Sommaire
Article publié le 19/08/2022 à 01:00 | Lu 1161 fois

Les vieux fourneaux 2, Bons pour l'asile : entretien avec le scénariste Wilfrid Lupano




Alors que « Les vieux fourneaux 2, Bons pour l’asile » vient de sortir sur grand écran, on retrouve avec bonheur nos trois vieux « potes » qui s’embarquent dans de nouvelles aventures : Eddy Mitchell, Pierre Richard et Roland Giraud. Entretien avec le scénariste Wilfrid Lupano.


Adapter un scénario de BD pour le cinéma est-il un casse-tête pour son auteur ?
Pas vraiment. Quoiqu’on en pense, entre l’écriture cinématographique et celle de la BD, il y a plus de similitudes que de différences.
 
Toutes les deux demandent d’être pensées en termes de rythmes de séquences, de cadrages, de valeurs de plans et de dialogues. Elles ne divergent fondamentalement que sur deux points : la première se réfléchit en temps d’écran, la seconde, en volume de pages ; et surtout, la première est lourdement assujettie à un problème inexistant chez la seconde : celui du budget.
 
En BD, on peut raconter tout ce qu’on veut, dans n’importe quel domaine ou n’importe quelle époque, l’Antiquité ou le Futur, il suffit de trouver quelqu’un qui sache le dessiner et, hop, ça existe ! Au cinéma, c’est impossible car tout a un coût : les décors, les costumes et le nombre des personnages. Ça
freine beaucoup l’imagination !
 
Mais du strict point de vue des dialogues, le cinéma laisse plus de liberté que la BD, non ?
L’écriture BD est forcément plus lapidaire, parce que le texte grignote le dessin. S’il est trop important ou trop bavard, le dessinateur a tendance à faire la gueule parce qu’il doit se débrouiller avec la place qui lui reste entre les bulles.
 
Je m’efforce donc de retenir ma plume. En fait, spontanément, je pense que je suis plus un dialoguiste de cinéma. J’adore le tac au tac et j’aime bien quand ça fuse.

Quand j’écris pour la BD, les séquences dialoguées me viennent, en général, facilement, mais après, je suis toujours obligé de les réduire, ce qui les muscle mais… me brime ! (rire). D’où le plaisir que j’ai eu de travailler pour le cinéma.
 
Qu’est-ce qui vous avait incité à créer les Vieux Fourneaux ? Une petite allergie au « jeunisme » alors très en vogue ?
Paul Cauuet et moi voulions travailler ensemble. Mais sur quoi ? On regardait les BD qui sortaient et on a réalisé que c’était un peu « la foire au jeunisme », avec beaucoup de super-héros et de justiciers.
 
On a décidé d’apporter un contrepoint à cette production de masse, et on en est arrivé à créer notre trio de vieux lascars !
 
Vous vous êtes lancé dans le scénario ciné en adaptant le premier album des Vieux Fourneaux, qui eut le succès que l’on sait. Quatre ans après, vous recommencez l’exercice en transposant le cinquième. Pour le premier, vous étiez resté assez proche de la BD. Pourquoi vous en êtes-vous beaucoup éloigné pour celui-ci ?
Le premier, c’était… le premier ! Tout le monde découvrait le trio des Vieux Fourneaux, les lecteurs de BD, et, dans la foulée, les spectateurs de cinéma. L’effet de surprise fonctionnait à plein. Entre le premier et le deuxième film, quatre ans se sont écoulés, quatre ans pendant lesquels les fans de nos trois « papys » ont pu lire quatre nouveaux épisodes de leurs aventures.
 
J’ai pensé qu’il serait plus sympa pour eux que ce deuxième film ne reprenne pas complètement ce qu’ils avaient lu dans le cinquième album dont il est inspiré, qu’il fallait qu’il les surprenne et leur apporte de l’inédit.
 
J’ai donc gardé le thème et l’esprit de ce Vieux Fourneaux n°5, mais j’ai pris des libertés avec son histoire. Entre autres, je l’ai située dans le Sud-Ouest et j’ai inventé deux ou trois trucs. J’ajoute que cette BD n°5 était non seulement truffée de références aux BD précédentes, mais qu’elle avait une construction un peu particulière : avant de rassembler ses personnages, je faisais vivre à chacun une petite aventure personnelle.
 
C’était beaucoup. Les transposer dans un scénario de film d’une durée normale était quasi impossible.
 
Le remplacement de Roland Giraud par Bernard Le Coq vous a-t-il créé des difficultés ?
J’avoue que le départ de Roland m’a dévasté. Mais Bernard est arrivé avec tellement d’enthousiasme, d’énergie et d’humilité pour le rôle d’Antoine que je ne l’ai pas modifié. J’ai bien fait. J’ai été soufflé dès les premiers rushes.
 
Bernard a rendu formidablement cette colère rentrée permanente d’Antoine et puis il a une façon très réaliste de balancer toutes les répliques, sans jamais surjouer. Il m’a beaucoup impressionné.
 
Un mot sur les deux « compères » d’Antoine…
Pierre est incroyable. Il s’est beaucoup démené pour que j’écrive le tome 2. Il voulait absolument retrouver son Vieux Fourneau. On lui fait souvent jouer des personnages doux et lunaires. Mais lui, dans la vie, il est plutôt comme son Pierrot. C’est quelqu’un de très engagé et qui s’emporte facilement.
 
Quand j’ai écrit le volet n°2, j’avais tout le temps sa voix en tête. Je savais comment il allait balancer les répliques. Sur le plateau, c’est une boule d’énergie. Il a un appétit de jouer « estomaquant » !
 
Eddy m’a beaucoup surpris. Nous avions perdu le contact après le premier film et je ne savais pas dans quel état d’esprit il en était sorti. Le nouveau scénario ne l’épargnait guère. Mais il a tout de suite fait savoir à Christophe qu’il était enthousiaste et qu’on pourrait compter sur lui.
 
Eddy n’est pas un grand « causeur », mais quand il dit un truc, on peut compter dessus. Il est comme son personnage : c’est un taiseux, mais il fait l’unanimité. Mimile fait avancer le schmilblick. Et malgré l’humiliation que Berthe lui fait subir quotidiennement, il garde son objectif de la reconquérir.
 
Sous ses dehors bougons, Mimile est un vrai gentleman. Comme Eddy.
 
Quels sont vos projets ?
Ils sont en BD : le tome 7 des Vieux Fourneaux (il s’intitulera Chauds comme le climat), et un nouveau tome de la série du Loup en slip, un dérivé des Vieux Fourneaux pour les enfants. Je suis également en train d’écrire ce qui sortira en 2023.
 
Vous seriez partant pour un nouveau volet ciné des Vieux Fourneaux ?
Pourquoi pas ? Mais il ne faudrait pas trop traîner ! (rire).





ARTICLES LES +