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Article publié le 05/01/2018 à 01:00 | Lu 1440 fois

Echappée belle : road-movie sur la vieillesse et la maladie (film)

L’Échappée Belle est une variation sur le genre américain par excellence du road-movie. Une relecture nourrie par la poésie ironique et généreuse de Paolo Virzì et magnifiée par la force de deux comédiens exceptionnels, Helen Mirren et Donald Sutherland, dans les rôles d’Ella et John. Ce film retrace la dernière aventure, à la fois irrationnelle et fantasque, d’un vieux couple malade, bien décidé à échapper à l’hospitalisation qui l’aurait séparé pour toujours.


« J’ai la fâcheuse habitude de m’attaquer à des sujets tristes et déprimants et à tenter d’en faire des récits d’aventures palpitantes », indique le réalisateur. « Le secret consiste à constamment allier l’humour au tragique. Une chose est sûre : L’Échappée belle est un pur mélange des deux ».
 
« J’ai eu un peu peur au départ quand j’ai compris que le film parlait de vieillesse », raconte Helen Mirren, « mais j’ai vu ce qu’a fait Paolo Virzì et notamment Les opportunistes et je me suis dit qu’il avait un regard merveilleux, humain, drôle et simple sur des situations extrêmement complexes et réalistes ».
 
De son côté, Donald Sutherland confirme ; l’acteur évoque ce qui l’a convaincu d’accepter le rôle de John, prof d’université à la retraite qui, malgré les innombrables ouvrages qui se sont gravés dans son esprit, commence à perdre la mémoire : « Après avoir lu une vingtaine de pages du scénario, le personnage de John a surgi et s’est mis à engager la discussion avec moi », dit-il. « C’était une conversation merveilleuse. Il était d’une grande rigueur et d’une incroyable précision. Et le scénario lui plaisait ».
 
Le roman de Michael Zadoorian -dont s’inspire le film- évoque un périple à travers l’Ouest américain, empruntant la mythique Route 66 pour atteindre Disneyland. En modifiant le profil socioculturel des deux protagonistes, on a essayé de faire en sorte qu’ils soient, en quelque sorte, plus proches de nous et de susciter autant d’empathie que possible à leur sujet.

Lui est verbeux et bougon, obsédé par les romans qu’il a étudiés et enseignés à ses étudiants toute sa vie. Elle, de son côté, est plus insouciante et constamment de bonne humeur, et elle dégage quelque chose de frivole. Ils ont bâti toute une vie ensemble à partir de leur relation passionnelle et ils ont eu deux enfants
 » souligne le réalisateur.

« Dans le scénario, on ne prononce jamais le terme d’Alzheimer », reprend le réalisateur. « On avait peur de tomber dans le cliché. Les enfants se contentent de dire : « Papa a ses moments de lucidité. » Ella déclare qu’il a des problèmes de mémoire. Entre nous, on appelait la maladie de John le « syndrome de Spencer ».
 
Et d’ajouter : « c’est confirmé par plusieurs neurologues qui expliquent que chaque individu souffre de dégénérescence mentale à sa propre façon. L’état cérébral de John, dont l’esprit est de plus en plus embrouillé, donne lieu à des éclairs de lucidité et c’est dans ces moments-là qu’on prend conscience de son charme – et on comprend aussi à quel point c’est douloureux pour Ella de perdre l’homme qu’elle connaît depuis si longtemps. »
 
Le réalisateur, les scénaristes, les producteurs, les techniciens et même les acteurs aimaient sincèrement les personnages de John et Ella – ce vieux couple malade, mais toujours intrépide, qui décide de se lancer dans une folle expédition sur les routes américaines.
 
Helen Mirren conclut : « Cette ultime phase de la vie d’un couple qui s’aime est incomparable. On se connaît tellement bien, on connaît tellement bien les défauts de l’autre, mais aussi ses forces, que l’on est conscient qu’il y a des aspects de lui qu’on ne connaît pas. C’est comme ça qu’on prend conscience qu’en réalité on connaît très peu l’autre. Il s’agit d’un couple qui est passé par toutes ces phases et qui est encore en train de se découvrir.

Ces deux-là forment un couple comme les autres. Il suffit de regarder autour de soi pour apercevoir un million de ces gens ordinaires. L’Amérique est un immense pays peuplé de nombreuses familles qui n’ont rien de particulier. Elles ne deviennent hors du commun que lorsqu’on se focalise sur elles et qu’on les observe.
»
 
Le film, porté par un duo d'acteurs de premier plan, est sorti sur les écrans français le 3 janvier dernier.