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Article publié le 21/05/2019 à 01:19 | Lu 1195 fois

Recommandations sanitaires de Santé Publique pour les voyageurs en 2019

La période actuelle se signale par une série de records auxquels sont confrontés les médecins en charge de conseiller les voyageurs, mais qui tous soulignent l’importance de la médecine des voyages dans des situations où s’entremêlent le développement des échanges internationaux, la croissance touristique, les modifications climatiques et la circulation de fake news. Le point avec Daniel Camus* et Christian Chidiac** dans le dernier Bulletin Epidémiologique Hebdomadaire de Santé Publique.


Recommandations sanitaires de Santé Publique pour les voyageurs en 2019
Les voyageurs, quelles que soient leur destination et les conditions du voyage, sont fréquemment victimes de problèmes de santé. Le taux de voyageurs malades varie de 15% à 70% selon les études, en fonction du type de voyage, des destinations et des conditions de séjour.
 
La diarrhée est toujours le plus fréquent des problèmes de santé en voyage, avec les infections des voies aériennes supérieures, les dermatoses et la fièvre. Les études les plus récentes montrent aussi l’émergence de pathologies non infectieuses : mal d’altitude, mal des transports, traumatismes et blessures, d’origine accidentelle mais aussi intentionnelle.
 
Le risque de décès par mois de voyage a été estimé à 1 pour 100 000 (1 pour 10 000 pour les personnes impliquées dans des opérations humanitaires). Les causes de mortalité en voyage sont, dans la moitié des cas environ, cardiovasculaires.
 
Les autres causes de décès, plus en rapport avec le voyage, se partagent entre accidents de la voie publique, noyades, homicides et suicides. Les infections ne rendent compte que de 1 à 3% des décès. Les causes de rapatriement sanitaire sont proches de celles de la mortalité en voyage : traumatiques (accidents, loisirs, agressions), vasculaires (cardiaques et neurologiques) et psychiatriques.
 
Si les étiologies infectieuses des décès ou des pathologies graves, imposant une évacuation sanitaire, sont peu fréquentes, c’est en grande partie parce que les recommandations qui suivent permettent de les éviter.
 
Les voyageurs ayant été hospitalisés ou rapatriés sanitaires au cours de leur voyage présentent un risque de portage de bactéries multirésistantes (BMR) qui doit faire l’objet d’un dépistage en cas d’hospitalisation dans une structure de soins
 
Rougeole : cette maladie explose partout dans le monde. Pas un jour sans la déclaration d’un, voire de plusieurs foyers épidémiques. La France est même montrée du doigt en raison de la faiblesse de sa couverture vaccinale et du risque qu’elle représente pour d’autres pays plus vertueux en termes de santé publique.
 
Encéphalite japonaise : la vaccination contre cette affection est de plus en plus demandée, notamment par les étudiants qui effectuent des stages de longue durée et par les cadres de l’industrie qui s’expatrient en Inde et dans les pays du Sud-Est Asiatique.
 
Chimioprophylaxie : celle du paludisme se trouve soudain confrontée à des détracteurs qui veulent promouvoir l’utilisation de la plante Artemisia annua sans preuve d’une efficacité attestée par des études cliniques méthodologiquement contrôlées. Et, sans tarder, des cas de paludisme ont été observés chez des voyageurs qui ont utilisé cette plante en guise de prophylaxie du paludisme.
 
Outbreaks : plusieurs épisodes de fièvres de Lassa et de maladie à virus Ebola apparaissent particulièrement préoccupants en Afrique car ils se révèlent délicats à contrôler dans des pays disposant de très peu de moyens, en dehors de ceux fournis par l’aide internationale. En Amérique du Sud, c’est la crainte d’une troisième vague de fièvre jaune au Brésil alors que circule encore activement les virus Chikungunya et Zika.
 
Rage : la vaccination contre cette maladie fait l’objet d’une forte demande à un double titre. Les touristes qui fréquentent les parcs animaliers où circulent librement des singes sont souvent agressés et mordus, ce qui déclenche presque systématiquement la mise en route, localement, d’un traitement post-exposition qui doit être poursuivi après le retour en France.
 
Quant aux voyageurs de longue durée (étudiants en stage, cadres expatriés), ils sont de plus en plus demandeurs de l’application du schéma OMS (Organisation mondiale de la Santé) de vaccination préventive à deux doses qui, en France, reste « hors AMM ».
 
Dengue : la forte saison de mousson en Asie, attribuée par les spécialistes au dérèglement climatique, a contribué à une véritable explosion des cas de dengue, y compris dans des zones hautement touristiques qui se croyaient à l’abri de ce type d’épidémie.
 
*Membre de la Commission spécialisée Maladies infectieuses et maladies émergentes, président du groupe de travail, Haut Conseil de la santé publique
** Président de la Commission spécialisée Maladies infectieuses et maladies émergentes, Haut Conseil de la santé publique