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Article publié le 06/02/2018 à 01:00 | Lu 1807 fois

Quel habitat-soignant pour nos vieux jours ? Par Christiane Baumelle

En France, personne ne choisit de vivre et de finir à l'hôpital, ni en EHPAD, ni en maison de retraite. Cela signifie que notre formule nationale proposée, notamment aux très vieux, est à changer. Dans ce contexte, quel habitat-soignant est à imaginer pour nos vieux jours ? Par Christiane Baumelle, psychosociologue et fondatrice de Cocon3S.


Quel habitat-soignant pour nos vieux jours ? Par Christiane Baumelle
Vivre en grande collectivité n’intéresse que les enfants pour des colonies de vacances ou à la limite, les jeunes en internat scolaire ; une vie en grande collectivité limitée dans le temps, qui permet de suivre des études dans de meilleures conditions sans longs trajets à effectuer.
 
Mais globalement, chacun se sent bien chez soi ou en famille, ou avec des amis et connaissances. En tous cas, en petits groupes et dans une ambiance conviviale et chaleureuse. Rappelons que nous sommes programmés depuis la nuit des temps pour vivre en tribu. C'est pourquoi la solitude n'est pas naturelle, ni la vie en grande collectivité d’ailleurs !
 
Quand nous avons lancé « les Cocon3S » (2008), un concept de cohabitations conviviales et solidaires de seniors dans de grandes maisons ou appartements coloués, nous avons rencontré un succès fou qui ne s’est pas tari pas malgré la difficulté de concrétiser des unités sans l'aide des pouvoirs publics.
 
Cela prouve que le concept de « vie ensemble » en groupe de 5 à 10 personnes maximum est sécurisant pour beaucoup et semble être une bonne formule contre la solitude et la peur des problèmes de santé. Alors qu'à l’origine on pensait que le partage des frais était le critère de choix prépondérant au vu des petites retraites, il s'est avéré être un critère secondaire…
 
Gardons à l'esprit que cette expérience qui a attiré un nombre considérable de personnes -grand public, journalistes, cinéastes, bailleurs publics et privés ou municipalités- est le signe d’une aspiration profonde de chacun pour le « vivre en famille ou avec des copains » et qu'elle se concrétise aujourd’hui dans les habitats groupés transgénérationnels qui fleurissent un peu partout.
 
Si on se souvient de la population ciblée à l'origine, les personnes plus ou moins âgées, on peut extrapoler le projet et l'appliquer plus largement au public des personnes en besoin de ne plus vivre seules du fait de leur âge certes, mais également de leur état de santé et du degré de leur dépendance.
 
Un bailleur social nous donne un bon exemple en Bretagne avec la construction de deux appartements F5 destinés aux malades désorientés souffrant d'Alzheimer vivant en colocation. Ils sont situés dans un immeuble HLM en rez-de-chaussée donnant sur un jardin. La prise en charge médicale et d'accompagnement de la vie quotidienne était assurées par le département via une association, car à l’époque ce type de structure n'existait pas officiellement. Pourtant, ce projet expérimental contentait tout le monde : les résidents, leurs familles et les salariés.
 
Pensons aussi aux structures qui existent actuellement et qui font la une des journaux avec les revendications des personnels soignants : Les EHPAD. Elles perdent de vue ce pour quoi elles existent : le soin quotidien et l'accompagnement.
 
Elles sont lourdes et affaiblies par une administration trop lourde associée à une gestion usurière du temps salarié soignant, alors que de leur côté, les résidents dépendants paient cher un « service » qui ne peut être bien fait dans cette logique gestionnaire qui rogne sur tout. In fine, seuls les ainés bénéficiant de l'aide sociale peuvent se l'offrir ; les toutes petites retraites ne bénéficiant pas des aides, ne peuvent y aller ! Un comble !
 
Il faut donc abandonner cette formule peu satisfaisante, qui n'est plus ni un lieu de soin, ni un lieu de bien-être.
 
Suggestion : une nouvelle formule d’EHPAD pourrait utilement renforcer l'hôpital en devenant beaucoup plus soignante, en accueillant des personnes âgées très malades et en intégrant les services de soins palliatifs, par exemple.
 
Pour les personnes âgées plus ou moins dépendantes et actuellement dans les EHPAD et maisons de retraite, préférons des structures plus légères et en petites unités de vie de moins de dix personnes comme celle précitée. Le bâti, son entretien et sa gestion locative sont pris en charge par les bailleurs publics et privés, ce qui est leur métier. Cela soulage par ailleurs, les finances et le travail des conseils départementaux et des communes.
 
Imaginons un appartement de 300m2 de dix chambres -dont une pour la garde de nuit. On y trouve une cuisine, une salle-à-manger, un salon, des espaces informatiques, de lecture, de jeux, de gymnastique et de réunions.
 
Chaque résident dispose d’une chambre de 18 à 20 m2 dans laquelle il peut amener certains de ses meubles. Une salle-de-bains avec WC est incluse dans sa chambre. Ces dernières sont équipées pour les soins et le levage des ainés. Le loyer mensuel devrait être de 200 euros pour un HLM et de 300 euros pour un ILN -ou équivalent- en fonction de la région concernée.
 
La vie quotidienne est assurée et gérée par une maîtresse de maison qui prépare -entre autres- les repas avec les résidents intéressés. Dans ce contexte, on peut envisager une livraison de plats dans toutes les unités de vie pour un coût réel moindre. Le budget nourriture pour chaque résident dépend du choix des produits et s’étale de 150 à 300 euros mensuels.
 
Dans ce type d’hébergement, les toilettes et les soins sont assurés par deux aides-soignantes. Une infirmière passe chaque jour également pour les soins et l’administration des médicaments. Un médecin assure les visites médicales en fonction des besoins. Les examens plus sérieux s’effectuent à l'hôpital.
 
L'après-midi, des activités et des animations sont proposées par des professionnels. C'est le conseil général qui assure la gestion des personnels nécessaires à l'accompagnement et ceux de l'animation. Ceux-ci assurent leur temps de travail dans les différentes unités de vie. Une cote part est demandée à chaque résident mais elle est calculée selon leurs moyens et ne doit pas dépasser les 400 euros mensuels. Quant aux prestations des personnels médicaux, elles sont financées par la sécurité sociale de chaque résident.
 
Pour conclure, on voit qu'on n'est plus dans un coût global massif et obscur -comme dans les EHPAD- mais dans une gestion transparente avec des coûts accessibles à tous. Bref, une structure légère à taille humaine. En ce sens, on se rapproche du modèle danois dans lequel la plupart des personnes âgées envisagent d'aller !
 
Alors, ce gouvernement qui veut tout changer, aura-t-il le courage de mettre en place ce type de changement ? Nous, on veut bien l'expérimenter en Finistère par exemple !






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