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Article publié le 01/12/2017 à 01:00 | Lu 1682 fois

Trente ans d'implants : quelles perspectives ?

A l’occasion du Congrès de l'Association Dentaire Française (AFD) qui se tient cette semaine à Paris, le Dr Franck Renouard, chirurgien-dentiste à Paris et référent scientifique ADF en implantologie fait le point sur trois décennies d’implants dentaires, une procédure devenue courante dans les cabinets dentaires. Trop courante ? Quels sont les prochains développements de ce dispositif incontournable ?


Qu’est-ce qu’un implant ?
Les implants dentaires sont des racines artificielles en titane qui sont enfouies dans l’os. Au contact du titane, l’os va cicatriser et se souder : c’est le phénomène d’ostéointégration qui prend 2 à 6 mois en fonction des cas cliniques. L’implant dentaire devient fonctionnel. Il est utilisé soit comme support d’une prothèse fixe (bridge ou couronne) soit pour stabiliser une prothèse amovible.
 
Comme pour une dent naturelle, il est difficile d’envisager une durée de vie pour les implants dentaires car elle dépend de plusieurs facteurs. Selon les nombreuses études scientifiques, les implants semblent plus fiables qu’un bridge ou qu’une prothèse amovible sur le long terme.
 
Rétrospective de l’implant
L’histoire des implants dentaires commence dans les années 1950, quand le professeur suédois Per Ingvar Bränemark découvre les propriétés de biocompatibilité du titane. Le Pr Bränemark décide ainsi d’utiliser le titane pour traiter les patients édentés, sa technique est d’ailleurs très proche des soins que l’on prodigue aujourd’hui, puisqu’il développe à l’époque une vis en titane qui se fixe dans la mâchoire pour servir de support à une prothèse dentaire.
 
Ce n’est qu’en 1981, qu’une société suédoise exploite pour la première fois cette nouvelle technologie des implants dentaires pour la proposer aux patients.
 
Avant que l’utilisation du titane ne se développe, les implants dentaires ne pouvaient pas s’intégrer à l’os de la mâchoire, comme cela est permis aujourd’hui. Mais la technologie ne cesse d’évoluer, puisque les chirurgiens-dentistes proposent maintenant des implants en alliages de titanes qui permettent d’obtenir une résistance mécanique plus importante qu’avec le titane. On trouve aussi des implants dentaires en Zircone ou en polymère qui permettent de recréer au plus près l’aspect d’une véritable dent. Il faut noter le manque de recul avec ces derniers matériaux.
 
La technique des implants dentaires profite par ailleurs de l’évolution de toutes les autres technologies. Ainsi les dentistes utilisent aujourd’hui les dernières technologies d’imagerie et de reconstruction 3D pour assurer une pose parfaite des implants dentaires.
 
Des progrès significatifs ont été faits dans le domaine de l’implantologie dentaire depuis le début des années 1980. La littérature rapporte maintenant des taux de succès de 95 à 98% ! La plupart des implants posés il y a plus de vingt ans ne présentent aucun problème. On peut croire que des implants ostéo-intégrés puissent le rester à vie. Des études rapportent cependant une durée de vie moyenne d’au moins 10 ans.
 
A noter qu’il reste possible de soigner des patients âgés de plus de 65 ans, (il n’y a pas de limite d’âge dès lors que les patients sont « opérables »), des malades atteints de diabète ou d’ostéoporose.
 
Implants et contre-indications
Les contre-indications à la pose d’implants peuvent :
- être d’ordre médical : un terrain immuno-déprimé, une affection systémique, des allergies majeures, un traitement médical à risque (anti-coagulant par exemple, chimiothérapie), certaines affections cardiaques (prothèse valvulaires mécaniques), ou des affections évolutives.
- être d’ordre anatomique : qualité des gencives, densité et structure de l’os, situation des nerfs dentaires inférieurs, volume sinusien.
- relever du patient : incompréhension des implications en matière de suivi, négligence, hygiène insuffisante et motivation faible sont tout aussi rédhibitoires.
Le bilan pré-implantaire passe par un examen clinique et médical et par une phase de radiologie et d’empreintes.
 
L’aptitude du chirurgien-dentiste : gage de réussite du geste
De plus en plus d’études montrent que l’attitude des praticiens a une influence forte sur les taux de succès. Ces concepts dérivés de l’aviation se basent sur les études en neurosciences. Le stress, la fatigue, la mauvaise communication dans l’équipe sont des facteurs qui peuvent influer sur les taux de complication. Attention également au « low cost » qui ont tendance à implanter à outrance et pas toujours à bon escient…
 
La sécurisation des pratiques implantaires passe donc par les amélioration technologiques (logiciel de simulation implantaire, guide chirurgical réalisé par ordinateur etc.) mais aussi par le travail sur les facteurs humains (communication sécurisée, contrôle croisé, diminution du gradient hiérarchique, Concept « Et Si », utilisation systématique des check listes etc.).
 
L’anticipation des procédures fait aussi partie de la fiabilisation des pratiques. Choisir les protocoles aux morbidités faibles est également une règle qui est en train de s’imposer dans le monde de l’implantologie. Les études montrent que, bien souvent, les greffes osseuses ne sont plus nécessaires. Il est tout à fait possible de restaurer des arcades édentées avec des implants courts ou de petit diamètre. Cela permet de ne pas greffer les patients, avec tous les risques opératoires inhérents. Les améliorations techniques associés à une approche prenant en compte les facteurs humains fait de la dentisterie implantaire une proposition thérapeutique sure et à faible morbidité.
 
Quelles perspectives pour les implants ?
Le futur est, sans aucun doute, orienté vers l’usage de l’organisation informatisée par CAO/FAO pour améliorer le design du pilier ou les couronnes temporaires par exemple. Cette option de développement n’est pas encore aboutie. D’autres directions de développement concernent la biologie moléculaire visant à accélérer le processus de cicatrisation osseuse autour de l’implant. D’autres champs de recherche, comme l’élaboration tissulaire ou les nanotechnologies semblent très porteurs mais, aujourd’hui, nous en savons encore très peu à leur sujet.