Argent et patrimoine

Livret A plein à 22 950 € : les banques vantent leurs livrets boostés, mais la flat tax de 31,4 % prélèvera sa part de leurs intérêts

Votre Livret A est plein depuis des années, ses intérêts continuent de le faire gonfler chaque hiver, et votre conseiller vous parle d'un livret au taux presque deux fois plus alléchant. L'offre a de quoi séduire, surtout quand l'argent qui dépasse dort sur un compte courant. Entre le taux affiché sur la publicité et ce qui arrive vraiment sur votre relevé, pourtant, le fisc s'invite, et il ne traite pas tous les livrets de la même façon.

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Par | Publié le 22 Octobre 2026 à 08:12 | mis à jour le 22 Octobre 2026 à 08:13
Une épargnante lit, peu convaincue, la tablette que lui tend son conseiller - Illustration générée par IA
Une épargnante lit, peu convaincue, la tablette que lui tend son conseiller - Illustration générée par IA

Votre Livret A plein continue de grossir

Comment un livret plafonné peut-il dépasser son plafond ? La réponse est écrite noir sur blanc par Service Public : le Livret A n'accepte plus aucun dépôt une fois les 22 950 euros atteints, mais au 31 décembre de chaque année, les intérêts de l'année s'ajoutent au capital, même si le solde a déjà franchi la barre. Personne ne vous demandera de retirer quoi que ce soit : le livret grossit tout seul, au taux de 1,7 % en vigueur depuis le 1er août.

Ces intérêts-là, qu'ils portent sur les premiers euros ou sur ceux qui dépassent, restent, en l'état du droit, exonérés d'impôt sur le revenu comme de prélèvements sociaux. Vous n'avez rien à déclarer, et la hausse de la flat tax intervenue cette année ne les touche pas.

Ce dépassement n'a rien d'exceptionnel. Selon le rapport annuel de la Banque de France sur l'épargne réglementée, environ 15 % des Livrets A dépassaient leur plafond fin 2025, et près d'un LDDS sur trois. Nous sommes nombreux à avoir rempli ce livret il y a dix ou quinze ans sans plus y toucher, comme on garde une réserve pour les coups durs. Le vrai sujet est ailleurs : dans l'argent que vous ne pouvez plus verser sur ce livret, et que votre banque aimerait bien voir rejoindre un autre produit.
 
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La flat tax à 31,4 % frappe l'argent rangé juste à côté

Depuis le 1er janvier 2026, le prélèvement forfaitaire unique, la fameuse flat tax, s'élève à 31,4 % : 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux, ces derniers ayant pris 1,4 point avec la hausse de la CSG sur les revenus du patrimoine. C'est ce taux qui s'applique, par défaut, aux intérêts des comptes sur livret ordinaires, des livrets « boostés » et des comptes à terme, autrement dit à la plupart des livrets que votre banque peut vous proposer pour accueillir l'épargne qui ne rentre plus dans le Livret A.

Or c'est précisément le moment où les offres fleurissent. MoneyVox signale par exemple un livret affichant 3,10 % pendant six mois, assorti d'une prime de bienvenue de 50 euros, et d'autres établissements rivalisent de taux promotionnels jusqu'à la fin de l'année. Sur le papier, la comparaison avec le 1,7 % du Livret A paraît sans appel. Sauf que ce 3,10 % est un taux brut, valable sur une durée limitée, et que la flat tax s'y appliquera au moment où les intérêts vous seront versés.

Concrètement, votre banque retiendra à la source les prélèvements sociaux et un acompte d'impôt de 12,8 % dès qu'elle créditera les intérêts. Sur 100 euros d'intérêts affichés, vous en verrez arriver 68,60. Le Livret A, lui, crédite ses intérêts sans retenue. Avant de signer, la question qui compte est celle du taux qui prendra le relais une fois la promotion terminée, car c'est sur douze mois, pas sur six, que se fait le vrai calcul.
 

Le taux qu'un livret bancaire doit dépasser pour battre le vôtre

Pour battre un livret exonéré qui rapporte 1,7 %, un livret soumis à la flat tax doit afficher au moins 2,48 % brut, le calcul est le nôtre : il suffit de diviser 1,7 par 0,686, la part des intérêts qui vous reste après prélèvement de 31,4 %. En dessous de ce seuil, vous gagnez moins qu'avec un livret réglementé, quelle que soit la promesse de la publicité.

Prenons 10 000 euros placés un an sur un livret à 3,10 % pendant six mois, puis à 1 % brut le reste de l'année, un exemple que nous avons choisi pour la démonstration. Vous toucherez 155 euros d'intérêts bruts sur la première période et 50 euros sur la seconde, soit 205 euros, dont il ne vous restera que 140,63 euros après la flat tax. La même somme sur un LDDS à 1,7 % vous rapporterait 170 euros nets, sans rien à déclarer. Sur ces douze mois, il ne l'emporte que si son taux de base dépasse 1,86 %, selon notre calcul ; les années suivantes, il lui faut 2,48 %.

D'où le réflexe à garder quand votre Livret A est plein : penser d'abord au LDDS, plafonné à 12 000 euros et rémunéré au même taux, puis au LEP si vos revenus y donnent droit. Exonérés eux aussi, ce n'est qu'une fois remplis que la question du livret bancaire se pose vraiment.
 

Non imposable, vous pouvez alléger la note

Et si vous n'êtes pas imposable ? Dans ce cas, la flat tax n'est pas une fatalité. Lors de votre déclaration de revenus, vous pouvez opter pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu : votre taux d'imposition étant nul, seuls les 18,6 % de prélèvements sociaux resteront dus, et le seuil de rentabilité d'un livret bancaire tombe alors à 2,09 % brut, toujours selon notre calcul. Attention, cette option vaut pour l'ensemble de vos revenus de placement de l'année.
 

La dispense à demander avant le 30 novembre

Pour éviter l'avance de trésorerie, vous pouvez aussi demander à votre banque de ne pas prélever l'acompte de 12,8 %. Comme le précise la page d'impots.gouv.fr consacrée à cette dispense, elle est ouverte si votre revenu fiscal de référence d'il y a deux ans est inférieur à 25 000 euros pour une personne seule, ou à 50 000 euros pour un couple marié ou pacsé. L'attestation sur l'honneur doit parvenir à chaque établissement concerné avant le 30 novembre pour les intérêts versés l'année suivante, et elle ne concerne pas les prélèvements sociaux.
 

Ce que la Cour des comptes propose pour les livrets pleins

Si le Livret A fait autant parler de lui, c'est aussi parce que son régime fiscal est discuté. Dans une note publiée le 21 septembre, intitulée « La fiscalité du patrimoine des ménages : pour une réforme d'équité et d'efficacité », la Cour des comptes propose de soumettre à l'impôt les intérêts produits par les sommes qui dépassent les plafonds des livrets réglementés. Ces avantages fiscaux bénéficient selon elle « paradoxalement davantage aux ménages aisés et âgés », et la mesure rapporterait environ 80 millions d'euros par an.
  Rien de tout cela n'est entré dans la loi. Les députés ont d'ailleurs exploré la direction opposée : début octobre, la commission des finances de l'Assemblée a adopté un amendement au budget 2027 portant le plafond du Livret A à 30 000 euros, avec une exonération de prélèvements sociaux jusqu'à fin 2029 pour les intérêts au-delà de 22 950 euros, d'après MoneyVox. Cette mesure ne figure à ce jour dans aucune loi, et votre banque refusera tout versement au-delà du plafond actuel.

Je vous conseille donc de lire votre relevé de janvier avec un œil neuf : il vous dira de combien votre Livret A dépasse son plafond, et si l'argent qui attend à côté mérite vraiment un livret bancaire. Le livret le plus discret de votre épargne reste l'un des rares dont les intérêts arrivent entiers, et c'est souvent lui qu'on oublie de mettre dans la balance quand une offre alléchante passe sous nos yeux.

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