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Article publié le 05/04/2018 à 05:39 | Lu 5646 fois

Territoire de longévité : pour un parcours résidentiel et de soin de l'avancée en âge par Serge Guérin

Les récents mouvements sociaux dans les maisons de retraite ont permis d’inscrire dans l’agenda politico-médiatique la question de la condition des aînés. Souvent, à partir d’analyses misérabilistes et centrées sur la seule problématique des moyens à engager dans les Ehpad... Sauf que le sujet est bien plus large : il concerne d’abord notre capacité -ou plutôt notre incapacité- à penser la société de la longévité.


Territoire de longévité : pour un parcours résidentiel et de soin de l'avancée en âge par Serge Guérin
Le bien vieillir repose d’abord sur le regard social. La notion du bien vieillir reposant à la fois sur une appropriation individuelle et sur l’invention d’un récit collectif en faveur de la société de la longévité solidaire et intergénérationnelle.
 
Si, pour beaucoup, un monde qui prend des rides ouvre au déclin, voire à la guerre des générations, à l’inverse, il est possible de penser une société de la longévité solidaire et portée par le « care » et l’implication des acteurs. Cela engage à inventer un nouveau contrat social, oblige à penser les apports de la prévention et favorise l’innovation technologique et sociale en faveur du bien vieillir.
 
Encore faut-il savoir comment préserver son capital santé ! Education physique, nutrition, stimulation cérébrale, Eovi Mcd mag vous livre les petites astuces pour avancer en âge en pleine forme…
 
La démarche vise à répondre aux attentes et besoins évolutifs des personnes en évitant la stigmatisation et en accompagnant un parcours favorable à la poursuite de l’autonomie et du bien vieillir. Il s’agit de s’inscrire dans une dynamique, une attitude, une manière de vivre dans l’histoire, tout en préservant, dans la mesure du possible, les capacités physiques et neurologiques favorisant l’autonomie.
 
Dans cette optique, l’habitat reste un axe central -et même identitaire- pour les personnes qui avancent en âge. Pour autant, le rapport à son logement évolue avec l’âge et évoluera avec de nouvelles générations de seniors qui auront été plus mobiles. Reste que dans une perspective d’autonomie, le triptyque logement-habitat-environnement participe d’une approche globale que l’on pourrait résumer sous le terme d’éthique concrète de l’accompagnement.
 
En effet, une politique en faveur d’un environnement (physique et humain) adapté et évolutif devrait faciliter l’avancée en âge sans heurts de la personne. En lui permettant, si cela correspond à son souhait et à sa situation, de rester à son domicile dans un cadre de vie sécurisant et bienveillant. Ou, si nécessaire, de proposer un parcours plus large impliquant le séjour temporaire ou de long terme dans un ou des lieux d’accueil spécialisés. L’enjeu restant de contribuer à la prévention de la perte d’autonomie et au soutien des liens sociaux.
 
L’habitat participe directement, ici et maintenant, d’une dynamique de prévention tout au long de la vie. Une démarche qui s’appuie sur une approche architecturale favorable à la santé et à la prévention (cloisons modulables, domotique non intrusive évolutive, escaliers pouvant être complétés d’assistance, douche à l’italienne installée...).
 
Mais aussi, des services à la carte facilitant la qualité de vie (sécurité, systèmes de confort, offre de téléassistance, moniteurs d’activités physique adaptés…), et des innovations, sociales, favorables au développement de liens sociaux, ou technologiques, si nécessaire, autour de la domotique de protection et de suivi de santé et de la robotique sociale ou de service.
 
Dans cette optique, des systèmes de conciergerie offrant la possibilité de services et d’aides aux petits travaux, contribueraient à la fois à la qualité de vie, à l’autonomie des personnes et au sentiment de sécurité. Ces démarches se révélant créatrices d’emplois, pour les jeunes comme pour les seniors, pour les moins qualifiés comme pour les plus formés.
 
Plus largement, la prévention par le mode de vie devrait être l’axe structurant de la société de la longévité. Cela concerne en particulier la nutrition et l’activité physique adaptée. Une offre de proximité d’aliments de qualité, issus de circuits courts, participe pleinement de cette approche.
 
De la même manière, pouvoir disposer à proximité d’une salle de sport et d’un accès à des vélos et à des vélos électriques, avec organisation d’un service de réparation intégré, participerait de cette ardente nécessité.
 
Dans l’approche que nous défendons, le vivre à domicile plus longtemps pose la problématique du « chez soi ». D’un chez soi pour des seniors, d’un chez soi pour des personnes souhaitant échanger et rester en lien avec des générations plus récentes. Nous voici donc bien loin de cette culture du « maintien à domicile ».
 
C’est la question du nouveau chez soi qui est posé. Selon les résultats du Baromètre Fondation Korian pour le bien vieillir/Ipsos, le chez soi se défini d’abord par la possibilité de vivre à son rythme (63%), par la préservation de l’intimité (53%), par la possibilité de communiquer avec d’autres en toute liberté (45%). Viennent ensuite le fait de pouvoir pratiquer divers activités (37%) et de disposer d’un espace à soi (36%).
 
L’optique choisie n’est pas celle du tout « maintien à domicile », terme qui participe d’une approche normative portée par la contrainte, mais du parcours résidentiel et de soin de l’avancée en âge. Il s’agit d’accompagner, dans un espace adapté et désirable, la personne en fonction de ses choix et de ses possibilités.
 
L’attente des personnes c’est de vivre là où elles se sentent le mieux, où elles sont bien accompagnées et, en ayant un chez soi. L’enjeu, c’est donc d’accompagner la vie sociale des plus âgés tout en préservant leur autonomie et leur liberté. L’enjeu consiste à proposer un environnement et un accompagnement adapté pour soutenir et renforcer les potentialités de la personne âgée.
 
Cet accompagnement peut se dérouler au domicile habituel, dans un établissement collectif, médicalisé ou non, ou dans d’autres structures (colocation, habitat partagé, habitat intergénérationnel…). Quoi qu’il en soit, les Ehpad d’aujourd’hui sont appelés à évoluer forment sous la triple pression des attentes des personnes, des contraintes budgétaires et des technologies émergentes.
 
Les seniors de demain seront encore plus désireux de liens sociaux, de service et de confiance (au sens de capital social permettant la confiance dans l’autre de R. Putnam). Des attentes qui entreront en tension avec la question des niveaux de revenus et de patrimoine. Les contraintes budgétaires, dans un monde plus marqué par l’insécurité nécessitant d’investir sur la sécurité et l’Education, ne permettrons sans doute pas de démultiplier les Ehpad que nous connaissons aujourd’hui.
 
Enfin, les technologies numériques favoriseront un suivi « hors les murs » permettant à ces établissements d’évoluer en plate-forme territoriale de soin pour l’ensemble des personnes en perte d’autonomie mais aussi, pour l’accompagnement en santé des populations environnantes.
 
L’attente des personnes, c’est de vivre là où elles se sentent le mieux et en sécurité, où elles sont bien accompagnées et en ayant un chez soi. L’enjeu, c’est de développer une approche, des pratiques et des attitudes en faveur de la préservation de l’autonomie des personnes, de valoriser leurs potentialités et de respecter leur intégrité.
 
Serge Guérin, sociologue. Professeur à l’INSEEC où il dirige le MSc Directeur des établissements de santé.