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Article publié le 20/07/2021 à 01:00 | Lu 1923 fois

C'est quoi ce papy ?! Entretien avec l'actrice Chantal Ladesou (film)




Le film C’est quoi ce papy ?! avec Chantal Ladessou et Patrick Chesnais sortira sur les écrans le 11 aout prochain. Cette comédie familiale et intergénérationnelle met en scène Aurore, la plus déjantée des mamies fait une chute spectaculaire lors d’une danse endiablée. Elle perd la mémoire et se retrouve en convalescence dans une maison de repos. Elle ne parle que d’un mystérieux Gégé, qui pourrait être son amour de jeunesse et lui faire retrouver toute sa tête. Ses sept petits-enfants décident de faire le mur pour faire évader leur mamie.


Copyright Jean-Claude Lother
Vous attendiez-vous à ce troisième volet ?
Franchement ? Je n’y ai pas pensé tout de suite. J’ai commencé à le subodorer pendant la tournée province de « C’est quoi cette Mamie?! ». Comédienne de théâtre avant tout, je n’ai aucune expérience en matière d’avant-premières de films. Mais pour avoir beaucoup baladé et promener encore mes spectacles à travers l’Hexagone, je sais faire la différence entre un bide, un accueil mitigé, et un franc succès ! (rire)
 
Et lorsque l’on projetait …Mamie?!, je me rendais bien compte que ça marchait du tonnerre. J’entendais bien, aussi, les spectateurs réclamer une suite. Je connais Gaby, sa sensibilité et sa générosité, je sais aussi combien il était heureux de l’enthousiasme du public pour cette famille si particulière, dont il avait eu l’idée et qu’il avait construite.
 
Je me suis dit qu’il allait finir par craquer, retourner s’asseoir devant son ordinateur et nous pondre une suite. Mon intuition ne m’avait pas trompée. Quand Il est venu me dire que j’allais pouvoir, une fois encore, ré-endosser le personnage d’Aurore j’ai été folle de joie.
 
Pourquoi aimez-vous tant cette Aurore ?
Comment pourrais-je ne pas l’aimer ? L’énergie, l’extravagance, l’excentricité, l’exubérance, la gaité, l’optimisme, le goût viscéral pour la liberté, la grande gueule aussi… On partage tellement de choses toutes les deux que lorsque que je l’ai « rencontrée » pour la première fois dans le scénario de C’est quoi cette Famille?!, j’ai cru que Gaby l’avait écrite « sur » moi ! On s’est d’ailleurs tellement bien entendues elle et moi que dans le volet numéro deux, Gaby l’a mise en haut de l’affiche.
 
Propulsée en première ligne, elle avançait à visage découvert et on s’apercevait que cette Aurore du premier numéro, en apparence si fantasque et foldingue, cachait en fait pudiquement une mamie au cœur tendre, qui allait se révéler capable d’assumer et de guider sept petits-enfants. La fin du tournage m’a laissée désemparée.
 
Quand une comédienne doit quitter un rôle avec lequel elle se sent dans une telle communion, c’est toujours pour elle assez douloureux…Vous imaginez donc ma joie quand Gaby m’a annoncé qu’Aurore et moi allions repartir pour de nouvelles aventures !
 
Vous lisez le nouveau scénario et…
Et je suis emballée ! Non seulement je retrouve Aurore telle qu’en elle-même, mais Gaby a ajouté une autre corde à l’arc de sa personnalité déjà si complexe : il en a fait une amoureuse ! Une mamie dont le cœur bat comme celui d’une adolescente ! J’ai trouvé ça, à la fois génial et… gonflé.
 
Ça m’a un peu fichu la trouille. Jouer les mamies « fleur bleue », passe encore, mais les jouer amoureuses et « sexy », pour tout dire, ça m’a un peu terrifiée. Dans la vie, je suis une femme très pudique. Comme Aurore, j’ai un mal fou à extérioriser mes sentiments. Il allait falloir que je me mette à nue, encore plus que dans le film précédent.
 
Et pour moi qui ai bâti ma carrière « tout schuss » sur le comique, c’était loin d’être évident…Je me suis préparée en essayant de me faire la plus belle possible, et j’ai laissé Gaby m’emmener sur les voies du sex-appeal et des sentiments amoureux.
 
Il est un merveilleux directeur d’acteurs. Il a les mots et il a la manière de les dire. Je n’ai pas eu l’impression de faire des efforts pour devenir l’Aurore qu’il voulait que je devienne. En plus, je trouve qu’il m’a très bien filmée.
 
Comment avez-vous réagi au fait que, dans le titre de ce nouvel opus, Mamie ait fait place à Papy ?
Avoir son rôle annoncé dans le titre, au cinéma comme au théâtre, c’est le genre de truc qui, flatte l’ego d’un acteur (rire !). Alors quand j’ai vu que sur l’affiche, Mamie avait disparu au profit de Papy, j’ai eu un petit pincement au cœur. Cette écorchure d’orgueil -on ne peut pas vraiment parler de blessure- a vite cicatrisé quand je me suis rendu compte que, dans le scénario, Mamie continuait à être le pivot de l’histoire.
 
Et puis, tout bien réfléchi, j’aurais trouvé bizarre, et même injuste de ne pas annoncer, dès le titre, l’arrivée, dans la famille, de ce petit « nouveau », ce Papy qui, en plus, allait tant me chambouler le cœur.
 
Vous connaissiez Patrick Chesnais ?
Je connaissais le comédien bien sûr, ne l’avais jamais rencontré. Gaby a eu une bonne intuition de nous faire jouer ensemble : on s’est tout de suite bien entendus. Dans son rôle de vieux babacool amoureux, il est formidable. Il n’en fait pas trop, il a du charme, il est à la fois doux et viril, nostalgique et rigolard. Je trouve qu’on fait tous les deux un couple bien assorti dans nos différences.
 
Comment s’est passé la scène de la chanson ?
Sans problème particulier. Malgré le vent qui soufflait le jour de l’enregistrement et le fait que ni Patrick ni moi ne soyons des chanteurs professionnels, on l’a mise en boite assez facilement. Patrick avait beaucoup répété, moi, très peu, mais, au final, je ne crois pas que cela se ressente (rire). Cette scène est touchante.
 
Dans ce Papy ?, vos « nains » ont grandi. Ce ne sont plus vraiment des enfants…
J’ai, pour eux, l’affection d’une grand-mère ! Je les aime. Définitivement. Sauf physiquement bien sûr, je les ai retrouvés inchangés. Ils sont restés très gamins : ils jouent, ils blaguent, ils chahutent… Leur énergie est dingue. Passer du temps avec eux est pour moi, à une vraie cure de jouvence. Pendant le temps du tournage, on a souvent diné ensemble. C’étaient toujours d’intenses parties de rigolade.
 
Il n’y a que sur le plateau -j’allais dire, comme d’habitude- qu’ils retrouvaient leur sérieux. Ce résultat est à mettre au crédit Karine Catala qui les fait travailler depuis le début, une femme sensationnelle qui a tout de suite su les prendre et qui est à la fois maternelle, aimante et rigoureuse. C’est en grande partie grâce à elle s’ils ont tout de suite constitué une bande, et si, aujourd’hui, cette bande ne s’est pas délitée.
 
Le film met en scène une kyrielle de babas-cools, dont, en tête de cortège, ce vieil ours de Gégé. Ne trouvez-vous pas que le portrait qu’en fait Gaby est un peu « too much » ?
Mais non. Je connais des gens qui n’ont jamais voulu quitter leur campagne et qui continuent à vivre en autarcie en ne sortant de chez eux que pour aller faire les marchés. Et j’en connais d’autres, venus de la ville, qui ont également adopté ce système de vie. C’est un peu le cas de Gaby qui vit dans une ferme isolée où il fabrique de la crème de châtaigne. Il a mis, je crois, beaucoup de lui dans Gégé
(rire).
 
Avez-vous aimé travailler dans cette ambiance très rurale ?
J’ai adoré. J’ai eu l’impression d’être dans un film d’aventures, ce que …Papy ?! est d’ailleurs un peu, par certains côtés. Pour les scènes qui se passaient chez Gégé, Gaby avait déniché une ferme perdue dans la montagne, à une demi-heure de route de l’endroit où on s’était installé. Il fallait y aller en 4X4 car des voitures « normales » n’y seraient pas passées. Le type qui y vit est une sorte de copié-collé du Gégé du film. Berger, il ne bouge pas de chez lui, sauf quand il va faire paître ses moutons.
 
Honnêtement, vous vous verriez vivre, comme lui, dans une campagne reculée, à longueur d’année ?
Honnêtement, non ! (rire). Un jour, je me suis retrouvée enfermée dans une grange avec des biquettes. Et là, j’ai eu un flash : j’ai compris que malgré le plaisir, presque enfantin, que j’avais à être là, je ne pourrais pas y vivre à longueur d’années. Je suis une vraie citadine. J’ai besoin de l’asphalte, du bruit de la rue et de l’odeur des théâtres. Mais je dois reconnaitre que j’ai vécu ce tournage comme une parenthèse enchantée.
 
C’était la troisième fois que vous tourniez avec Gaby. Quel genre de metteur en scène est-il ?
Il est de ceux, rarissimes, qui appellent tous les superlatifs. Il est chaleureux, attentif et précis. Il applique, dans son métier, les principes qu’il défend dans ses films, dont en tête, celui du collectif .Il était fait pour les films « chorals ».
 
D’ailleurs, il nous dirige comme un chef de manécanterie. Avec un grand sens de l’équité, tous ensemble mais en prenant soin de chacun d’entre nous. J’ajoute qu’en amont, il est aussi un formidable scénariste. Et ses dialogues, qu’il co-écrit avec Sébastien Mounier sont un bonheur à jouer. Il a un sens inné de la réplique.
 
J’ai eu l’impression que sur ce tournage, il était particulièrement heureux. Peut-être était-ce parce qu’il tournait chez lui, dans ces Cévennes qu’il chérit tant.
 
A votre avis, les aventures de cette famille sont-elles finies ?
J’ai bien peur que oui, hélas ! Mais sait-on jamais ? Je me verrais bien rempiler avec des arrière-petits enfants ! (rire). Encore plus jeunes.