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Article publié le 17/01/2018 à 01:00 | Lu 1375 fois

Brillantissime : une comédie sur une rupture de vie après 50 ans (partie 2)

Le premier film de la comédienne Michèle Laroque sort en salles le 17 janvier prochain. L’actrice entourée de Kad Merad, Rossy de Palma, de Françoise Fabian et de sa fille Oriane Deschamps met en scène Angela, une femme quinquagénaire qui pense avoir une vie idéale dans son bel appartement de Nice. Jusqu’à ce soir de noël où sa vie va basculer. Derrière cette comédie, le quotidien de nombreuses femmes qui doivent un jour se reconstruire suite à une rupture.


Entretien avec Françoise Fabian

Comment êtes-vous arrivée sur Brillantissime ?
C’est l’aboutissement d’une longue histoire d’amitié. J’ai connu Michèle Laroque au théâtre des Variétés en 1987. Elle rentrait tout juste des États-Unis, et elle avait décroché un petit rôle dans « C’est encore mieux l’après-midi » aux côtés de Jacques Villeret. C’était sa première apparition sur la scène d’un grand théâtre parisien et elle était donc encore complètement inconnue.
 
Elle n’avait que quelques répliques, mais comme mon mari Marcel Bozzuffi et moi avions été frappés par sa grâce, son énergie, son habileté, et aussi par cette chose qu’on a instinctivement ou qu’on n’a pas, qui s’appelle « la présence », nous étions allés la complimenter dans sa loge. Nous ne nous sommes plus jamais perdues de vue.
 
Il y a environ cinq ans, Michèle m’a annoncé vouloir faire un film dans lequel je serai, avec un rôle qu’elle écrirait pour moi. Et puis, je n’en ai plus entendu parler. J’ai pensé qu’elle avait abandonné son projet, jusqu’à son coup de fil, il y a quelques mois, qui m’annonçait que ça y était, qu’elle allait faire son film et que, comme promis, elle m’y avait réservé un personnage. Cette parole tenue et cette fidélité m’ont beaucoup touchée.

 
Quelle a été votre première réaction à la lecture du scénario ?
Humeur, rythme, personnages… Tout m’a tout de suite plu dans ce script. Je lui ai trouvé de la singularité, de la drôlerie, une vraie douceur et de la poésie. On était un peu comme dans une de ces comédies à la Mike Nichols, à la fois positives et légères. J’ai succombé au charme de son personnage central, Angela, qu’allait interpréter Michèle. Une femme qui se retrouve seule sans avoir vraiment compris pourquoi, et qui, malgré les coups du sort, va aller chercher, avec beaucoup d’énergie et de candeur, les clefs de son bonheur.
 
Et évidemment, j’ai été emballée par le rôle qui m’était réservé dans cette histoire, celui d’une femme dirigiste, égoïste et de mauvaise foi. J’adore jouer les trouble fêtes, surtout dans les comédies, surtout lorsqu’elles sont portées, comme ici, par des dialogues de qualité. Cela m’amuse beaucoup. En plus, cette « monstresse » là était la mère d’Angela ! Que Michèle ait pensé à moi pour être sa mère de cinéma, m’a assez bouleversée.
 
Comment définiriez-vous cette mère ?
Contrairement aux apparences, elle n’est pas méchante. Elle est avant tout d’un égoïsme et d’un égocentrisme phénoménaux. Elle est aussi complètement à côté de la plaque, ce qui la rend comique.

Elle s’offre, par exemple, une croisière sur le Danube, non pas pour la beauté du voyage, dont elle se contrefout, mais pour jouer au bridge avec ses copines, que d’ailleurs, elle rudoie aussi. C’est une femme qui ne fait que ce qu’elle veut, quand elle le veut, sans se soucier de rien, sans se rendre compte du mal qu’elle fait autour d’elle.

 
Elle n’a aucun sens du gâchis affectif qu’entraîne son attitude. Évidemment, parce qu’elle ne supporte personne, elle vit seule. C’est une emmerdeuse suprême, mais… son exigence ne dissimule aucune once de violence. Je l’adore. J’ai vraiment aimé la jouer, d’autant qu’elle finit par déposer les armes pour devenir, enfin une mère et une grand-mère tendre et aimante…

Quels sont vos projets ?
J’ai trois projets de pièces, deux contemporaines et une adaptation d’un roman classique. Mais rien ne se fera avant fin 2018. Je voudrais aussi chanter, faire un album et l’interpréter sur scène. J’ai toujours chanté, en public et aussi à la télévision, notamment avec Guy Béart, dans les émissions de Jean-Christophe Averty.

Serge Reggiani m’avait dit un jour que faire un album prend un temps fou. Il avait raison. Trouver des auteurs, des compositeurs et des arrangeurs demande au moins deux ans. À cause de mon travail d’actrice, je n’ai jamais pu les avoir. Je croise les doigts pour les années qui viennent…

 
Vos angoisses n’ont jamais eu raison de votre énergie créatrice…
J’ai la chance d’avoir, depuis toujours, l’enthousiasme chevillé au corps. Cela m’a permis de traverser les pires tempêtes (rires).

​Entretien avec Kad Merad

Avez-vous été surpris quand Michèle Laroque vous a demandé de jouer dans son film ?
Michèle et moi, c’est une longue histoire d’amitié. Nous nous sommes connus aux Restos du Cœur au début des années 2000, et depuis, on s’est vus régulièrement. Elle va voir mes films et je vais voir ses spectacles. C’est presque devenu une tradition. En 2009, j’étais donc allé la voir dans « Mon Brillantissime divorce » qu’elle avait créé, seule en scène, au théâtre du Palais Royal. J’avais beaucoup aimé.
 
Elle, dans ce texte, et le texte lui-même, avec tous ses personnages. Je me souviens lui avoir dit que si, un jour elle faisait un film de cette pièce, j’aimerais bien tenir le rôle du psy amoureux de son personnage d’Angela. Elle s’en est souvenue ! J’aime Michèle. Dans la vie, c’est une femme exquise, et sur un plateau, une comédienne qui apporte toujours une petite folie à ses rôles.

 
D’un texte de théâtre pour un seul en scène, à un scénario de cinéma avec plein de personnages, il y a un gouffre ! Qu’est ce qui vous avait séduit dans celui-là ?
Il était bien ficelé, bien équilibré, très drôle et très poétique aussi. J’ai aimé la façon dont évoluaient le personnage d’Angela et celui du docteur Steinman, séparément, et ensemble. Ils ont de la fantaisie, de la légèreté, de la gravité et surtout de la sincérité. Ce docteur m’a plu aussi parce qu’il est charmant, rigolo, distingué, délicat, et séducteur aussi, ce que je n’avais encore jamais été au ciné. Grâce à ce rôle, le regard des femmes sur moi, va peut-être changer ! (rires)
 
Y a-t-il eu pour vous des scènes plus marquantes que d’autres ?
Le travail sur le plateau s’est déroulé sans accroche particulière. On a tous été, tout de suite, dans la même énergie. J’ai adoré tourner la scène de l’avion. On n’était pas du tout dans les airs. C’était très marrant.

La séquence la plus « enquiquinante » a été celle du parachute. Le film donne l’illusion qu’on saute, mais en réalité on est harnachés sur une grue, coincés dans une combinaison qui nous maintient le corps tant bien que mal, avec un énorme ventilo dans la figure pour donner l’impression du vent. On est restés pendus toute la journée. Aujourd’hui, j’en rigole, mais cette journée de tournage nous a laissés en vrac ! (rires)

 
Quand on regarde Brillantissime, on a l’impression que c’est un film de copains…
Je ne dirais pas cela, parce que certains acteurs ne se connaissaient pas. Moi par exemple, je n’avais jamais rencontré Françoise Fabian. J’en profite pour dire qu’elle m’a sidéré. Ce qu’elle fait dans le film est extraordinaire !

Mais, pour en revenir à votre remarque, ce qui est sûr, c’est que Michèle a choisi elle-même ses acteurs. En pensant qu’ils seraient les meilleurs pour les rôles qu’elle leur réservait. Il se trouve que, parmi eux, beaucoup étaient ses copains. D’où, peut-être cette impression d’osmose entre nous tous.

 
Vous avez vu le film lors d’une avant-première. Comment l’avez vous reçu ?
C’est une comédie qui ressemble à Michèle. Comme elle, elle est complètement à l’Ouest. Lorsqu’on tourne, on ne se rend pas compte de ce que ça va donner. Là j’ai été surpris par le ton du film, amusant, barré, et poétique. Je n’ai pas été le seul. Dans la salle où on le projetait, les gens ont accueilli le film avec un enthousiasme fou. Ça m’a fait plaisir. Surtout pour Michèle.