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Article publié le 10/01/2018 à 01:50 | Lu 1363 fois

Probablement Les Bahamas de Martin Crimp à l'Artistic Théâtre

On connaît -et on apprécie- le théâtre britannique contemporain rendu célèbre par Harold Pinter et Samuel Beckett, dont on voit souvent des reprises sur les scènes parisiennes. On connaît moins l’un de leurs successeurs, Martin Crimp, né en Angleterre en 1956 et qui a vécu à New York pendant les deux dernières décennies.


La pièce fut écrite pour la radio en 1986, puis jouée en 2008 à Toulouse sous l’égide du Festival d’Automne. Le texte est court, un peu plus d’une heure, mais dense.
 
Quatre personnages occupent la scène dont seulement trois d’entre eux prennent la parole, le quatrième, qu’on voit assis et de dos, n’étant qu’un témoin muet à qui s’adresse de temps à autres, un des protagonistes.
 
Deux personnages donc, un homme et une femme d’une soixantaine d’années, Milly et Frank, retraités sans doute, se remémorent leurs voyages passés –c’était probablement aux Bahamas, propose Frank, sans en être totalement certain-, évoquant également leur vie de tous les jours ponctuée par les tribulations de leur fils Mark et de son épouse Irène.
 
Le tout est pimenté par la présence d’une jeune fille au pair, danoise probablement, sensée faire le ménage mais qui, pour toute occupation, reçoit de nombreux appels téléphoniques et dont la tenue très décontractée a le don d’exciter Frank et… d’agacer Milly.

Probablement Les Bahamas de Martin Crimp à l'Artistic Théâtre
Et c’est essentiellement Milly qui parle, son époux complaisant se contentant la plupart du temps de lui répondre machinalement. Derrière son babil incessant, transparait deux des grands maux de notre époque, l’ennui et la peur du silence, avec la volonté hystérique de les combler coûte que coûte.
 
Et puis, de temps en temps, la jeune fille au pair Marjka prend le relais, proposant sa vision du monde totalement décalée mais tout aussi vide. On est proche de Thomas Bernhardt, mais aussi de Beckett, le texte n’étant pas sans rappeler les monologues de Winnie dans « Oh les beaux jours ! », ponctués par les seuls grognements de son époux Willie.
 
La mise en scène d’Anne-Marie Lazarini contribue largement à cette atmosphère de huis-clos. Un vaste décor unique occupe totalement la scène, représentant le rez-de-chaussée d’une maison avec cuisine, séjour, deux chambres et une salle de bains. Au fond de la scène un palmier évoquant les tropiques, lieu réel, à moins que ce ne soit juste dans l’imaginaire de nos deux retraités.
 
Le spectacle se termine par un tiré de rideau sur lequel est projeté la façade d’une maison coquette de banlieue. Tout est dit, aucun espoir d’évasion n’est possible, les personnages sont irrémédiablement emprisonnés dans leur univers.
 
Les trois acteurs tirent le meilleur de ce texte exigeant, mention particulière à Catherine Salviat dans le rôle de Milly, qui mérite tous les honneurs, mais ses deux compères Jacques Bondoux et Heidi-Eva Clavier ne sont pas en reste. Un spectacle original qui confirme la qualité des productions de ce théâtre.
 
Alex Kiev

Artistic Théâtre
45 rue Richard Lenoir
75011 Paris

La pièce est programmée Jusqu’au 16 Janvier