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Article publié le 26/05/2020 à 01:00 | Lu 1993 fois

Le stress peut tuer ! Alors, attention aux coeurs des femmes !




Après un quotidien chamboulé par un confinement imposé, le retour progressif à une vie extérieure très encadrée mais pas pour autant sécurisée doit s’organiser sur tous les fronts. Télétravail, école à la maison, courses, angoisse du lendemain… Le tout avec un masque ! On comprend donc que l’anxiomètre est à son maximum depuis quelques semaines d’autant qu’il faut tenir sur la longueur et… jusqu'à quand ? Rappelons à ce titre que les excès de stress peuvent s’avérer très délétère pour le cœur et particulièrement celui des femmes.


Avec 75.000 décès par an en France, les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez la femme… Une femme sur trois meurt d’une maladie cardiovasculaire, soit 6 fois plus que du cancer du sein.
 
C’est la raison pour laquelle le nouveau Fonds de dotation « Agir pour le cœur des femmes » dédié à leur santé cardiovasculaire sera lancé le 28 mai prochain dans le cadre de la Journée mondiale d’action pour la santé des femmes.
 
Pandémie, confinement, déconfinement,… Le stress ne cesse de s’amplifier et le cœur des femmes souffre ! De fait, pendant le confinement la charge mentale des femmes a explosé. Les témoignages en ce sens se multiplient sur les réseaux sociaux… Télétravail, chômage, éducation des enfants, gestion des courses et des repas, divorce, solitude, ménage, un conjoint trop présent ou trop absent... la gestion du quotidien a été particulièrement lourde et difficile.
 
Depuis deux semaines, vient le temps du déconfinement… Il faut sortir de cette bulle, de cette routine qui était fatigante mais qui finalement, avait aussi un côté rassurant ! Or, il faut savoir que cette charge mentale excessive et ce stress sur la durée peuvent avoir des conséquences majeures sur la santé et tout particulièrement sur la santé cardiovasculaire des femmes.
 
« Les maladies cardiovasculaires sont des maladies du mode de vie et les combattre représente un réel enjeu de société. Nous voulons aider les femmes à installer la prévention au cœur de leur quotidien. Devenons ainsi chacun des colibris de la prévention ! » indique à cette occasion Thierry Drilhon, dirigeant d’entreprise et co-fondateur du fonds de dotation « Agir pour le cœur des femmes ».
 
« En cette période exceptionnelle, générant de fortes incertitudes, une recrudescence d‘accidents cardiovasculaires est à craindre chez les femmes tant elles sont préoccupées par la gestion des conséquences de l’urgence sanitaire » alerte Claire Mounier-Vehier, cardiologue au CHU de Lille et cofondatrice du Fonds de dotation.
 
Et la spécialiste de poursuivre : « elles risquent d’être dans le déni des symptômes d’alerte cardiovasculaires, parfois atypiques chez elles. Elles ne vont pas gérer leur propre urgence et vont consulter ou appeler le 15 trop tard, ce qui peut entraîner des conséquences parfois fatales ».
           
Rappelons par exemple que les artères coronaires des femmes sont plus petites que celles des hommes, ce qui les rend plus vulnérables aux spasmes déclenchés par le stress, avec comme conséquence un risque accru d’accident cardiovasculaire.
 
L’incidence biologique du stress sur le cœur été démontrée par une étude, parue en janvier 2017 dans The Lancet et réalisée par des chercheurs de l’université d’Harvard et du Massachusetts General Hospital. Elle met en évidence l’implication de l’amygdale dans la survenue d’évènements cardiaques.
 
L’amygdale est la zone du cerveau qui gère les émotions. En cas de stress trop élevé, une forte activité de l’amygdale stimule la moelle osseuse qui provoque une augmentation des globules blancs et qui, elle-même, mène à l’inflammation artérielle.

Celle-ci peut se révéler fatale si les artères sont déjà en partie bouchées (l’athérosclérose) : quand les artères déjà abimées doivent faire face à une inflammation, cela peut provoquer des lésions et libérer des caillots dans le sang qui à leur tour vont entraîner une crise cardiaque.
 
Il faut aussi savoir que l’évolution des modes de vie a profondément modifié les facteurs de risque cardiovasculaire chez les femmes :
• Le risque associé au tabac est plus important chez la femme que chez l’homme et ne dépend pas de l’âge :  une  consommation de  3  à  4  cigarettes  par  jour  multiplie  par  trois  le  risque  d’accident  cardiovasculaire . Au-delà du tabac, on observe également chez les femmes un fort développement des autres facteurs de risque : consommation d’alcool, manque d’exercice physique, alimentation déséquilibrée, surpoids, stress grandissant, précarité… Ils réduisent eux aussi l’effet protecteur des œstrogènes naturels.
• Le stress peut resserrer les petits vaisseaux sanguins qui nourrissent le cœur et provoquer un mécanisme d’inflammation plus fort chez la femme.
 
Toujours selon Claire Mounier-Vehier, « il a été démontré que de nombreuses femmes victimes d’un infarctus du myocarde se trouvaient dans des situations génératrices de stress : précarité, dépression, conditions de vie difficiles... Les effets délétères du stress sont plus importants sur le cœur et les artères des femmes. »
 
De plus, les femmes doivent redoubler d’attention aux trois phases clés de leur vie hormonale : lors de la prescription de leur première contraception, pendant leur grossesse et à l’âge de la ménopause, l’effet protecteur des œstrogènes variant selon divers facteurs et sous certaines conditions notamment le stress. 
 
Pour Claire Mounier-Vehier, « les maladies cardio-vasculaires chez les femmes sont une véritable urgence épidémiologique. Les femmes se croient protégées jusqu’à la ménopause, ne se sentent pas concernées, ne connaissent pas les symptômes atypiques… De leur côté, les professionnels de santé doivent renforcer leur attention. Nous devons évoluer vers des parcours de soins coordonnés, en impliquant l’ensemble des acteurs de santé, mais aussi en donnant aux femmes les informations clés de dépistage et de suivi. »
 
Les actions prioritaires :
• L’expérimentation d’une consultation de dépistage des facteurs de risque cardiovasculaire de la femme à 50 ans auprès de mille femmes pendant trois ans et en évaluer l’impact ;
• le développement de parcours de soins pour une prise en charge associant cardiologues, gynécologues, obstétriciens, médecins généralistes, pharmaciens et professionnels paramédicaux ;
• des projets de recherche dédiés à la santé cardiovasculaires des femmes ;
• l’intégration de modules spécifiques aux maladies cardiovasculaires des femmes dans les programmes de formation des professionnels de santé ;
• des campagnes de communication pour aider les femmes à acquérir des réflexes de prévention et à reconnaître les symptômes des maladies cardiovasculaires ;
• des conférences d’information et de prévention destinées tant au grand public qu’aux professionnels de santé mais aussi aux dirigeants d’entreprises et décideurs publics.