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Article publié le 12/12/2017 à 01:00 | Lu 12363 fois

Le Japon, le tourisme industriel et le whisky

Prendre la mesure du Japon c’est bien sûr découvrir les circuits classiques de Tokyo, de Kyoto ou d’Osaka. Mais, c’est aussi découvrir les régions montagneuses, les îles du nord-ouest et pratiquer ce que l’on appelle, le tourisme industriel.


Combiner certains de ces choix, est à l’origine de belles découvertes. En ayant pour objectif la visite de la distillerie Nikka de Yoichi située à l’ouest de l’île d’Hokkaido, il est difficile d’imaginer que l’on découvrira une région côtière autrefois riche et prospère.
 
Au nord-ouest de Sapporo, à une heure de train, la ville d’Otaru dans la sous-préfecture de Shiribshi est un témoin parfait d’une époque où le Japon entretenait des relations fortes avec la Russie voisine. Avant de reprendre un train vers Yoichi, consacrer quelques heures à la découverte d’Otaru permettra d’appréhender ce Japon de l’intérieur.
 
Port de pêche et de commerce, Otaru est aussi une base de la marine japonaise où le pavillon de guerre flotte fièrement sur les navires de la marine nationale. De cette ville qui connut la prospérité au 19ème siècle, on découvre tout au long des larges avenues qui descendent vers la mer, de grosses bâtisses qui furent autrefois des banques et des hôtels de luxe.
 
Des entrepôts de briques rouges sont les témoins de cette intense activité du passé. La gare elle-même conserve sur les quais ses centaines de lanternes à pétrole qui au lieu d’être détruites, ont été électrifiées avec soin. Le respect du passé par les Japonais se traduit dans les moindres détails. 

Des années cinquante subsistent de vastes galeries qui permettent aux habitants d’Otaru de faire leur shopping durant les mois d’hiver. En effet, bien qu’au bord de la mer, chaque hiver, la région est généreusement enneigée. Des pistes de ski sont d’ailleurs encore en fonction pour le bonheur des habitants de Sapporo.
 
Les amateurs d’huîtres seront particulièrement gâtés lors de la découverte d’un minuscule marché couvert proche de la gare. Un lieu parfait sans touriste et où l’anglais ne sera d’aucune utilité. Pratique pour reprendre un autorail brinquebalant de la Hakodate Line en direction de Yoichi, un gros bourg de 20.000 d’à peine habitants.
 
Après quelques arrêts -à la demande- le long de la côte sauvage et découpée de la péninsule de Shakotan, le but de ce voyage est atteint. Quelques écoliers en uniforme sont les seuls passagers à descendre dans cette gare désolée. Une rue large et sans âme descend directement vers ce qui de loin ressemble à l’entrée d’un château fort écossais.
 
Deux minutes de marche et l’on découvre le lieu qui est l’origine de ce qui est aujourd’hui l’une des marques les plus connues de whisky japonais. Sitôt franchie la porte fortifiée, on oublie que l’on est au Japon. Des bâtiments bas en granit sombre, des pelouses au vert intense, l’Ecosse est présente à chaque recoin de ce lieu magique.
 
C’est ici que Masataka Takesturu fonda en 1934 sa première distillerie. La montagne proche, la mer à 1 kilomètre et la Yoichi River à l’eau particulièrement pure en bordure de la distillerie offraient les conditions parfaites pour son implantation. Une sensibilité à l’environnement essentielle pour la production d’un whisky de qualité. 

Dispersés dans un vaste parc, les différents bâtiments historiques sont répartis autour de la maison où habitaient Mastaka Takesturu et Rita. Son épouse écossaise qu’il rencontra lors d’un de ses séjours d’études à la distillerie d’Hazelburn près de Campbeltown. Aujourd’hui, c’est un des pôles d’attraction pour les visiteurs.
 
C’est dans l’un de ces bâtiments anciens que se trouvent encore des alambics de type pot still encore chauffés au charbon ainsi que les chais de futs de chêne qui représentent environ deux millions de litres. Autre bâtiment important pour les visiteurs, celui où est installé un bar de dégustation.
 
Vaste chaleureux, décoré de boiseries d’acajou, il est une véritable bibliothèque où l’on peut goûter la plupart des productions de Yoichi. Une seconde partie est dédiée à un musée qui rassemble tous les différents labels qui ont été distillés à Yoichi. On y découvre ainsi de véritables pépites et on peut se rendre compte de la richesse des gammes produites à Yoichi.
 
Des produits plus ou moins tourbés et surtout, de nombreuses séries limitées que l’on ne trouve qu’ici, qui ne sont vendues qu’à la distillerie. En effet en fonction des souhaits du maître distillateur, Yoichi peut produire un malt très tourbé, non tourbé, légèrement tourbé ou encore aux arômes légers, ordinaires ou lourds et concentrés en jouant sur la quantité de levure et le temps de fermentation.
 
De quoi rendre jaloux les maîtres distillateurs écossais qui ont parfois des soucis de qualité et ne parviennent pas toujours à une homogénéité pour un seul type de malt ! En effet, les blenders japonais n'ayant pas l’habitude de s'échanger des fûts, ils sont obligés de produire différents profils aromatiques sur un même site. Cela explique pourquoi Yoichi propose une gamme aussi riche. Bon voyage et bonnes dégustations.
 
Joel Chassaing Cuvillier








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