Argent et patrimoine

Moody's rendra ce soir son verdict sur la note de la France : Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron, voici la dette que chacun a laissée à vos impôts

Ce vendredi soir, Moody's dira si la note de la France perd un cran. Avant même ce verdict, chacun cherche un coupable, et la tentation est forte de tout mettre sur le dos du dernier occupant de l'Élysée. Nous avons préféré reprendre les comptes publics président par président, depuis l'arrivée de Jacques Chirac en 1995, pour mesurer ce que chacun a laissé à vos impôts.

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Par | Publié le 23 Octobre 2026 à 09:03 | mis à jour le 23 Octobre 2026 à 09:07
Une rangée de quatre piles de pièces d'euro dans la cour de l'Élysée - Illustration générée par IA
Une rangée de quatre piles de pièces d'euro dans la cour de l'Élysée - Illustration générée par IA

Verdict de Moody's ce soir : la note de la France au bord de la dégradation

L'agence américaine se prononcera ce soir sur la note qu'elle attribue à la France, aujourd'hui Aa3 avec une perspective négative. Elle est la dernière des trois grandes agences à classer encore le pays dans cette catégorie, Standard & Poor's et Fitch l'ayant déjà ramené à A+. D'après l'AFP, les économistes voient peu de raisons pour qu'elle ne l'abaisse pas, et le scénario le plus souvent cité est une baisse d'un cran, vers A1. Or une note ne juge pas une année de gestion : elle juge une dette, c'est-à-dire le cumul des déficits passés.

À la fin du deuxième trimestre 2026, cette dette atteignait 3 595,5 milliards d'euros, soit 119 % du PIB, selon les derniers chiffres publiés par l'Insee. En 1995, elle pesait 715 milliards. Sur ces trente ans, le record en points de PIB revient à Nicolas Sarkozy, celui en milliards d'euros à Emmanuel Macron, et Jacques Chirac comme François Hollande ont, eux aussi, laissé une dette plus lourde qu'à leur arrivée. J'ai repris la série officielle mandat par mandat pour comprendre comment chacun en est arrivé là.
 
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Sous Chirac, la dette montait même quand la croissance était là

Pour comparer des mandats de durées inégales, nous avons retenu une règle simple : chaque président est jugé de la fin de l'année de son élection à la fin de l'année où il a passé la main. D'après les séries d'Eurostat, qui reprennent les comptes de l'Insee, la dette publique représentait 57,8 % du PIB fin 1995 et 65,5 % fin 2007. Sur les douze années de Jacques Chirac, elle a gagné 7,7 points, et son montant est passé de 715 à 1 269 milliards d'euros, soit 554 milliards de plus (le calcul est le mien).

Mais ces douze ans racontent deux histoires. De 1997 à 2002, sous la cohabitation avec le gouvernement de Lionel Jospin, la croissance a gonflé les recettes et le poids de la dette a reculé, de 62 % du PIB en 1997 à 59,3 % en 2001. À partir de 2002, avec les gouvernements de Jean-Pierre Raffarin puis de Dominique de Villepin, elle est remontée jusqu'à 68,2 % en 2005. Et pendant tout le mandat, le budget est resté en déficit chaque année, entre 1,3 % et 5,1 % du PIB.

C'est ce qui frappe le plus quand on relit ces années-là. Pendant son second mandat, de 2002 à 2007, la croissance atteignait en moyenne 1,8 % par an d'après l'Institut Montaigne, bien plus que sous ses successeurs. La dette a malgré tout progressé pendant une période où l'économie aurait permis de la stabiliser, ce que l'institut interprète comme le signe d'une dépendance des dirigeants français à l'endettement.
 

Sarkozy et Hollande : la crise de 2008, puis un déficit qui recule

Avec Nicolas Sarkozy, le rythme change d'échelle. Entre fin 2007 et fin 2012, la dette bondit de 65,5 % à 91,7 % du PIB, soit 26,2 points en cinq ans, la plus forte hausse de la période. La crise financière en explique une large part : en 2009, la récession fait fondre les recettes, l'État soutient les banques et l'activité, et le déficit atteint 7,4 % du PIB. Ses défenseurs rappellent que la tempête a frappé toute l'Europe ; ses critiques notent que le déficit atteignait déjà 3 % du PIB en 2007, avant la crise.

Et sous François Hollande ? Il hérite de ce niveau, et la dette progresse encore, de 91,7 % à 98,8 % du PIB, soit 7,1 points et 347 milliards d'euros de plus. En revanche, le déficit recule chaque année de son quinquennat, de 5,2 % du PIB en 2012 à 3,4 % en 2017 selon la série révisée d'Eurostat, au prix d'une hausse des prélèvements. C'est d'ailleurs sous sa présidence, en novembre 2012, que Moody's retire à la France son triple A, avant une deuxième baisse en septembre 2015.
 

Macron : le Covid, puis des déficits que vous payez encore

Emmanuel Macron arrive en 2017 avec une dette de 98,8 % du PIB, qui se stabilise autour de 98 % jusqu'en 2019. La crise sanitaire la fait ensuite bondir de près de 17 points en un an, et le « quoi qu'il en coûte » porte le déficit à 8,9 % du PIB en 2020. Et la crise passée, le déficit n'est pas revenu à son niveau d'avant : 5,4 % en 2023, 5,8 % en 2024, 5,1 % en 2025. Ses partisans invoquent le Covid puis la flambée de l'énergie ; ses critiques rappellent que les prélèvements obligatoires ont baissé de 1,3 point de PIB entre 2017 et 2021, surtout pour les entreprises, d'après la Fondation iFRAP.

Fin 2025, la dette atteignait 115,7 % du PIB. En huit ans, elle a gagné 16,9 points, moins que sous Nicolas Sarkozy, mais 1 197 milliards d'euros, le plus gros montant de la période. Depuis la dissolution de 2024, les gouvernements sans majorité se succèdent, de Michel Barnier à Sébastien Lecornu, et chaque budget devient une épreuve. Moody's avait abaissé la note à Aa3 en décembre 2024, puis sa perspective en octobre 2025, en invoquant cette instabilité politique.
 

Note de la France : la facture qui menace déjà votre pension

Que Moody's abaisse ou non la note ce soir, une partie de la facture vous arrive déjà. La charge des intérêts de la dette passerait de 79,2 milliards d'euros en 2026 à 91,2 milliards en 2027, indique le compte rendu du Conseil des ministres du 1er octobre. Pour freiner les dépenses, le budget de la Sécurité sociale pour 2027 propose de ne revaloriser pleinement en janvier que les retraités dont les pensions totales ne dépassent pas 1 260 euros par mois ; au-delà, la hausse serait réduite ou gelée, une mesure que le Parlement n'a pas encore tranchée.
 
Les marchés, eux, n'ont pas attendu l'agence. Mercredi, le taux auquel l'État emprunte à dix ans a frôlé les 5 %, un niveau inédit depuis 2002, et cette hausse renchérit peu à peu les emprunts que l'État renouvelle pour rembourser les anciens.
 

À qui la faute, alors ?

Faut-il désigner un coupable ? Les chiffres en désignent plusieurs, et les économistes restent partagés. Pour les uns, les crises de 2008 et de 2020 expliquent l'essentiel ; pour les autres, l'absence d'excédent pendant les années de croissance a privé le pays de marges. Les quatre mandats partagent en tout cas une date : la France n'a plus voté de budget à l'équilibre depuis 1974, et c'est cette dette accumulée, bien plus qu'un nom, que Moody's notera ce soir.

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