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Article publié le 22/05/2020 à 01:00 | Lu 651 fois

Provence : la transhumance des ruches, une pratique ancestrale




Plus confidentielle que celle des ovins ou des bovins, la transhumance des ruches est une tradition ancestrale qui perdure aujourd’hui… Ainsi, les apiculteurs de Provence, spécialistes de cette coutume, ont démarré leur transhumance depuis avril dernier dans un contexte conjuguant une météo atypique et une crise sanitaire inédite avec le Covid-19. Focus sur cette pratique à l’occasion de la journée mondiale de l’abeille qui s’est tenue le 20 mai dernier.


Avant d’aller plus loin dans la présentation de cette belle coutume ancestrale, rappelons que la transhumance est la migration périodique -généralement du bétail- entre les pâturages d'hiver et les pâturages d'été. Mais ce que l’on sait moins, c’est que cette transhumance concerne également les abeilles et leurs ruches !
 
Démarrées en Provence au mois d’avril dernier, les transhumances de ruches vont se poursuivre pendant plusieurs mois, au rythme des floraisons, avec en point de mire l’arrivée des ruches mi-juin à
proximité des champs de lavande en haute-Provence.
 
Dans la pratique, ce que l’on appelle « l'apiculture de transhumance » consiste donc à déplacer les ruches en fonction des lieux de production. La transhumance des ruches se fait de nuit, lorsque les abeilles sont rentrées et endormies. Un délicat voyage, entouré de mille précautions.
 
Autrefois portées à dos d’homme, de mulet ou sur des charrettes, les ruches sont aujourd’hui déplacées avec des véhicules et peuvent parcourir de grandes distances. Autres temps, autres mœurs.
 
Si les formes de « déménagement » ont évolué au fil du temps, l’objectif lui, reste cependant le même : l'apiculteur déplace ses ruches en fonction du calendrier de floraison afin d’obtenir des miels spécifiques et d’offrir à ses abeilles un terrain de jeu mellifère même lorsque l’été bat son plein et assèche la végétation.

Comme on peut le voir, emmener les abeilles au plus près de la ressource, donc des fleurs, c’est leur permettre de toujours avoir de quoi butiner tout en se fatiguant le moins possible grâce à des vols plus courts. Les transhumances leur permettent ainsi de bénéficier des différentes floraisons successives et de la diversité des espèces mellifères, sauvages ou cultivées.
 
Cette pratique contribue au maintien de la biodiversité végétale en assurant une gestion saine des populations d'abeilles domestiques. En Provence, les ruches sont déplacées dans toute la région sud PACA selon un parcours traditionnel qui va du littoral vers la Haute-Provence.
 
A partir des places d'hivernage où fleurissent romarins et autres fleurs printanières, l'apiculteur conduit ses ruches vers les montagnes des Alpes du sud. Certains ruchers sortent même de ce territoire régional pour les grandes transhumances et se dirigent vers les zones d’acacia, de châtaignier ou de sapin par exemple.
 
« Avec mon fils, Julien, nous transhumons 700 ruches chaque année, ce qui entraîne de nombreux déplacements. Nous disposons d’un camion capable de transporter 96 ruches d’un coup. Nous effectuons donc les allers-retours, de nuit, avec des trajets jusqu’à 7 heures » raconte Claude Fuoco, apiculteur depuis 1988 et petit-fils, fils et père d’apiculteurs.

Cette année, l’épidémie Covid-19 a compliqué la donne. « Les restaurants, les aires de repos, étaient fermés sur le trajet. Nous avons dû nous organiser, mieux anticiper nos déplacements. Pour le reste, l’activité se poursuit quasi normalement. En dépit de la fatigue, j’aime cette période riche d’excitation et de rencontres. »
 
« Cette année, la météo se caractérise par une douceur hivernale et une sécheresse atypique », explique Ivan Broncard, apiculteur au Revest-les-Eaux près de Toulon depuis dix ans.
 
« Les transhumances ont commencé deux semaines plus tôt que d’habitude. Nous sommes montés dans la Saône-et-Loire dès le mois d’avril en vue de récolter du miel d’acacia, alors que nous n’y allons généralement qu’en mai. Il a fait jusqu’à 28 degrés aux alentours de Maçon en avril : du jamais vu ! La météo impacte considérablement les types de miel récoltés et les quantités. Il est essentiel de disposer, sur place de contacts qui nous avertissent que les floraisons se préparent ».
 
Lorsqu’Ivan aura récolté du miel d’acacia, il redescendra ses ruches vers les champs de lavande.