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Article publié le 02/06/2021 à 01:00 | Lu 3874 fois

Un tour chez ma fille : entretien avec le réalisateur du film, Eric Lavaine




Le dernier film d’Eric Lavaine, Un tour chez ma fille, avec Josiane Balasko, Mathilde Seigner et Jérôme Commandeur sortira dans les salles obscures le 16 juin prochain. L’histoire ? Celle de Jacqueline, qui se voit contrainte d’aller habiter chez sa fille quelques jours pendant que son appartement est en travaux… Mais ces « quelques jours » vont se transformer en « quelques mois » et Jacqueline va vite sentir chez elle ! Entretien avec le réalisateur.


Copyright David Koskas / Netflix
Comment avez-vous eu l’idée de donner une suite à Retour chez ma mère ?
Ce film ayant été un beau succès en salles et à la télévision, les « partenaires du film » m’ont vite encouragé à faire une suite.
 
Mais n’ayant pas la bonne idée, je n’ai justement pas donné suite… Jusqu’au jour où j’ai imaginé un titre qui sonnait pas mal par rapport au premier opus : Un tour chez ma fille, ça faisait un beau pendant à Retour chez ma mère.
 
C’est donc le titre qui a été la graine de ce scénario alors qu’en général on écrit un script et ensuite on se prend la tête pour trouver un titre efficace !
 
Après le titre, il fallait bien trouver l’intrigue…
Dans Retour chez ma mère, pour bâtir le personnage joué par Josiane Balasko, je m’étais largement inspiré de ma maman. Une nouvelle fois, c’est elle qui m’a « offert » le pitch du film. Un jour, ma mère a lancé des travaux dans sa salle de bain et, du coup, s’est invitée chez ma sœur aînée. Ça devait prendre trois jours, elle est restée deux mois. Cette situation a beaucoup plu à ma mère, ma sœur a un peu moins partagé son enthousiasme (rires)…
 
Où en sont vos personnages – Jacqueline, Carole, Nicolas, Alain, Jean – au moment où on les retrouve ?
Un tour chez ma fille se déroule deux ans après la fin de Retour chez ma mère, chacun des personnages a avancé dans sa vie. Le couple Carole (Mathilde Seigner) / Alain (Jérôme Commandeur) qui traversait une grosse crise à la fin du premier opus, s’est remis ensemble. Ils tentent de donner
un deuxième souffle à leur relation – d’où leur thérapie de couple.
 
Carole semble plus apaisée et Alain a acquis un peu plus d’autorité. Jacqueline, elle, est officiellement avec Jean (Didier Flamand), ils ont décidé de refaire l’appartement de Jacqueline pour s’installer définitivement ensemble. Le problème, c’est que pour Jacqueline, ce futur « chez nous » a toujours été
« chez elle ».
 
Nicolas (Philippe Lefebvre), le fils de Jacqueline, est toujours aussi égoïste et ses prédispositions volages vont mettre son couple en danger. Enfin Stéphanie (Alexandra Lamy), qui était architecte au chômage à la fin de Retour chez ma mère est désormais au Brésil pour bâtir un immeuble.
 
On a le sentiment que c’est la génération Balasko-Flamand qui envisage le changement alors que le couple plus jeune, Seigner-Commandeur, est davantage installé dans une routine immuable.
Absolument. C’est un phénomène qu’on remarque fréquemment : les couples plus jeunes semblent assez casaniers et sages alors que les seniors ont envie de réinventer leur vie et sont plus souples. Mais c’est aussi lié à leur confort matériel : les retraités ont souvent plus de moyens que les actifs. Même le fait de s’installer dans deux appartements, comme ils le font à la fin, est un choix
de nantis.
 
Comment avez-vous eu l’idée d’introduire une troisième génération, celle de la mère de Jacqueline, devant laquelle le personnage de Balasko est terrorisé ?
Voir Jacqueline (Josiane Balasko) se faire mettre à l’amende par sa mère (Line Renaud) c’est très jubilatoire. Josiane devient la plus vieille adolescente de France quand elle se fait réprimander par Line parce qu’elle fume une clope ! Tant qu’on a encore ses parents, même à 70 ans, on reste un enfant.
 
L’idée du malentendu sur la vie sexuelle soi-disant débridée de Jacqueline est très drôle.
Je me méfie toujours des quiproquos au cinéma car dans la vraie vie ils seraient résolus en trois minutes. Mais là, à partir du moment où Jacqueline demande à son gendre de garder le secret, ça tient tout le film. Jérôme Commandeur, prisonnier de ce « trop lourd secret » est irrésistible.
 
Carole ne cesse de répéter à sa mère « c’est chez moi », comme si elle avait besoin de s’en convaincre.
Certaines femmes (et certains hommes) ont un rapport particulier à la sphère domestique, ils doivent se la réapproprier en permanence. Tout comme un lion marque son territoire pour le délimiter, je sais que dans mon couple ma femme peut repasser le coup d’éponge là où j’ai moi-même mis un coup d’éponge !
 
On ne voit pas qui d’autre que Josiane Balasko pour camper Jacqueline !
Josiane est géniale, comme d’habitude, et elle adore ce rôle de maman qui sait ce qu’elle veut… et qui est assez proche de ce qu’elle est dans la vie. Jacqueline est d’une mauvaise foi très attachante ! Dans la vraie vie, Josiane n’a qu’une fille et, heureusement pour elle, elle n’est pas confrontée à ce problème de préférence entre ses enfants.
 
De manière égoïste pour moi, je reconnais que c’est un bonheur de travailler avec une femme qui a à son actif les plus grandes comédies françaises. Et elle n’est pas lassée par ce qu’elle fait : elle est toujours gourmande de ses personnages et très concernée par l’écriture. Et quand c’est Balasko qui vous remet des virgules en place, on l’écoute !
 
Mathilde Seigner est dans un registre plus doux que dans la plupart de ses films.
Mathilde est une comédienne extrêmement juste avec une vraie nature. Il en faut pour assurer face à Jérôme ou Josiane. Cela m’intéressait d’utiliser sa personnalité virulente en l’amoindrissant. Carole a failli être larguée par Alain à la fin de Retour chez ma mère.
 
Depuis, elle s’est apaisée et accepte même une thérapie de couple pour tenter de résoudre certains de leurs problèmes, à commencer par un souci commun à de nombreux vieux couples, une sexualité très assagie. La présence de sa mère à la maison ne va pas faciliter ce « renouveau sexuel ».
 
Comment avez-vous eu l’idée de faire appel à Line Renaud ?
Pour jouer la mère de Balasko, il me fallait une énorme personnalité, mais aussi quelqu’un de légitime et crédible. D’ailleurs, dans la vie, Line sait ce qu’elle veut et ne se laisse pas marcher dessus. Line Renaud est totalement crédible en mère de Balasko. Grâce à Dany Boon, elle est devenue une sorte de grand-mère universelle.
 
Peut-on parler d’une licence Retour chez ma mère ?
En termes de licence on n’est pas chez Marvel (rires), néanmoins ces personnages m’offrent la possibilité d’aborder d’innombrables problématiques familiales. Si j’ai envie de parler de la différence d’âge, je peux le faire à travers le personnage de Balasko. Si j’ai envie d’évoquer les jalousies au sein de la fratrie, c’est la même chose. Pour les problématiques entre amis, j’ai la licence Barbecue, je tourne d’ailleurs cet été une suite qui s’appelle Plancha.