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Article publié le 28/09/2018 à 09:43 | Lu 1751 fois

Exclusion numérique des ainés : le point avec Alain Villez, président des petits frères des Pauvres

Au-delà du nombre de personnes toujours exclus du numérique, notre rapport montre -entre autres- qu’internet est un facteur de lien social qui est profitable à nos ainés, y compris pour le grand âge. Mais malheureusement, l’exclusion numérique est aussi devenue un facteur aggravant d’isolement social !


En 2017, les petits frères des Pauvres ont réalisé une étude sur la solitude et l’isolement des personnes âgées. Attentifs aux évolutions de la société, ils avaient choisi d’intégrer le numérique comme un réseau de sociabilité à part entière, à côté des réseaux habituels : famille, amis, voisinage…
 
Alors que de nombreuses études catégorisent les 60 ans et plus dans deux grands groupes distincts
(60-69 ans et plus de 70 ans ou 60-75 ans et plus de 75 ans), l’association a souhaité affiner ces groupes hétérogènes et prendre en compte les transformations démographiques et l’allongement de la vie en donnant des chiffres plus précis avec trois tranches d’âge 60-74 ans, 75-84 ans et plus de 85 ans.
 
Autre spécificité de notre étude, la conduite des questionnaires par téléphone afin de permettre à un maximum de personnes, dont les non-connectées, de pouvoir s’exprimer. Une évidence, encore fallait-il la prendre en compte.
 
La taille importante de l’échantillon avait ainsi permis de préciser les chiffres sur l’utilisation d’Internet auprès des 60 ans et plus avec un nombre très important de plus de 85 ans qui n’utilisent jamais Internet. L’association s’est inquiétée de la situation du public qu’ils accompagnent, des « cumulards » de l’exclusion : âgés, avec de faibles ressources, en situation d’isolement.
 
A cette triple peine se rajoute désormais une peine supplémentaire : l’exclusion numérique qui met un nombre important de nos aînés encore plus en marge de la société et les isole davantage dans notre monde hyper connecté.
 
Face à ce risque supplémentaire d’exclusion et d’isolement, face à la dématérialisation « galopante » des services publics avec en point d’orgue, la télédéclaration des revenus, obligatoire en 2019, l’association a donc décidé de réaliser cette année un focus spécifique sur l’usage numérique des personnes de 60 ans et plus.
 
L’étude se compose de deux volets : une étude quantitative avec 1 500 répondants de 60 ans et plus et une étude qualitative avec 11 entretiens de personnes accompagnées par l’Association.
 
Tout en étant convaincus que les liens digitaux ne remplaceront pas les interactions en face-à face, nous sommes persuadés que les mondes réel et virtuel ne s’opposent pas et que la révolution digitale que nous sommes en train de vivre peut-être également profitable à cette génération qui reste encore trop éloignée du numérique.
 
Cette étude est essentielle car elle est la seule à qualifier finement l’usage des nouvelles technologies par les personnes âgées, même celles du grand âge, et de pouvoir faire des recommandations concrètes. Lutter contre l’isolement de nos aînés, notre mission depuis plus de 70 ans, c’est aussi lutter contre leur exclusion numérique devenue un facteur aggravant d’isolement dans notre société ultra-connectée.
 
Cette étude va aussi, et c’est important, nous permettre de nous interroger sur nos pratiques d’accompagnement et de nous adapter. Au-delà des constats indispensables, face aux situations d’urgence dans lesquelles se trouve un trop grand nombre de nos aînés, il est grand temps d’agir ensemble pour qu’ils ne restent plus sur le bord du chemin numérique !