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Article publié le 10/01/2018 à 03:22 | Lu 1941 fois

Alzheimer : combattre la maladie avec les thérapies non-médicamenteuses personnalisées

Voici une approche inédite de combattre la maladie d’Alzheimer. Comment ? Par le biais des thérapies non médicamenteuses personnalisées (TNMP). Pour en savoir plus, entretien avec Thierry Bautrant, médecin psychiatre gérontologue, président de l’association A3 (Aide Aux Aidants) et fondateur des TNMP.


Pouvez-vous nous expliquer quels ont les troubles du comportement de la maladie d’Alzheimer ?

La maladie d’Alzheimer est une maladie qui se manifeste essentiellement par un déficit de mémoire très souvent associé à des troubles du comportement.
 
Ces troubles peuvent être non perturbateurs comme la dépression ou l’anxiété ou plus graves, très perturbateurs comme l’opposition aux soins, l’agitation, l’agressivité, voire la fugue et provoquer un véritable épuisement de l’aidant familial.
 
Pour tenter d’y remédier on utilisait jusqu’ici des traitements médicamenteux non dénués d’effets secondaires et souvent inefficaces. Les traitements non médicamenteux personnalisés sont la solution pour traiter sans risque ces troubles du comportement.

 
Quelles sont ces techniques ?

Elles sont nombreuses mais parmi les plus utilisées on retrouve :

- La thérapie par le souvenir : elle consiste à mettre en lien la personne avec son histoire à l’aide, par exemple, d’une « boîte à souvenirs » (qui contient des photos de sa ville de naissance ou des objets utilisés dans sa jeunesse), de mélodies anciennes, de senteurs particulièrement évocatrices pour elle, voire par le biais d'internet (pour retrouver des images de son passé).

- L’aménagement de l’environnement : il renforce les repères que la personne a perdus et aménager son espace. On peut ainsi constituer un « carnet mémoire » avec à l’intérieur son prénom, son nom, son adresse, ceux de ses enfants et de ses petits-enfants et même des photos de son espace de vie pour l’aider à retrouver ses repères.

- La technique de Montessori (étude des capacités restantes de la personne). C'est une technique très importante qui consiste à lui faire pratiquer certaines activités tout en respectant son déficit. Ainsi, si elle était bonne cuisinière, il faut l'aider à réaliser une recette adaptée à ses capacités pour ne jamais la mettre en échec.

- Il y en a bien d'autres que l'on ne développera pas ici, comme la validation thérapie, la thérapie par synchronisation ou la thérapie par les sens (art-thérapie etc.)
 
Ces méthodes bien traitantes, sont dépourvues d’effets secondaires. Ce sont des techniques relationnelles simples, faciles à mettre en œuvre au domicile, qui permettent d’améliorer la qualité de vie des malades et de ceux qui les accompagnent.

 
Vous êtes le créateur du concept de la TNMP. Pouvez-vous nous brièvement nous en parler ?

C’est une technique basée sur la personnalisation : il faut trouver pour chaque malade une ou deux thérapies qui lui conviennent, en fonction de ses troubles principaux, de la cause de ces troubles, de son histoire ou de ses habitudes de vie.
 
À qui s’adresse ces solutions ? Peuvent-elles être appliquées par les proches ?

Elles s’adressent aux aidants en général, et plus particulièrement à l’aidant familial, qui se retrouve très souvent épuisé et démuni face aux troubles du comportement de son proche malade. Les thérapies non médicamenteuses doivent être personnalisées pour chaque malade.
 
C’est le trouble du comportement qui va imposer le choix de telle ou telle TNMP et non l’inverse. Ces thérapies s'adressent également au personnel des établissements recevant des personnes malades. L’ARS a de ce fait demandé leur mise en œuvre généralisée.
 
Pouvez-vous nous en dire plus sur les formations aux TNMP ?

Après avoir formé les professionnels, nous allons dès 2018 avec l’association A3, et grâce au soutien de l’ARS, former les aidants à domicile. Il s’agit d’une formation gratuite de 6 séances sur 21 heures au total pour permettre aux accompagnants de faire face aux troubles du comportement de leur proche, de repérer les facteurs environnementaux déclenchant ces troubles, et de mettre en place différentes thérapies non médicamenteuses adaptées à chaque situation.
 
Quels sont vos conseils/recommandations pour les patients et les aidants ?

J’aimerais dire aux aidants qu’ils ne sont plus seuls, il y a espoir de bien vivre. Il faut essayer de lutter contre l’épuisement ! Vivre avec une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer, c’est très difficile. Il y a des solutions qui sont simples et faciles à mettre en place.

L’aidant connaissant bien le malade, sera à même de mettre en place ces techniques très bienveillantes. L’association A3 propose tout un dispositif d'activités à destination des aidants : formations, groupes de parole, soutiens psychologiques, ateliers, ainsi que des activités de détente accompagnées par des professionnels.

 
Quelles sont vos prochaines actualités autour des thérapies non médicamenteuses et la maladie d’Alzheimer ?

Les premières formations débutent en janvier dans les Bouches du Rhône. Nous prévoyons d’élargir l’initiative à tout le territoire national en 2018.