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Article publié le 18/07/2021 à 16:54 | Lu 647 fois

C'est quoi ce papy ?! Entretien avec le comédien Patrick Chesnais (film)




Le film C’est quoi ce papy ?! avec Chantal Ladessou et Patrick Chesnais sortira sur les écrans le 11 aout prochain. Cette comédie familiale et intergénérationnelle met en scène Aurore, la plus déjantée des mamies fait une chute spectaculaire lors d’une danse endiablée. Elle perd la mémoire et se retrouve en convalescence dans une maison de repos. Elle ne parle que d’un mystérieux Gégé, qui pourrait être son amour de jeunesse et lui faire retrouver toute sa tête. Ses sept petits-enfants décident de faire le mur pour faire évader leur mamie.


Copyright Jean-Claude Lother
Quand on vous a proposé C’est quoi ce Papy ?!, saviez-vous qu’il s’agissait d’une suite ?
Pas du tout. Je l’ai appris quand on m’a remis le scénario. Pour tout dire, je ne connaissais pas Gaby et je n’avais vu aucun de ses deux films précédents. Mon premier réflexe a été d’aller les regarder. N’ayant pas un cœur de pierre, j’ai succombé, comme beaucoup, à cette famille « pot-pourri » comme la qualifie mon personnage, à un moment dans le film.
 
Son principe est généreux, marrant, courageux et pas si farfelu que ça. La meilleure preuve en est que les deux films qu’il avait inspiré, avaient marché tous les deux du feu de dieu. Ce qui était, pour moi, une indication intéressante, parce que les grands succès ne sont jamais un produit du hasard.
 
Quand les gens se ruent sur un « produit » culturel - film, expo, livre ou spectacle -, c’est parce qu’ils pressentent que ce « produit » va leur apporter quelque chose, qu’il va soit leur ressembler, soit les distraire, soit les amuser, soit même, peut-être, les faire rêver ou réfléchir.
 
Et puis, j’ai repensé à la phrase de Peter Brook me disant, en substance que « Le succès est une chose tellement rare qu’il faut toujours l’accompagner et ne jamais lui tourner le dos ! ». J’ai relu plus attentivement le texte et j’ai trouvé que ça « marchait », que tout « marchait", l’histoire, sa construction, les personnages et « Papy ».
 
Qu’est-ce qui vous a particulièrement « embarqué » ?
Les mômes ! Leur bande est formidable ! Ils sont sympathiques, adorables, ils ont un charme fou et surtout ils sont dans l’air du temps. Au fil des volets, on les voit grandir, « s’individualiser » de plus en plus et rester, malgré tout, soudés et solidaires.

Dans Papy ?, leur diversité est représentative de celle des jeunes d’aujourd’hui : les LGBT, les pros écriture inclusive, les racialistes, les passéistes, etc. Ils me font penser à mon fils cadet et à ses potes qui passent des nuits entières à débattre de leurs idées.
 
Ça m’amuse, même s’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Les sociétés ont toujours été hétérogènes. Des mouvements sont nés, les ont secouées parfois fortement, et ont disparu, sans trop qu’on sache comment et pourquoi. D’où est née par exemple, au XVIIIème siècle cette mode de jeunes « incoyable et meveilleuse » qui refusaient de prononcer les « r » pour, soi-disant, atténuer la raucité de la langue française que leurs oreilles trouvaient insupportable ?
 
Et plus près de nous, d’où ont surgi les zazous, les beatniks, les punks et les hippies, dont, soi-dit en passant, à l’époque de mes vingt piges, je me suis senti assez proche ! Gaby a eu un chic fou pour se saisir des courants qui agitent le monde aujourd’hui.
 
C’est d’autant plus « admirable » de sa part (rire!) qu’il vit plutôt comme un « baba cool », loin des bruits des villes !
 
Revenons à Gégé, votre personnage…
Il est toujours assez troublant de découvrir, dans un scénario, les personnages qu’on vous propose de jouer. Dans la plupart des cas, on les trouve esquissés, pas assez dessinés. Parfois, il suffit de pas grand-chose, l’ajout de quelques répliques ou bien d’une scène, pour que l’acteur arrive à le visualiser.
 
La plupart du temps, en fait, c’est parce que, sagement emprisonné dans les lignes, le personnage n’attend, pour exister, que d’être « habillé » par l’acteur, c’est-à-dire qu’il soit joué par lui. En ce qui a concerné Gégé, Gaby a compris que j’avais besoin d’un p’tit coup de crayon en plus pour mieux le cerner. Et c’est ce qu’il a fait.
 
Cela dit, dès le départ, Gégé et moi avions, quand même, des « accointances » : le rejet du sentimentalisme, la « bougonnerie » -le meilleur bouclier pour ne pas être emmerdé-, et le côté baba-cool. Et puis, je crois que jouer le mec déstabilisé par une histoire d’amour sans avoir l’air d’y toucher, était assez dans mes cordes.
 
Le truc était qu’il fallait que je ne montre pas tout de suite le côté fleur bleue de Gégé, que je le présente comme un mec qu’il ne faut pas enquiquiner, un mec qui, surtout, voit d’un mauvais œil re-débouler dans sa vie une femme qu’il a certes beaucoup aimée, mais qui l’a beaucoup secoué et fait souffrir.
 
Vous, dans la vie, vous êtes plutôt rural ou citadin ?
Plutôt citadin. Je précise quand même que Gégé n’est pas complètement un « rural de la ruralité profonde ». (rire). C’est plutôt un néo paysan post soixante-huitard Hells Angels qui, comme moi d’ailleurs adore le rock.
 
A propos de musique, comment s’est passée la scène de la chanson ?
Pas mal, merci ! (rire). J’ai souvent chanté dans mes films et j’aime bien ça. Mais lorsqu’on est acteur et pas chanteur professionnel, quand on chante, il faut se concentrer et faire attention. C’est un vrai travail. Même si on interprète plutôt qu’on ne chante, on peut facilement se casser la gueule. Sur ce film, ça a été royal. Gaby nous avait offert les conseils d’un coach, et… j’adore ce titre de Dassin. Même si ça m’a demandé pas mal de boulot, le reprendre m’a bien amusé.
 
C’était la première fois que vous tourniez avec Chantal Ladesou…
Nos univers sont très différents, mais elle et moi, nous nous sommes tout de suite trouvés. J’aime bien travailler avec des comédiens à la personnalité bien « trempée ». On sait sur quel terrain il faut aller pour les rencontrer. C’est le cas de Chantal qui a une personnalité à la fois très identifiée et très originale. Chantal n’appartient qu’à elle. Elle est inimitable et sa fantaisie m’amuse. Parfois elle vous embarque ailleurs. Avec elle, on a parfois l’impression de faire du ski hors-piste ! C’est assez… grisant !
 
C’était aussi la première fois que vous tourniez avec Gaby…
Tourner avec lui a été un bonheur, parce qu’il fait partie des cinéastes qui sont « pour ». Cela n’a l’air de rien, mais pour un acteur, c’est très réconfortant un metteur en scène qui est « pour ». Il y en a qui ne sont pas franchement « contre », mais qui ne sont pas « pour » non plus. Ils attendent de voir, ils sont indécis, on a l’impression qu’ils sont toujours en train de se demander si les acteurs qu’ils ont devant eux ne vont pas leur bousiller leur film.
 
C’est très pénible, parce que face à des gens comme ça, on se sent en suspens. On ne sait pas si on a dansé du bon pied. Gaby, lui, il est à fond tout le temps, il est délibérément du côté de ses acteurs et il est bon public. Quoiqu’on fasse, il rigole pendant 10 minutes après la prise, c’est très agréable de se sentir soutenu à ce point-là.
 
Le résultat est qu’on va sur le plateau, confiant et le sourire aux lèvres. On est content d’aller tourner. L’ambiance est top ! Après, évidemment, il ne faut pas baisser la garde. On doit rester vigilant pour rester collé au mieux à la situation et au personnage.
 
Avez-vous mis votre grain de sel dans vos répliques ?
Comme je le fais souvent, j’ai adapté quelques expressions. Je ne prémédite rien, ça vient, comme au théâtre, spontanément. Parfois on tombe juste et le réalisateur garde vos trouvailles.
 
Vous êtes arrivé dans une famille constituée depuis cinq ans. Comment avez-vous fait pour vous y intégrer avec autant de facilité ?
J’ai beaucoup de défauts, mais j’ai, je crois, une qualité : que ce soit au théâtre ou au cinéma, je sais toujours où je mets les pieds. J’ai un côté caméléon. Je n’arrive pas en force, j’écoute, je regarde et je me fonds dans les « couleurs » du milieu où je me trouve. Ça me permet de me glisser partout, tout en restant moi-même, sans rien abdiquer de ce que je suis.
 
Cette faculté m’aide aussi à trouver mes personnages. C’est ce qui explique que, tout au long de mon parcours, j’ai pu jouer des personnages si différents. Evidemment, aujourd’hui, à mon âge, les tonalités des rôles qu’on me propose sont moins variées (rire).
 
Vous avez-vu le film terminé. Est-il celui auquel vous vous attendiez ?
Quand on est dans un film, il est toujours difficile de le regarder en toute objectivité parce qu’on a tendance à se juger. Mais je suis sorti content de la projection. J’ai trouvé que ce Papy?! avait quelque chose de touchant, qu’il était fluide, léger, bien dirigé, que son propos n’était jamais asséné et qu’il avait, en quelque sorte, de la grâce. J’ai aimé aussi qu’il soit à la fois énorme et fin, délicat et culotté, que, sous sa drôlerie, il véhicule, mine de rien beaucoup d’humanisme.
 
Vous repartiriez pour un tour ?
Quand on entre dans une famille comme celle-là, normalement on signe pour la vie ! Mais là, je crois que son aventure s’est achevée. Définitivement. Encore que, si le film casse la baraque, Gaby sera bien capable de nous inventer des arrière-petits enfants! (rire).