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Article publié le 19/07/2021 à 01:00 | Lu 795 fois

C'est quoi ce papy ?! Entretien avec le réalisateur Gabriel Julien-Lafferrière (film)




Le film C’est quoi ce papy ?! avec Chantal Ladessou et Patrick Chesnais sortira sur les écrans le 11 aout prochain. Cette comédie familiale et intergénérationnelle met en scène Aurore, la plus déjantée des mamies fait une chute spectaculaire lors d’une danse endiablée. Elle perd la mémoire et se retrouve en convalescence dans une maison de repos. Elle ne parle que d’un mystérieux Gégé, qui pourrait être son amour de jeunesse et lui faire retrouver toute sa tête. Ses sept petits enfants décident de faire le mur pour faire évader leur mamie. Entretien avec le réalisateur.


Copyright Jean-Claude Lother
Il y avait eu « C’est quoi cette Famille ?! », puis « C’est quoi cette Mamie ?! »…Il y a aujourd’hui « C’est quoi ce Papy ?! ». Etait-ce pour ne pas faire mentir le dicton « jamais deux sans trois ».
La vérité est que c’est le public qui m’a soufflé l’idée de faire cette suite. Pour préparer la sortie de « C’est quoi cette Mamie?! », nous avons fait une grande tournée d’avant-premières et systématiquement les spectateurs m’interpellaient, ils attendaient maintenant le troisième.
 
J’ai entendu tous les soirs pendant 2 mois, « Alors, le prochain ça va être « C’est quoi ce
Papy ?! », comme si, d’une ville à l’autre, ils s’étaient donné le mot ! On est parti pour ce numéro 3 avec beaucoup d’enthousiasme.
 
Aviez-vous l’ébauche d’un scénario ?
Pas vraiment. Il fallait « inventer » ce papy réclamé par le public et justifier le fait qu’il débarque seulement dans ce troisième volet. Et je voulais retrouver bien sûr, l’inénarrable « Mamie Aurore », mais aussi toute la famille : les enfants, qui n’en sont plus vraiment, ce qui ouvre de nouvelles possibilités pour leurs histoires, et leurs parents.
 
Il se trouve que je vis depuis une dizaine d’années à la campagne, dans les Cévennes, en Lozère. Quand je m’y suis installé, je pensais retrouver là-bas un monde proche de mes souvenirs d’enfant des années 70, les babas cool et autres écolos exilés volontaires dans cette région ; le réel est beaucoup plus complexe, plus dur, l’époque est moins tendre que les années 70.
 
Je me suis dit qu’après les années 70 glam-chic-St Tropez de Mamie Aurore évoquées dans « C’est quoi cette Mamie ?! », le bon cadre pour le Papy serait l’autre face des années 70, le retour à la terre, les néo ruraux, cette contre-culture née de mai 68…
 
Et que le contraste entre ces deux choix radicaux à l’époque de leur jeunesse, serait un bon moteur pour justifier leur séparation, le temps passé à distance… Et que leurs retrouvailles seraient un bon générateur de comédie entre eux !
 
Et pour Gégé, le Papy du titre, je n’avais qu’à « emprunter » au grand-père barbu que je suis devenu, qui adore, entre autres, fabriquer de la crème de châtaigne, la meilleure qui soit ! Même si je lui ai donné certains de mes traits (au point qu’un des acteurs m’a demandé si je n’allais pas le jouer moi-même ! Il devait être inquiet… Je l’ai rassuré), Gégé n’est pas du tout mon double.
 
Le pitch est venu assez facilement : ma vedette de Mamie, ex-noceuse bling-bling des années 70, perd la mémoire après un accident, et ne se rappelle que d’un prénom, Gégé… La fratrie se met en tête de retrouver ce Gégé, pour aider Aurore à retrouver sa mémoire. Et Gégé s’avère être le grand amour des vertes années de Mamie Aurore, et pourrait donc être leur grand-père jusqu’ici inconnu…
 
Les dates concordent… Ces retrouvailles sont donc un enjeu également pour les parents, les filles d’Aurore qui n’ont pas connu leur père, et les hommes de la famille qui vont devoir se confronter à lui.
Les éléments du scénario posés, il a fallu les emboiter. Je ne peux pas dire que les angoisses ont commencé, mais les choses ont avancé nettement moins vite ! (Rire).
 
Ne craignez-vous pas, quand même, qu’on trouve un peu trop « bisounours » le portrait que vous faites de cette fratrie ?
Je ne fais pas de films de guerre ou autres polars, mon truc, ce sont les films familiaux. Je les fais pour qu’ils apportent du plaisir et qu’on puisse les partager entre plusieurs générations. Comme ce sont des comédies dont l’humour vient souvent du choc de caractères qui s’affrontent ou s’entrechoquent, ces films peuvent être un peu transgressifs, un peu provocateurs, un peu « borderline ». Mais ils ne sont jamais clivants.
 
Dans mes films, on ne juge pas non plus, on ne dénigre pas et on ne se méprise pas. On s’engueule, mais on s’aime, on essaye de s’accepter. Ce serait un reproche, je crois, injustifié. Le film montre aussi leurs conflits et leurs désaccords ; comme tous les militants convaincus, ils ont une part de rigidité, voire d’intolérance… Mais au service d’un personnage comme Mamie Aurore, les conflits
se mettent en sommeil !
 
Pourquoi avez-vous choisi Patrick Chesnais pour être votre Papy ?
Depuis que j’ai découvert Patrick dans Je ne suis pas là pour être aimé de Stéphane Brizé, il fait partie de mon Panthéon d’acteurs. Quand il a fallu que je trouve un « fiancé » à Chantal Ladesou, il s’est assez vite imposé. Son trajet de comédien est différent de celui de Chantal, mais il est de la même génération qu’elle. J’ai trouvé passionnant de le mettre face à elle.
 
Dans la vie, Patrick est un homme drôle, délicieux, cultivé. Il a aussi, ce qui m’enchante, un grand sens de l’autodérision. Sur le plateau, j’ai découvert qu’il est un interprète extrêmement inventif. Sa force de propositions est étonnante : il peut vous offrir mille tonalités différentes pour chaque scène, chacune sonnera juste.
 
Bien qu’ayant les honneurs du titre, il arrive tard dans le film…
Il fallait que je montre d’abord ce qu’étaient devenus les sept de la fratrie, que je les présente pour ceux qui n’ont pas vu les films précédents, quelles causes ils avaient embrassées et pourquoi. Ce sont eux, les enfants de la fratrie qui sont les moteurs des films.

Il fallait aussi construire la soudaine obsession de Mamie pour un certain Gégé. Et faire vivre les aventures de la fratrie avec Mamie Aurore…Les scènes se sont enchainées. Au final, on s’aperçoit qu’elles ont aussi pour utilité, de faire monter la pression : Gégé déboule tard, mais comme une Rockstar ! (Rire).
 
Je ne pense pas que le fait de cette arrivée tardive ait beaucoup pesé sur la décision de Patrick d’accepter de jouer Gégé. Ce sont surtout les personnages qui l’intéressent avant tout. Après avoir lu le script, il m’a seulement demandé si  je le sentais capable de jouer les agriculteurs. Et dans le même temps de sa question, je l’ai vu devenir Gégé, ce vieux paysan râleur et solitaire, enraciné dans sa terre, et regardant ses illusions foutre le camp. Je me suis régalé à le regarder jouer avec Chantal Ladesou.
 
Une des scènes les plus émouvantes du film est celle de la chanson de Joe Dassin, Et si tu n’existais pas…
Dans les deux premiers volets, c’étaient les enfants, qui chantaient à la fin du film. Pour ce numéro 3, je me suis dit que j’allais confier ce petit rituel à Aurore et Gégé. Je voulais que ce moment soit juste et vrai, qu’on ne puisse y voir aucune connotation ironique. J’ai cherché une chanson simple, qui rappellerait à mes deux vieux amoureux l’époque où ils s’étaient connus encore adolescents, et je suis tombé sur celle-ci, de Joe Dassin. Je l’ai trouvée sublime. C’est une vraie chanson populaire. Sa mélodie est à la fois charmante et mélancolique, et ses paroles vont droit au cœur.
 
Le seul petit problème est qu’elle est longue. Je craignais qu’elle fasse peur aux acteurs. Patrick m’a dit qu’il voulait bien essayer. On était dehors, et ce jour-là de l’enregistrement, il y avait du vent, comme souvent dans les Cévennes. J’ai proposé à Patrick d’enregistrer une très bonne version play-back, mais il a refusé. Il ne démordait pas du live.
 
Normalement, quand on tourne une scène comme celle-ci, on enregistre un master qu’on repasse après autant de fois qu’il y a de prises. Patrick a encore dit non. Il a chanté live à chaque prise, en affinant, en proposant comme pour une scène de dialogues. C’est son grand morceau de bravoure…Et on a réussi à garder l’enregistrement live au final. C’est une des scènes du film que je préfère, les regards des vieux amants me bouleversent.
 
Quel regard portez-vous sur « C’est quoi ce Papy ?! »
Peut-être est-ce parce qu’il est dernier-né, mais il me semble que c’est le plus abouti des trois volets de la trilogie. On y évoque des enjeux plus profonds que dans les deux précédents, comme la maternité, l’engagement en général, la vieillesse, la religion, le sens de la vie…
 
C’est une comédie avant tout, mais j’ai poussé plus haut le curseur de l’émotion. Visuellement aussi je trouve que ce film est plus intéressant et plus riche. Il a une grande variété de décors et d’ambiances, et la lumière est belle.
 
Vous n’êtes donc plus tout à fait le même cinéaste que celui qui est arrivé il y a cinq ans sur le plateau de « C’est quoi cette Famille ?! »
C’est aux autres d’en juger. Mais, je pense avoir pas mal évolué. Avec l’expérience, et aussi, il faut le dire, avec le succès, j’ai plus d’aisance et de confiance en moi. J’ai amélioré mon système de travail et je dirige mieux, je crois, les acteurs.
 
Dans cette aventure, de quoi aurez-vous été le plus fier ?
D’avoir su me réinventer, en toute liberté, dans la continuité de cette trilogie ! Dès le départ, avec Yves Darondeau, on s’était juré que s’il y avait une suite à « C’est quoi cette famille ?! » ce ne serait pas pour faire C’est quoi cette Famille… aux skis?! Ou C’est quoi cette Famille… en vacances?!, à la façon de la série pour les enfants, charmante au demeurant, des Martine… à la plage, à l’école, etc.
 
Je suis content qu’avec les mêmes personnages, et sans changer les fondamentaux du premier film,
on ait réussi, à chaque fois, à emmener les gens ailleurs, sans redite et sans rabâchage. Personne ne pourra nous accuser d’avoir été paresseux.
 
Depuis que vous avez achevé votre trilogie, comment vous sentez-vous ?
Un peu dépossédé. Quand on passe cinq années de sa vie avec une famille aussi attachante et qu’on la quitte, ça fait un grand vide. J’aimerais bien que cette séparation ne soit que provisoire. En faisant un film avec chacun des « enfants devenus grands » ? J’ai quelques idées…