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Article publié le 21/01/2021 à 10:26 | Lu 2950 fois

Des conséquences du confinement sur le moral des ainés




A la sortie de la première période de confinement, Gérond’if, le gérontopôle d’Île-de-France, a mené une enquête pour mieux comprendre le vécu du confinement par les personnes de plus de 60 ans confinées à domicile, anticiper les effets psychosociaux de cette période et aider à gérer l’après-crise. En voici les grandes lignes.


Pour la majorité des personnes rencontrées lors de cette enquête, le confinement a nécessité un temps d’adaptation, rendant le début de la période plus difficile à vivre que la fin, comme en témoignent ces deux personnes :
 
« Au début, j’ai été surprise… Et puis à la fin, on commençait à s’habituer » indique Maria G, 88 ans. De son côté, Fatima Z, 70 ans, précise : « pendant le confinement, ça a été dur la première semaine ».
 
Toujours selon ce sondage, près des deux-tiers (62%) des personnes interrogées ne se sont pas ennuyées plus que d’habitude. Elles ont trouvé des dérivatifs et se sont adaptées, notamment par une utilisation plus importante des outils numériques pour plus de la moitié (55%) des répondants.
 
Le manque de lien social a été la principale difficulté de la période de confinement pour ces sondés. Cette absence de lien fut même « plus pénible à vivre que la peur du virus » elle-même. Beaucoup indiquent « un sentiment d’isolement fort, notamment lorsque leur vie sociale était centrée sur des activités extérieures qui ont cessé pendant cette période ».
 
« Oui, je suis sortie une heure. Et je me suis assise sur un banc. Alors on manque de conversation […] C’était impossible. Je manque de contact. J’ai besoin de parler à des gens » poursuit Maria G, 88 ans.
 
C’est pourtant grâce aux liens qui ont pu être maintenus que les personnes disent avoir pu surmonter cette période difficile. On note tout de même que 20% des répondants disent avoir rencontré de nouvelles relations pendant le confinement.
 
Point intéressant : selon cette enquête, les personnes interrogées ont globalement le sentiment que le regard porté sur les personnes âgées dans la société est plutôt négatif. Certaines d’entre elles estiment même que les ainés ont été plus privés de liberté et que leur parole n’a pas été entendue ni respectée.
 
Comme le précise Monique G, 80 ans : « le regard sur la vieillesse malheureusement, je pense qu’il est un peu cruel […] alors à un moment il y a eu des gens qui quelque part ont pensé que bon les anciens, il fallait décider à leur place. Mais je peux vous dire qu’il y a des gens qui ont encore toute leur tête ».  
 
A ce titre, près de la moitié (47%) des participants considère que le confinement a modifié le regard porté sur les anciens. Si 49% trouvent ce changement positif, plus de la moitié (51%) l’estime négatif. Sans compter que ceux qui ont ressenti un changement plutôt positif de la société, pensent pour les trois-quarts (74%) qu’il ne durera pas.
 
La hausse de l’anxiété chez les sondés touche principalement ceux qui présentaient un problème de santé et pour lesquelles on a constaté une rupture de la continuité des soins due au confinement. En effet, plus de la moitié (53%) se dit plus anxieuse qu’à l’accoutumée a déclaré avoir reporté leurs rendez-vous médicaux.
 
Toujours selon cette enquête, on note un lien, attendu mais très fort, entre le moral des personnes interrogées et le sentiment d’ennui vécu pendant le confinement… Ainsi, les deux-tiers (65%) de ceux qui déclarent avoir une baisse de moral par rapport à d’habitude s’ennuie plus que d’habitude alors que quasiment la totalité de ceux dont le moral est meilleur ne s’ennuie pas plus que d’habitude (97%).

« C’était très contraignant, il y a des jours où je ne suis pas sortie et ça m’a agi sur le moral. J’étais pas bien du tout. Je me suis beaucoup ennuyée, ça m’a déclenché une maladie que j’ai eue » indique Martine D, 67 ans.
 
On remarque également que l’angoisse due à la crise sanitaire est apparue amplifiée par les médias. Sans trop de surprise d’ailleurs… Tous ces morts annoncées tous les soirs ont mis mal à l’aise ces anciens.  
 
De plus, parmi ceux qui perçoivent un changement de regard négatif de la société (52%) sur la vieillesse, 44% d’entre eux sont en désaccord avec la façon dont on parle des personnes âgées dans les médias : selon eux, le 4ème pouvoir véhiculerait une image négative des ainés !
 
Par ailleurs, la sortie du confinement n’a pas été simple à vivre, voire fut parfois même plus difficile à gérer que le confinement lui-même comme l’exprime cette personne : « Ce déconfinement, je le
vis moyennement bien […]
» (Martine D, 67 ans).
 
En effet, malgré une liberté retrouvée officiellement, dans les faits, les déplacements et les activités restent limités (et il convient de rester prudent, d’appliquer les gestes barrières en permanence). De plus, le déconfinement est source de stress et d’angoisse pour plusieurs personnes interrogées. La crainte d’une crise économique majeure n’arrangeant rien…

* Le public cible de cette enquête nommée « Confidences » était les personnes franciliennes retraitées ayant plus de 60 ans et ayant été confinées dans leur domicile habituel. Plus de 1 000 personnes ont répondu au questionnaire en ligne et 12 entretiens qualitatifs ont été réalisés par téléphone avec des personnes isolées ou non connectées.





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