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Article publié le 28/06/2019 à 05:35 | Lu 1596 fois

Chute de personnes âgées : interview du Dr François Puisieux

Qu'est-ce qu'une chute ? Comment survient-elle ? Comment la détecter et comment la prévenir ?
Gros plan sur cet incident domestique qui est la première cause de décès accidentel chez les plus de 65 ans avec 12 000 décès par an et qui est responsable dans un cas sur 12 de fractures. Par La SFGG et François Puisieux, gériatre au CHU de Lille.


Quand parle-t-on de « chutes » ?
On parle de chute quand la hauteur du corps passe d’une position initiale à une position inférieure sans que ce soit lié à une perte de connaissance et sans qu’évidemment ce soit volontaire. Cela peut ainsi concerner quelqu’un qui tombe sur un fauteuil.
 
Souvent les chutes ne sont pas reconnues comme telles par les personnes âgées : quand on les interroge pour leur demander, elles relèvent souvent les chutes où elles se sont mal et oublient toutes les autres.
 
Quelles sont les causes des chutes ?
Les chutes ont lieu quand les capacités posturo-locomotrices de la personne sont dépassées - alors qu’elle réalise une action donnée dans un environnement donné. Il y a donc trois intervenants : la personne, l’action et l’environnement. La confrontation de ces trois éléments explique la chute.
 
Pourquoi les personnes âgées tombent-elles plus ?
D’abord parce que leurs capacités posturo-locomotrices s’altèrent avec l’avancée en âge. Une chute peut survenir à tout âge (l’autre époque où l’on tombe beaucoup est l’enfance) mais la fréquence augmente avec l’âge. On estime que dans la population des personnes âgées de plus de 65 ans, le tiers des personnes tombent au moins une fois dans l’année et chez les plus plus de 85 ans, c’est la moitié.
 
Plusieurs facteurs favorisent les chutes :
L’âge : le vieillissement fait que l’on marche moins vite, que l’on a moins de souplesse, que notre équilibre est un plus réduit. Mais on ne tombe jamais du seul fait de son âge – même si l’on a 90 ans.
 
Les pathologies chroniques : dénutrition, maladies neurologiques, sarcopénie, maladies de la mémoire, de la vue, arthrose du genou évoluée et douloureuse, dépression, … vont altérer l’équilibre et la marche.
 
Les facteurs précipitants qui font favoriser les chutes : ce sont principalement les médicaments. Et les premiers médicaments responsables des chutes sont les psychotropes (hypnotiques, anxiolytiques, antidépresseurs, neuroleptiques, antihypertenseurs, antiarythmiques, antidiabétiques) avec un effet dose.
 
Lorsqu’un médecin reçoit un chuteur en consultation il faut d’abord et surtout regarder ses ordonnances : prend-il des hypnotiques pour dormir et/ou d’autres psychotropes ? Ne peut-on pas en arrêter certains ou au moins en diminuer les doses ?
 
D’autres médicaments peuvent favoriser les chutes tels que les diurétiques, antihypertenseurs - surtout en cas d’hypotension orthostatique, antiarythmiques, hypoglycémiants, etc.
 
Autres facteurs de risque :
- les pathologies aiguës (grippe, déshydratation lors des grosses chaleurs,…)
- les addictions (la consommation d’alcool favorise les chutes même à petites doses)
- les facteurs de risque environnementaux (logement) et le chaussage (souvent les personnes âgées sont très mal chaussées)
- les facteurs de risque comportementaux : les personnes âgées prennent parfois des risques inadaptés (par exemple nettoyer ses vitres sur un escabeau).
 
Quelles sont les conséquences psychologiques des chutes chez les personnes âgées ?
La plupart des personnes âgées qui ont chuté ont peur de chuter à nouveau et du coup sortent moins de chez elles. Nous avons coutume de dire en gériatrie « Ce qui n’est pas exercé se perd » : c’est-à-dire que quelqu’un qui ne marche plus va marcher moins bien et donc augmente son risque de chute.
 
C’est un cercle vicieux qui conduit à la répétition des chutes et, finalement, à une entrée en institution : une personne âgée victime d’un trop grand nombre de chutes, souvent, ne va plus pouvoir rester à son domicile.
 
Les chutes, la peur de chuter, la restriction des sorties engendrent une perte de la vie sociale, une perte d’indépendance et une perte de qualité de vie. Quand on prend en charge un chuteur il faut essayer d’agir sur cette part psychique de la peur de tomber et lui redonner confiance.
 
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