"L'invention de nos vies" au Théâtre Rive Gauche : un homme peut en cacher un autre

Le roman éponyme de Karine Tuil, paru aux éditions Grasset en septembre 2013, fut finaliste du prix Goncourt de cette année-là. Leslie Menahem et Johanna Boyé ont eu l’idée de l’adapter au théâtre et c’est Johanna Boyé qui s’est chargée elle-même de la mise en scène.





Sam Tahar est un avocat reconnu sur la place de New York. Il vient de France, chaudement recommandé par son premier patron, un avocat juif parisien qui l’a fait rentrer dans un des cabinets les plus en vue de Manhattan.
 
Comme preuve, si besoin était, de son allégeance à la grande famille juive new-yorkaise, Sam a même épousé la fille de son nouveau boss et ils sont parents de deux jeunes enfants.
 
Seulement voilà, Sam -en réalité Samir, arabe musulman -n’est pas juif. Pour arriver à ses fins, il a emprunté l’identité de son ex grand ami juif Samuel, écrivain raté qui végète encore à Paris en compagnie de Nina, son ancienne petite amie.
 
Comme souvent dans la vie, et toujours dans les romans, la vérité finit par resurgir, entraînant le personnage principal dans une descente aux enfers dont il sortira laminé, transformé, mais aussi purifié.
 
C’est Valentin de Carbonnières qui incarne le rôle de Sam. Cet acteur au physique irréprochable s’était déjà distingué dans « Le Portrait de Dorian Gray » qui fut donné à Avignon et sur plusieurs scènes parisiennes.
 
Mais Valentin n’est pas que beau, c’est aussi un excellent acteur, qui fut d’ailleurs couronné en 2019 du Molière de la révélation masculine pour sa prestation remarquée dans « 7 morts sur ordonnance ».
 
Il donne ici toute la mesure de son talent, nous faisant voir tout d’abord un imposteur de façade qui devient, par la force des événements, un homme vrai retrouvant sa condition première.
 
Le jury des Molière ne s’y est pas trompé car, seul un grand acteur est capable de cette performance.
Le reste de la distribution, six acteurs et actrices dont certains jouent plusieurs rôles, réussit parfaitement à nous restituer l’ambiance électrique du roman devenu ici, un excellent texte de théâtre.
 
Il faut dire que la mise en scène très inspirée de Johanna Boyé y est aussi pour beaucoup. Par de rapides et nombreux changements de décors, parfois très symboliques, elle parvient à nous faire voyager dans la seconde de New York à Paris, des quartiers pauvres de Bobigny aux immeubles cossus de Central Park.
 
Mention particulière aux lumières de Cyril Manetta qui lient astucieusement les lieux à l’action.
 
Alex Kiev
 
Théâtre Rive Gauche
6, rue de la Gaîté
75014 Paris
 
Du mardi au samedi 21h dimanche 15h

Article publié le 29/09/2022 à 02:53 | Lu 1557 fois