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Article publié le 15/12/2021 à 01:00 | Lu 1654 fois

Rose : entretien avec l'acteur Damien Chapelle (film)




Le film Rose d’Aurélie Saada est sorti le 8 décembre dans les salles obscures. L’histoire ? Celle de Rose et de la révolution intime qu’elle va expérimenter. Celle d’une femme de 78 ans qui, après avoir perdu son mari qu’elle aimait tant, se découvre et réalise qu’elle n’est pas juste une mère, une grand-mère et une veuve, mais qu’elle est une femme aussi et qu’elle a le droit d’en jouir et de désirer jusqu’au bout de la vie. Avec Françoise Fabian, Aure Atika, Gregory Montel et Damien Chapelle.


Qu’est-ce qui vous a plu dans ce scénario ?
Rose, son héroïne. Plus j’avançais dans la lecture, plus je sentais monter en moi de la tendresse et de l’admiration pour elle. À la fin de ma lecture, j’étais définitivement fou d’elle, complètement séduit par cette femme unique aux multiples facettes. Curieusement, j’ai pensé à ma mère, en apparence si loin d’elle.
 
Mais je ne peux désormais m’empêcher de penser qu’elle aussi recèle plusieurs femmes, et qu’elle n’ose pas les extérioriser. Je me suis dit que si le film -qui n’était encore qu’une histoire de papier- se concrétisait, je l’emmènerai le voir. J’ai eu beaucoup de scénarios entre les mains, mais très peu d’aussi singuliers et audacieux.
 
Parce qu’il traite de l’intimité d’une personne âgée, on croit par moments qu’il va nous emmener sur le terrain, glissant, d’un voyeurisme plat, mais il se reprend toujours à temps et bifurque sur celui de la sensualité joyeuse, du rire, ou de la mélancolie. Son écriture est d’une habileté diabolique et son rythme très musical. On sent en outre que la main qui l’a écrit est celle d’une épicurienne aussi joyeuse que décidée.
 
Aurélie est une méditerranéenne solaire, vous, un artiste de ce « plat pays » que chantait si bien Brel. Savez-vous pourquoi elle est venue vous chercher, vous, un homme du Nord pour jouer l’un des enfants d’une fratrie séfarade ?
Ouh la la! Je ne m’aventure jamais à poser ce genre de questions ! Je suppose qu’Aurélie m’avait vu dans des films et que c’est sa vision du rôle qui a joué dans son choix. Peut-être aussi a-t-elle aimé chez moi ce côté qu’elle a aussi d’être « transdisciplinaire ».
 
Aurélie est compositrice, parolière, chanteuse, désormais scénariste et réalisatrice. Et moi, je suis chorégraphe, danseur, metteur en scène. On a tous les deux plusieurs cordes à notre arc. Tout ce que j’ai pu constater c’est qu’elle avait fait preuve de beaucoup d’intuition en composant cette fratrie, a priori, pourtant, si disparate. Aure, Grégory et moi, qui ne nous connaissions pas avons eu tout de suite, très naturellement, une relation très fraternelle qu’on a éprouvée au cours de repas somptueux.
 
Pendant le tournage, tout s’est déroulé avec beaucoup d’élégance. Nos différences se sont transformées en complémentarités. On s’est aussi trouvé plein de points communs, dont celui, par exemple d’être tous les trois aussi gourmets que gourmands, et aussi celui –sans doute le plus important- d’être tous les trois fous de Françoise, notre mère de cinéma...
 
Venons-en à votre maman de cinéma, Françoise Fabian...
Vous n’imaginez pas le respect que j’ai pour cette femme qui continue à exercer son métier avec cette discrétion et cette humilité exemplaires. Françoise est une actrice majuscule qui a réussi un magnifique parcours en frondant le star-system.

C’est une femme lettrée, passionnée, une courageuse qui n’a jamais eu la langue dans sa poche pour défendre la cause des femmes, une amoureuse des beaux textes aussi, qu’elle est souvent allée faire entendre, vaillamment, sur les planches des théâtres.
 
La passion avec laquelle cette artiste a bâti sa carrière me fascine. Elle me fait penser à Natalie Portman avec laquelle j’ai travaillé récemment. Elles ont toutes les deux en commun d’arriver sur le plateau parfaitement prêtes, mais sans jamais exiger de leur partenaire d’avoir la même rigueur. Ce sont des femmes qui ont un profond respect des autres.
 
Je me souviens d’un jour au cours duquel j’avais un mal fou à mémoriser mon texte : Francoise –qui savait le sien sur le bout des doigts- m’a rassuré en me disant que Marlon Brando lui aussi tournait parfois autour de ses répliques. La classe absolue !
 
Françoise a cette élégance : elle protège ses partenaires. Et quelle drôlerie ! Elle est la plus désopilante de toutes mes copines. Par-dessus le marché, malgré son allure distinguée et sa beauté incroyable elle n’est pas la dernière pour boire un coup. Mon admiration pour elle est sans borne. Je remercie encore tous les jours Aurélie de me l’avoir fait rencontrer !
 
Vous connaissiez Aurélie Saada ?
Non, mais je connaissais son groupe Brigitte dont j’adorais les mélodies douces, pop et impertinentes. Ce Léon, qui est un type assez coincé, assez raide dans ses manières, c’était presque un contre-emploi pour vous qui jouez beaucoup avec votre corps... Je l’ai entièrement composé, avec mon corps justement. Comme je le fais tout le temps.
 
Quand je cherche un personnage, c’est toujours le danseur qui, chez moi, s’exprime en premier. Je lui cherche un parcours chorégraphique dans l’espace - je vais souvent dans les décors pour reconnaître mes trajets, mes déplacements - et ensuite le texte, que j’apprends bien en amont, vient s’insérer dans ce travail. C’est comme cela que j’arrive à jouer.
 
Je ne devrais pas le dire, mais en fait, je suis un acteur qui a beaucoup de difficultés avec le jeu et la parole.
 
Et Aurélie, justement. Qu’est-ce qui vous a le plus frappé chez cette cette primo-réalisatrice ?
Son flegme et sa tranquillité. Aurélie est la seule cinéaste que je connaisse capable de tourner un plan tout en parlant d’une recette de cuisine, en postant un truc sur Instragram et en rigolant d’un truc bizarre qui se passe sur le plateau. Elle est stupéfiante de simplicité. Rien ni personne ne peut résister à son charme. Et en plus, elle est toujours d’une élégance folle.
 
À votre avis, à qui s’adresse son film ?
À tous. Moi, je rêverais que tout le monde vienne voir Rose parce que je crois qu’il peut aider les gens à changer leur regard sur cette fameuse vieillesse et sur ce qu’ils supposent être ses naufrages. Quoiqu’en pensent les « jeunistes », cette dernière a mille choses à nous apprendre. Si vous saviez, par exemple, combien Françoise, sans même s’en rendre compte, m’a ouvert les yeux sur plein de choses de la vie !






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