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Article publié le 12/05/2021 à 01:00 | Lu 2753 fois

The Father : entretien avec Anthony Hopkins




Le 26 mai prochain sortira le film de Florian Zeller, « The Father », un long-métrage avec Anthony Hopkins et Olivia Colman qui raconte la trajectoire intérieure d’un homme de 81 ans, Anthony, dont la réalité se brise peu à peu sous nos yeux. Mais c’est aussi l’histoire d’Anne, sa fille, qui tente de l’accompagner dans un labyrinthe de questions sans réponses. Entretien avec l’acteur hollywoodien Anthony Hopkins.


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Quelle a été votre réaction en découvrant le scénario de « The Father » ?
J’ai été bouleversé. De temps en temps, il arrive qu’un scénario vous saisisse vraiment. Il vous prend aux tripes. Ça a été le cas de « The Father ». J’ai téléphoné à mon agent : “C’est magnifique! Je veux le faire“. Je m’étais déjà engagé sur un autre film. J’ai demandé à Florian s’il accepterait de m’attendre. Personne dans ce milieu, n’accepte jamais d’attendre un acteur. Mais Florian l’a fait.
 
Qu’est-ce qui vous séduisait particulièrement ?
L’écriture, si particulière, de Florian Zeller et Christopher Hampton - puissante, directe, compacte - et le fait que l’âge du personnage, corresponde exactement au mien ; un âge où l’on ressent la mélancolie. Je pouvais parfaitement comprendre ce qu’éprouvait cet homme. J’ai toujours eu beaucoup de chance en tant qu’acteur. Mais cette proposition était spécialement passionnante.
 
Anthony, votre personnage, est en pleine confusion, il peut aussi se montrer charmant, menaçant. Comment parvient-on à jouer un rôle aussi complexe ?
C’était presque facile pour moi. Encore une fois, je le comprenais. Même si je suis en forme, mon cerveau est assez vieux pour connaître les sentiments qui traversent cet homme. Je les ressens profondément…

Il s’est passé une année entre le moment où je me suis engagé sur le projet et le tournage proprement dit : pendant ce temps, quelque chose s’est passé en moi… C’était comme une lente préparation intérieure… J’étais devenu quelqu’un d’autre. Non, vraiment c’était facile. On utilise ses lacunes et son ignorance, et on en fait une forme de sagesse…
 
Et puis j’ai pensé à mon père. Il a décliné un an après avoir eu un infarctus qui l’avait rendu dépressif. Je me souviens qu’il passait sans cesse sa main devant les yeux. Il était devenu dur, désagréable. Parfois, il pleurait et c’était embarrassant de le voir comme ça. Les colères et les moments de rage de mon personnage me ramenaient vers lui. D’une certaine façon, je suis devenu mon père.
 
« The Father » joue constamment sur la confusion et la temporalité. Etait-ce une source de perturbation sur le plateau ?
Non. Je ne prêtais pas tellement attention aux changements de décor dans l’appartement. J’avais un emploi du temps réglé –se lever le matin, aller au studio, ce drôle de petit immeuble dans le nord-ouest de Londres… Aucun jeu n’était requis. Mon travail consistait juste à apprendre mon texte et me présenter sur le plateau...
 
Entre parenthèses, j’ai adoré l’éclairage de ce décor, ces horribles après-midi de soleil intense dans cette petite rue de banlieue. Vous entendez une voiture passer, des enfants parler, c’était touchant et douloureux. Je suis arrivé à un moment de ma vie où ces lumières et ces bruits m’émeuvent et m’effraient à la fois. Je ne suis pas quelqu’un qui a peur mais j’ai l’âge maintenant de ressentir ce genre d’émotions.
 
Y-a-t-il eu des scènes particulièrement difficiles ?
Quand un film est bien écrit, c’est comme regarder son GPS en voiture, il n’y a qu’à suivre la direction indiquée. Une seule fois, je me suis trouvé embarrassé. C’était la scène où je devais dire « Maman ! », à la fin du film.

On l’a répétée et j’ai perdu ma voix. Je résistais, je n’y arrivais pas. Me revenait à l’esprit une petite comptine de mon enfance, belle et lancinante. J’ai demandé à Florian si je pouvais quitter le plateau un moment. Je suis revenu une vingtaine de minutes plus tard. Avec toujours cette petite comptine qui me détruisait. J’étais revenu des années et des années en arrière.
 
Parlez-nous de votre partenaire, Olivia Colman…
J’ai eu la chance de travailler avec des acteurs extraordinaires dans ma vie. Olivia Colman est de cette trempe. Je ne suis pas sportif mais, face à elle, j’avais l’impression d’être sur un court de tennis. On se renvoyait la balle. Il m’est arrivé parfois d’éprouver du chagrin pour cette femme qu’elle interprète en la voyant sombrer dans la dépression devant le comportement de son père. Je vivais sa peine presque comme une frustration personnelle. C’était déchirant.