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Article publié le 08/05/2020 à 05:16 | Lu 4707 fois

L'alimentation durant le confinement par Laure Benaroya




Depuis une trentaine d’années, l’agence marketing indépendante et multi-expertises June Marketing, prend le pouls de notre société. Et en cette période de confinement et de virus, elle s’est intéressée à notre consommation alimentaire et à notre rapport à la cuisine et aux aliments… Questions à Laure Benaroya, PDG de cette agence.


Quels sont les aliments vers lesquels les Français se sont-ils tournés ces deux derniers mois ?
De façon presque évidente, on observe que la majorité s’est tournée vers une alimentation rassurante, qui fait plaisir : peut-être une façon de contrebalancer les conséquences dramatiques que le covid-19 provoque.
 
Dans le désordre, les incontournables du moment :
• Le chocolat : ce remède essentiel à la morosité, que l’on consomme en plus grande quantité.
• Le fromage : dans ses nombreuses déclinaisons.
• Tous les fruits et légumes de saison entrent dans nos frigos, en rappelant que le printemps est arrivé et que c’est la meilleure saison pour stimuler ses sens et se mettre en appétit.
• Il en manque un ? oui, l’alcool. Bon nombre des Français ont admis avoir consommé davantage de vin et de spiritueux en tout genre, en tentant de reproduire parfois des cocktails de grands barmans.
 
Quels sont les comportements alimentaires observés ?
Pour certains d’entre nous, confinement rime avec corvée. Souvent les enfants qui avaient quitté le foyer sont revenus se confiner chez papa, maman… Et, alors qu’il faut préparer trois repas par jour, sans relâche et trouver des idées de menus pour varier les plaisirs, retourner aux fourneaux devient vite lassant.
 
A l’opposé, le confinement permet à d’autres de se (re)découvrir des talents de Top Chef. Jusque-là peu portés sur la préparation des repas, par manque de temps, d’envie ou d’expertise, ces nouveaux chefs prennent du plaisir à cuisiner.
 
Ils ont désormais le temps de découvrir les produits, d’apprendre à réaliser des recettes, d’innover, de
laisser mijoter etc. Ils s’éclatent ! C’est aussi l’occasion de partager avec leurs enfants, de briller en famille et de se découvrir un fin palais.
 
Tout y passe : les recettes de son enfance, les recettes originales (improbables), les gâteaux, etc. Les réseaux sociaux, Instagram, les influenceurs sont leurs sources d’inspiration majeures.
 
Il y a aussi ceux qui lâchent prise : des végétariens qui se remettent à manger de la viande, des Control Freaks de la prise alimentaire qui oublient les règles. Viande, alcool, chocolat, pain, pâtes, Nutella, tout y passe… et c’est tellement bon ! Comme si, le besoin d’avoir une alimentation en multipliant les apports semblent nécessaires dans ce temps ou la bonne santé est primordiale.
 
Enfin, il y a ceux pour qui ce confinement ne change rien à leur relation à l’alimentation… Grand bien leur en fasse !
 
Le confinement (et intrinsèquement le covid-19) a-t-il eu un impact sur notre relation à l’alimentation ?
L’alimentation est perçue comme un retour à l’essentiel : fini le superflu, même les livraisons Deliveroo ou Uber eats qui fonctionnent toujours n’ont plus la même saveur, et semblent être un luxe inutile.
 
Plus que jamais, l’alimentation se “réfléchit” : organiser ses placards, son réfrigérateur, préparer ses menus, utiliser tout ce que l’on a, ne pas gâcher et préserver ses stocks pour éviter de faire les courses trop souvent, faire soi-même, inventer, explorer en cuisine…
 
L’alimentation semble être redevenue un plaisir au sens large, fini les déjeuners pris sur le pouce, on prend son temps, on savoure et avons plaisir à partager. De même on découvre ou redécouvre le plaisir du fait soi-même : les burgers et pizza maison, le beurre de cacahuète maison… les produits de plaisir ne sont pas bannis, au contraire on les envisage différemment.
 
Par ailleurs, dans ce contexte, le local, les petits producteurs, le vrac, le bio et le frais deviennent des dimensions plus que jamais valorisées. On observe une accélération des préoccupations environnementales, parce que pour certains, cette crise sanitaire est la conséquence d’une crise environnement profonde.
 
Ce que vous retiendrez de ces changements dans l’alimentation ?
Une envie pour l’après de conserver ce retour à l’essentiel, de continuer à réfléchir son alimentation, de changer ses circuits de distributions, d’aider les petits commerçants, les petits restaurateurs qui souffrent dans cette période.
 
Finalement, aller au restaurant demain deviendra un acte citoyen et solidaire, notamment chez les jeunes.
 
De la même façon, nous avons vu de nombreuses actions solidaires se mettre mises en place dans l’univers de l’alimentation, si nous les remarquons et les saluons, il ne faudra pas les abandonner dès le 11 mai : au niveau local, il faudra continuer de soutenir les initiatives qui facilitent l’approvisionnement, le “consommer local” et au niveau  national, les enseignes de distribution qui ont revus leur aménagement pourraient aller plus loin, vers plus d’éthique.
 
Pour conclure, nous remarquons que les marques semblent être les grandes absentes de cette crise.