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Article publié le 19/03/2019 à 01:00 | Lu 1586 fois

Qui m'aime me suive ! Entretien avec Daniel Auteuil

Le dernier film de José Alcala, Qui m’aime me suive, sort sur les écrans le 20 mars prochain. Il met en scène Catherine Frot, Daniel Auteuil et Bernard Le Coq dans une comédie qui aborde les amours seniors et leurs difficultés ! De l’humour certes, mais une véritable problématique de société. Entretien avec Daniel Auteuil.


Connaissiez-vous José Alcala ?
Pas du tout. Il est venu me voir un jour, son scénario sous le bras. Parce qu’il est un homme comme je les aime, à la fois doux, déterminé, respectueux et ouvert à la discussion, j’ai tout de suite sympathisé avec lui.
 
Forcément, après notre rencontre, j’ai lu très vite son scénario et comme ce dernier m’avait plu, je lui ai dit très vite aussi que je ferai son film. Les choses se sont passées très simplement.
 
Qu’est-ce qui vous avait séduit dans le scénario ?
L’histoire de ces trois personnages, plus près de leur vieillesse que de leur jeunesse. Tout en se rendant compte qu’ils sont, quand même, devenus un peu hors du temps, ils vivent comme s’ils avaient oublié que les années avaient passé.
 
Restés accrochés à leurs idéaux, ils ont gardé quelque chose de l’enfance, cette période bénie où l’on croit, dur comme fer, que la réussite n’est pas essentielle, et que l’amour et l’amitié sont des sentiments éternels. Et patatras !
 
Le ton avec lequel leur trio était raconté, à la fois fantaisiste et subtil, m’a fait penser à celui d’un film que j’ai toujours adoré, Drame de la jalousie, d’Ettore Scola. J’ai craqué !
 
Qu’est-ce qui vous a particulièrement touché chez Gilbert ?
J’ai beaucoup de tendresse pour les gens qui comme lui, sont déclassés socialement. J’en ai connu plein, de ces êtres qui sont passés à côté de leur vie, et qui, tout en le niant, se retrouvent dans un désenchantement total. Parce que les choses ont changé, et qu’ils n’ont pas su s’adapter.
 
Au fond, Gilbert n’est dupe de rien, mais il s’obstine à cavaler après ses illusions perdues. C’est ça qui le rend désagréable, grognon et, par moments, irascible. C’est un looser, Gilbert. Il m’a fait beaucoup de peine. Et puis qu’il parte, comme cela, vent debout, à la reconquête de sa femme m’a plu.
 
J’ai eu envie de le défendre, même s’il est assez lointain de moi, qui me considère comme un homme chanceux, et réaliste. Conserver le sens des réalités a toujours été vital pour moi. D’ailleurs, si un jour, à l’instar de Gilbert, je le perdais, je crois que je ne pourrais plus jouer !
 
Comment avez-vous « habité » Gilbert ?
Petit à petit, au jour le jour. Au cinéma, on accompagne les personnages, et en retour, ils nous accompagnent aussi. Tout se fait tranquillement, au fil des scènes, mais comme on ne tourne que rarement dans la continuité, ils peuvent parfois nous surprendre, dévoiler un truc imprévu.
 
On ne construit pas un rôle de cinéma comme ceux du théâtre. Au théâtre, où on doit livrer chaque soir la même prestation, on est obligé de « visser » nos personnages, bien en amont des représentations. C’est pour cela qu’il y a des répétitions. Au cinéma, le travail est plus dans l’instant de la prise, il peut être plus instinctif. L’alternance me convient bien.
 
A votre avis, Qui m’aime me suive ! relève-t-il du romanesque ?
Non. Deux amis de toujours soudés par (ou en dépit de) l’amour qu’ils portent à une même femme…je suis sûr que cela existe. De même que je suis sûr aussi, qu’une femme peut vivre tranquillement en se partageant entre deux hommes. Tout est possible dans la vraie vie.
 
Ce n’est pas pour rien qu’on dit que la réalité dépasse souvent la fiction ! Je suis d’ailleurs persuadé que Simone, Etienne et Gilbert ne sont pas des personnages imaginaires, que José les a connus. Il les a trop bien « décrits » de l’intérieur pour les avoir complètement inventés. C’est sans doute ce qui explique qu’il nous ait si bien dirigés.
 
Comment qualifieriez-vous son film ?
Je dirais que c’est une comédie romantique sur des gens qui ne capitulent pas. Quand on regarde Qui m’aime me suive !, je trouve qu’il fait un bien fou. Malgré les engueulades et les bagarres dont il est jalonné, c’est quand même un film qui baigne dans la tendresse.







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