Quand l'intelligence artificielle fait revivre les morts

La mort n'est plus une fin absolue. En Chine, une prouesse technologique tente de défier l'irréversible : grâce à l'intelligence artificielle (IA), des défunts reprennent vie... numériquement ! Une prouesse qui repose sur le Deep Learning, une branche de l'IA qui apprend et évolue en s'imprégnant de toutes les données qui lui sont fournies. Bientôt, converser avec un être cher disparu pourrait bien devenir une réalité, bouleversant ainsi notre rapport au deuil et à la mémoire.



La technologie au service du deuil

Le deuil est un passage incontournable, souvent marqué par la douleur de la séparation. Mais imaginez un instant pouvoir maintenir le lien avec ceux qui ont quitté ce monde... C'est ce que propose une entreprise chinoise qui a développé une méthode pour "ressusciter" numériquement les personnes décédées. Cette révolution technologique offre aux familles endeuillées la possibilité d'interagir avec des avatars de leurs proches, recréés grâce à des photos, vidéos et enregistrements vocaux.

Pour Seakoo Wu et sa femme, interviewés par l'AFP, ce n'est pas de la science-fiction. Après avoir perdu leur fils suite à un accident vasculaire cérébral, ils se sont tournés vers l'IA pour le faire revivre virtuellement. « Une fois que nous aurons synchronisé la réalité et le métavers, j’aurais à nouveau mon fils avec moi », espère Mr Wu.

Un avatar pour l'éternité

L'existence ne s'arrête désormais plus à la mort; elle se poursuit dans le numérique. Zhang Zewei, fondateur de Super Brain et partenaire du projet familial Wu, soutient que « la version numérique d’une personne peut exister pour toujours ». L'IA requiert en effet une base de données massive pour créer un avatar fidèle au défunt. Prochainement, il serait même possible d'échanger via des appels vidéo avec ces êtres chers reconstitués par des algorithmes sophistiqués.

Le Deep Learning au cœur du processus

Super Brain n'est pas seule dans cette aventure. Silicon Intelligence est également à la pointe dans ce domaine. Le Deep Learning permet d'apprendre à partir d'exemples concrets et d'améliorer constamment les réponses et comportements des avatars. Sima Huapeng, fondatrice de Silicon Intelligence, compare cette innovation aux portraits et photos utilisés depuis toujours pour se souvenir des défunts.

Entre espoir et éthique

Cette technologie ouvre des perspectives qui peuvent sembler être réconfortantes de prime abord, mais elle soulève aussi des questions éthiques importantes. Tal Morse, chercheur à l’Université de Bath, met ainsi en garde contre les dérives possibles et il insiste sur la nécessité d'une approche critique. Le consentement des personnes décédées et le respect de leur mémoire doivent être au centre des préoccupations.

Vers un futur dans le métavers

L'idée d'un "métavers" où vivants et morts coexisteraient n'est donc plus si lointaine. Mr Wu aspire à retrouver son fils dans cet espace virtuel après sa propre mort: « Un jour, mon fils, nous nous retrouverons tous dans le métavers ». Les "fantômes virtuels" deviennent ainsi une réalité en Chine où le marché promet d'être florissant.

Cette nouvelle frontière entre vie et mort questionne profondément notre rapport au souvenir et à l'éternité. La technologie nous offre un baume sur la plaie que peut représenter un deuil mais elle nous invite aussi à réfléchir sur le sens de la vie et de la mort.
 

Source : AFP

Publié le 27/02/2024 à 06:00 | Lu 3418 fois