Un léger doute de Stéphane De Groodt au Théâtre de la Renaissance : quand le doute nous prend...

La pièce commence là où les autres se terminent : les acteurs, deux par deux, viennent saluer le public, à la fois nous et pas nous puisqu’il s’agit d’un spectacle que nous n’avons pas vu. Cette entrée en matière nous met tout de suite dans l’ambiance de cette pièce loufoque, parfois dérangeante, où le théâtre alterne avec une « réalité » elle-même fictionnelle.


Après un bref tombé de rideau, nous retrouvons le plateau où chacun s’apprête à rejoindre son propre monde, chacun sauf Constance qui insiste pour rejouer quelques scènes de la pièce.
 
Stéphane, son mari, refuse d’abord puis finit par accepter -pour dix minutes seulement, dit-il-, sur l’insistance de son épouse et partenaire.
 
Se prenant au jeu, il en profite pour annoncer une nouvelle très surprenante, sans que l’on sache vraiment si cette annonce fait partie du premier spectacle ou non.
 
Toute la pièce se situera dans un monde intermédiaire entre le vrai et le joué, la fiction et la réalité, nous amenant à nous poser la question de savoir si nous ne sommes pas nous-mêmes les personnages d’une pièce d’un auteur qui nous serait inconnu…
 
Stéphane De Groodt, que l’on avait vu récemment dans « Qui est Monsieur Schmitt ? » de Sébastien Thierry a décidé cette fois-ci de voler de ses propres ailes en écrivant lui-même sa pièce.
 
On y retrouve avec plaisir son esprit loufoque et la fantaisie qu’il exprimait déjà si bien dans son livre « Voyage en absurdie ».
 
Il a confié la mise en scène à Jérémie Lippmann, grand habitué des planches parisiennes, depuis « La Vénus à la fourrure » qui lui valut un Molière en 2015 jusqu’au plus récent « Drôle de genre » sur cette même scène.
 
Pour ce texte facétieux, où les répliques fusent, le metteur en scène mène l’action à un rythme échevelé, qui ne faiblit pas, jusqu’au dénouement final très inattendu.
 
Les quatre acteurs sont à l’unisson dans ce projet théâtral où l’on sent un véritable travail en commun.
Stéphane De Groodt lui-même, tantôt Stéphane, tantôt Jacques, ni vivant ni mort, nous captive par son jeu décalé tout en finesse.
 
On ne présente plus Éric Esmolnino, qu’on avait découvert dans le film de Joann Sfar sur la vie de Gainsbourg, talent qu’il avait confirmé de nombreuses fois depuis, en particulier dans l’étonnant « Ramsès II » aux côtés de François Berléand.
 
Il est ici Alain, personnage lunaire dont on ne sait jamais où il est vraiment, mêlant à ses phrases des borborygmes dont lui seul a le secret.
 
Les deux épouses sont parfaites chacune dans leur rôle.
 
Constance Dollé nous avait déjà intrigués dans la pièce « Moi Moi et François B » face, elle aussi, à François Berléand. Elle donne ici la consistance qui convient à Marie, l’épouse-actrice qui tente en permanence de reprendre pied dans cet océan d’irrationnel.
 
Bérangère McNeese, nouvelle sur les planches, parvient à endosser parfaitement ce rôle pas si facile de la « ravissante idiote », aux propos parfois primaires mais toujours pleins de bon sens.
 
Le spectacle, mené tambour battant, nous séduit par sa drôlerie et sa légèreté et nous fait passer une très bonne soirée, plaisir bien appréciable en ces temps plutôt moroses.
 

Théâtre de la Renaissance
 
  • 20 Boulevard Saint Martin 75010 Paris
  • Du mardi au samedi à 21h samedi 16h30 Dimanche 15h30

Publié le 20/11/2023 à 01:00 | Lu 4316 fois




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