Toute une vie sans se voir au studio Hébertot : beaucoup de mots d'amour

Véronique Sanson et Michel Hamburger (qui deviendra plus tard Michel Berger) sont nés dans les beaux quartiers de l’Ouest parisien, à la fin des années quarante. Chez eux, dès leur plus jeune âge, résonnait déjà le son du piano. Bercés dans cette culture classique et très conventionnelle, ils auraient pu rester des jeunes gens rangés qu’on n’aurait jamais connus.


Toute une vie sans se voir  ©Alex Kiev
Mais, ni l’un ni l’autre, ne se satisfaisaient de ce monde trop « comme il faut ». Ils font connaissance à l’aube de leurs vingt ans et sont bien vite inséparables, devenant les auteurs compositeurs de talent que l’on connait, avec l’album « Amoureuse » sorti en 1972.
 
Mais, très vite la belle machine déraille, la rebelle Véronique a besoin d’autre chose et part, un matin, acheter des cigarettes, dit-elle, mais ne revient pas. Elle est allée rejoindre aux États Unis l’homme qu’elle avait rencontré peu de temps avant et qui lui avait inspiré certaines de ses dernières chansons.
 
Michel reste seul et brisé…
 
De cette aventure, qui serait assez banale chez des êtres ordinaires, est né le plus beau duo d’amour à distance qu’on puisse imaginer. Pendant de nombreuses années, les deux artistes ont entretenu un dialogue musical, fait de chansons se répondant par-delà l’océan, témoignant qu’aucun des deux n’avait oublié l’autre.
 
- « Seras-tu là ?» demande Michel.
- « Je serais là », répond Véronique.
 
A partir de cette histoire tragique et touchante, Julie Rousseau et Bastien Lucas ont imaginé un spectacle original fait de leurs chansons à l’un et à l’autre, se répondant vocalement sur le plateau. On découvre alors, les paroles de chacun réunies pour la première fois sur scène.
 
Au-delà de cette histoire véridique, les deux auteurs, y voyant une tragique fatalité, la transpose dans le mythe d’Orphée, parti chercher son Eurydice mais qui la perd une deuxième fois. Et on entend, la gorge serrée, l’appel de l’amoureux qui croit encore pouvoir revenir en arrière.
 
« Pour me comprendre », « Attends-moi », « Quelques mots d’amour »… chante Michel.
 
Le spectacle, très émouvant, est aussi très crédible, sans doute parce que les deux acteurs ont une ressemblance suffisante avec les personnages qu’ils représentent.
 
Mais c’est surtout vocalement que le miracle se produit, car tous deux ont aussi de belles voix, proches de celles de leurs modèles, contribuant encore à la magie de cette production.
 
Julie Rousseau, qui a le « chien » de Véronique, possède une remarquable présence sur scène. Sa voix est bien timbrée, avec des aigus très maîtrisés.
 
Bastien Lucas est un Michel Berger tout de douceur et de tristesse, qui parvient à nous communiquer avec grâce un subtil parfum de nostalgie des années seventies.
 
Et tous les deux, comme leurs aînés, possèdent une parfaite maitrise du piano.
 
La mise en scène de Stéphane Olivié Bisson est très ingénieuse, faisant chanter ses acteurs tantôt chacun sur son piano, tantôt les échangeant, ou jouant à quatre mains sur le même instrument, ce qui évite avec bonheur le simple récital à deux.

D’ailleurs, les chansons interprétées ne sont que des extraits qui se répondent, s’interrompent et se superposent.
 
Un spectacle très original, parfaitement maîtrisé, qui ravira bien sûr d’abord tous les fans du couple Berger/Sanson mais aussi d’autres plus jeunes, qui ne les ont pas connus, car l’amour, comme le mythe, est éternel.


Alex Kiev

Studio Hébertot
78bis Boulevard des Batignolles
75017 Paris
Du jeudi au samedi 19h  dimanche 17h
Jusqu’au 7 avril 2024

Publié le 27/02/2024 à 01:00 | Lu 3264 fois





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