Il n’y a pas de solution unique : des pistes existent pour favoriser l’emploi des seniors et encore plus, celui des femmes qui sont doublement pénalisées. Il s’agit d’abord –et cela vaut pour l’ensemble des âges- de (re)donner du sens au travail. L’être humain est un « animal social » a besoin de se sentir utile et reconnu.
Sur un plan plus technique, pensons aussi à des incitations fiscales spécifiques à l’emploi des seniors et à développer une approche plus souple du départ à la retraite. Dans les années 1980, l’économiste Dominique Taddéi, proposait déjà, une retraite à la carte où le salarié senior pourrait progressivement réduire son temps de travail.
Cette approche serait aussi singulièrement bénéfique en termes de santé publique, car le passage brutal à la retraite reste un choc difficile à vivre pour quantité de personnes.
La fin de la vie professionnelle pourrait être aussi un temps utilisé pour la transmission de savoir-faire entre l’expérimenté et un salarié découvrant le métier. Le contrat de génération fut un échec ? Relançons l’idée en la rendant plus simple.
Et pourquoi ne pas construire des parcours professionnels plus longs mais comprenant des périodes de respiration ? Tous les dix ans, pouvoir prendre un temps pour soi, pour se former ou pour s’impliquer dans la vie collective et une façon de se décentrer, de s’ouvrir au monde.
Tout au long de la vie professionnelle, allons vers des politiques actives et adaptées de la prévention centrées aussi bien sur la santé (en ce cens l’instauration par le ministre François Braun des trois visites médicales obligatoires est une avancée), la qualité de vie (comme la mobilisation en entreprise d’approches non médicamenteuses proposée par l’agence des Médecines Complémentaires Adaptées ) que de développer l’effort d’acquisition de compétences et de capacités à saisir la société et ses évolutions pour les salariés seniors.
Pensons aussi à la piste des PME et TPE qui n’ont pas nécessité d’employer un expert à plein temps. Elles peuvent, en se groupant à plusieurs employeurs, offrir des conditions satisfaisantes d’activité à un salarié expérimenté.
Enfin, orienter l’emploi des seniors vers des métiers de la relation (accompagnement en formation des jeunes comme des seniors, soutien aux aidants, aux plus fragiles ...) est une autre piste. Profiter de ses dernières années de vie professionnelle pour s’orienter vers des métiers du « care », c’est aussi trouver du sens à un parcours professionnel et contribuer à rendre la société plus résiliente.
Sortons du fétichisme de l’âge, donnons priorité à la prévention et au soutien à l’emploi des seniors pour renforcer les chances de réussir une société solidaire de la longévité.
Par Serge Guérin. Sociologue, Professeur à l’INSEEC GE.
Auteur de "La société résiliente", avec V Fournier, Fauves, 2022, et Les Quincados, Calmann-Levy, 2019. Va bientôt publier "La silver économie pour les nuls", avec D Boulbes, First Edition