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Article publié le 15/11/2018 à 03:34 | Lu 885 fois

Agir ensemble contre la douleur

La douleur est un défi majeur pour le système de santé du 21ème siècle. Il s’agit bel et bien d’un phénomène de société, tant par le nombre de personnes concernées que par l’importance des enjeux qu’elle soulève. La douleur constitue le premier motif de consultation, chez le médecin généraliste et dans les services d’urgences. Plus de 60% des patients admis aux urgences ont une douleur modérée à sévère et près de 20% des patients opérés gardent des séquelles douloureuses après l’intervention.


La douleur touche en particulier les populations les plus vulnérables, notamment les âges extrêmes. Les douleurs aiguës, trop souvent peu ou mal prises en charge, font ensuite le lit de la douleur chronique, laquelle devrait enfin être reconnue comme une maladie à part entière.
 
Au moins douze millions de Français souffrent de douleurs chroniques, c’est énorme ! D’autant que celle-ci entraine des répercussions majeures sur le monde du travail. Il s’agit donc bel et bien d’un enjeu économique et social car la douleur chronique induit une forte consommation de soins ainsi qu’un important absentéisme professionnel.
 
Il faut savoir que moins de 3% des patients douloureux bénéficient d’une prise en charge dans un des centres spécialisés, lesquels manquent cruellement de moyens. Plus de 70% des patients douloureux chroniques ne reçoivent pas de traitement approprié pour leur douleur et n’ont pas accès à un suivi psychologique quand c’est nécessaire.
 
Par ailleurs, les douleurs dues au cancer restent encore insuffisamment traitées. Dans les faits, il existe encore des réticences à utiliser des médicaments morphiniques ou des techniques innovantes dans ce domaine. C’est enfin un enjeu moral et sociétal car la douleur est aussi synonyme de souffrance, qu’elle soit psychique, sociale, et existentielle et source de handicap.
 
Depuis 2012, il n’existe plus de plan ni de programme dédié au développement de la médecine de la douleur malgré tout le chemin qui reste encore à parcourir pour aider au soulagement des personnes douloureuses. Bien que la loi de modernisation du système de santé votée en 2016 ait reconnu la nécessité de prendre en charge la douleur dans son article premier, la France, après avoir été longtemps pionnière dans ce domaine, est en passe de perdre du terrain, incapable de relever le défi.
 
Il existe actuellement, grâce aux différents plans et programmes de lutte contre la douleur, développés jusqu’en 2010 (dernier plan douleur 2006-2010), un réseau de plus de 200 consultations et centres spécialisés en France, couvrant l’ensemble du territoire. Ces structures sont en difficulté, avec des moyens constants, alors que le nombre de consultations réalisées s’accroit, sans pouvoir faire face à une demande croissante des patients.
 
Enfin, les délais pour obtenir un rendez-vous de consultation dépassent parfois plusieurs mois. Les financements ne suivent pas les besoins, et la douleur est délaissée par les pouvoirs publics depuis plusieurs années. Si rien n’est fait, au moins 30% des structures spécialisées disparaîtront au cours des trois prochaines années.
 
La recherche française en douleur est très active et reconnue à l’échelon international, avec une trentaine d’équipes labellisées par l’INSERM et/ou le CNRS réparties sur l’ensemble du territoire dont la thématique exclusive ou principale est la douleur.
 
Ceci représente plus de 3.500 articles publiés en langue anglaise au cours des cinq années 2010-2015, la France se situant largement dans le peloton de tête européen. La recherche en douleur se développe aussi dans les champs des sciences humaines et des soins infirmiers. La recherche nationale dans le domaine de la douleur est devenue vivace et féconde, mais reste méconnue, et surtout ne s’accompagne pas d’un soutien à la recherche clinique, essentiel pour lutter contre la douleur des patients.
 
La lutte contre la douleur, complexe, multiprofessionnelle et multidimensionnelle, doit devenir un des socles du système de santé au 21ème siècle. Elle fait appel à un parcours de soins personnalisé. La douleur est transversale, et les défis qu’elle soulève sont emblématiques des défis d’un système de santé moderne, citoyen et novateur.
 
Le congrès annuel de la SFETD réunit tous les acteurs du domaine pour repenser ces enjeux majeurs et réfléchir ensemble à des solutions pour une prise en charge de la douleur moderne et innovante. Il est urgent de revoir la formation en médecine de la douleur, pour tous les professionnels de santé.





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