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Article publié le 16/02/2021 à 10:22 | Lu 3395 fois

Allons-nous vers un risque de conflit entre les générations ?




Quelles situations traversent les jeunes et les seniors depuis un an, depuis le début de cette pandémie ? Se comprennent-ils ? Et surtout, avec cette situation, existe-t-il un risque de conflit entre les générations ? Voici les principaux résultats de cette enquête réalisée par Odoxa pour le Cercle Vulnérabilités et Société sur les générations françaises face à la crise sanitaire. Le point avec Emile Leclerc, directeur d’études.


On le sait, partout dans le monde, les différents gouvernements ont fait le choix de mettre temporairement la vie de leurs citoyens entre parenthèses... Et ce de plusieurs manières : confinement, couvre-feu, fermeture d’établissements et d’écoles, cours et travail à distance, relations sociales
très limitées…
 
La liste de ces restrictions est longue. Sans compter les effets à longs termes de la mise sous cloche de l’économie. Une raison essentielle a motivé toutes ces décisions : protéger la vie des plus fragiles (notamment les anciens) face à cette pandémie.
 
« A aucun moment depuis le début de la crise sanitaire, nous n’avons constaté une remise en question de cet objectif dans nos enquêtes » indique Emile Leclerc. De fait, nos concitoyens, dans leur large majorité, ont toujours fondé leur opinion sur l’importance de protéger leurs aînés.
 
Pour autant, cette solidarité intergénérationnelle est-elle éternelle ? Risque-t-on un conflit de générations dans les mois qui viennent ? Le risque est réel aux yeux des Français, pour plus de la moitié (56%) qui craint un conflit de génération. Et 12% des sondés le craignent même beaucoup.
 
Autre point, près des trois-quarts (70%) des 65 ans et plus estiment que les jeunes ne se rendent pas compte des difficultés qu’ils rencontrent et plus de la moitié (57%) des jeunes le pensent à propos de leurs aînés… Un indicateur inquiétant qui souligne un manque de communication entre les générations : dans la crise que nous traversons, elles ont le sentiment que l’autre ne la comprend pas.
 
Pour rappel, une très large majorité des morts de Covid-19 (92%) avaient plus de 65 ans.
 
Parallèlement, les jeunes sont plus touchés par les conséquences de la crise sanitaire : quelle que soit la difficulté testée, la proportion de 18-34 ans touchée est de 10 à 24 points supérieure à celle des 65 ans et plus touchés. En tête des difficultés des Français : la détérioration des relations sociales avec les amis, la famille ou les collègues. Plus de la moitié des sondés -55%- sont concernés.
 
Economiquement, la baisse du pouvoir d’achat touche un jeune sur deux (51%) contre un aîné sur trois (35%) et 27% des jeunes actifs nous confient en effet avoir perdu leur emploi ou avoir eu des difficultés à l’exercer.
 
Par ailleurs et toujours selon cet intéressant sondage, toutes les générations pensent que les plus jeunes et les étudiants sont les plus mal pris en compte dans les décisions gouvernementales : 82% des 18-34 ans et 80% des 65 ans et plus le pensent.
 
D’un certain point de vue, il semblerait que le gouvernement fasse office de « paratonnerre » entre les générations. Les Français le rendent responsable et lui adressent leurs reproches plutôt qu’à l’autre génération.
 
Un autre indicateur de cette enquête pourrait rassurer quant au risque de conflit de génération... En effet, les efforts réalisés par les différentes catégories restent globalement équilibrés aux yeux des Français et surtout, leur opinion est assez peu déterminée par leur âge.
Pour autant, le regard porté est tout de même sévère ! Actifs, jeunes et étudiants ou retraités, seule une minorité de Français juge que ces catégories ont fait beaucoup d’efforts depuis le début de la crise sanitaire (42% à propos des actifs, 35% à propos des jeunes et étudiants et 31% à propos des retraités).
 
La solution d’un confinement spécifique des plus fragiles, c’est-à-dire les plus âgés et les personnes vulnérables face au virus a souvent été évoquée dans les débats publics. Certains y voient la solution idéale aux problèmes posés à chaque génération ; les 65 ans et plus ayant besoin de se protéger pour ne pas être contaminés, les jeunes et les actifs, beaucoup moins vulnérables face au virus, étant quant à eux davantage touchés par les conséquences sociales, économiques et psychologiques de la crise.
 
La majorité des Français désapprouve aujourd’hui cette idée : si plus de la moitié (56%) y est opposée, on remarque des résultats par âge clivant : 59% des 18-34 ans sont favorables à ce confinement
spécifique. Ils sont 48% chez les 35-49 ans, 40% chez les 50-64 ans et seulement 26% chez les 65 ans et plus…
 
Une telle décision impliquerait donc clairement un risque de conflit de génération et le sentiment d’une rupture d’égalité chez les plus âgés.
 
La sortie de l’épidémie sera donc déterminante pour la solidarité intergénérationnelle dans un contexte où chaque génération se sent aujourd’hui mal prise en compte dans les décisions, elle a le sentiment que l’autre ne la comprend pas et aspire à des priorités différentes.