’est comme une dette éternelle ! Pierre va pourtant essayer de se débarrasser du carcan de son orthodoxie.
 
Profitant d’un départ en vacances de sa femme et de ses enfants, il va s’offrir une petite échappée sentimentale avec une de ses ex. Mais ce petit coup de canif dans ses idéaux et son contrat de moralité envers Dieu va-t-il le rendre plus heureux ? Va-t-il poursuivre plus loin son escapade alors qu’il doit désormais porter en plus, lui aussi, le deuil de son père ? J’ai essayé de le jouer, jusqu’au bout, ambigu et mystérieux.
 
Vous ne connaissiez pas de femmes qui ressemblent à Rose ?
Pas vraiment. Je rencontre souvent des personnes âgées dans le cadre de mes activités associatives (évoquées plus haut) et je vois bien que certaines d’entre elles arrivent à sortir de la tristesse de leur deuil et à vivre aussi normalement que possible, voire même joyeusement. Mais je constate qu’en grande majorité, ces personnes sont des hommes.
 
Je pense notamment à mon ancien prof d’anglais, un être extraordinaire, qui, à 80 ans, ne rate aucune fête ou réunion de l’association. Il adorerait avoir des femmes qui aient la même assiduité, mais... J’espère que le film d’Aurélie va faire bouger les choses.
 
Quelle a été la scène la plus difficile à tourner ?
Celle où je porte le cadavre de « mon père » avec Damien. Elle est courte, mais elle m’a bouleversé. D’autant que c’était vraiment un homme, et non un mannequin, qui était dans le linceul. J’ai ressenti la douleur qu’on éprouve lors d’un vrai deuil.
 
Et celles qui vous a le plus amusé ?
Toutes les scènes des repas. Elles ont été formidablement joyeuses. Comme je suis très gourmand et que c’était délicieux -c’est la sœur d’Aurélie, Chloé, qui cuisinait- j’avais tendance à exagérer. D’un côté, mes copains me disaient : « Arrête de te goinfrer, ça va être moche à l’image ».De l’autre, Aurélie, m’avouait le plaisir qu’elle avait à me voir manger.
 
Au milieu de ces recommandations contradictoires je me régalais en me réjouissant d’être au même diapason que Rose. Dans ces célébrations de la vie et des plaisirs, je retrouvais la même humanité, la même générosité et la même convivialité que celles des films de ces réalisateurs que j’adore et regrette, Claude Sautet et Marco Ferreri.
 
Qu’avez-vous ressenti en voyant son film ?
De la joie et de la plénitude. J’ai été ébloui par la façon à la fois si douce et si obstinée de Rose
de quitter son statut de veuve pour reprendre en main sa vie de femme. J’ai été enchanté par la
grâce d’Aure Atika quand elle danse à la fin.
 
J’ai été heureux de comprendre que mon personnage allait enfin, peut-être, écouter ses désirs, sans se soustraire pour autant à ses devoirs. En fait, je suis resté ébahi par l’espoir que dégagent tous ses personnages, membres d’une famille, où certes, on s’écharpe, mais où, d’abord, on s’aime. Rose m’a enveloppé comme un vêtement qui tient chaud.
 
Pensez-vous qu’il va faire bouger les mentalités en ce qui concerne le regard sur les femmes
âgées qui osent être elles-mêmes jusqu’au bout ?

J’en suis sûr. Le message y est trop joliment dit pour ne pas être entendu.






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