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Article publié le 04/10/2021 à 02:00 | Lu 774 fois

Pour l'OMS, le problème de la démence n'est pas résolu...




D’après le Rapport mondial de situation sur l’action de santé publique contre la démence, publié début septembre par l’Organisation mondiale de la Santé, seuls un quart des pays du globe disposent d’une politique, d’une stratégie ou d’un plan national pour soutenir les personnes atteintes de démence et leurs familles. La moitié de ces pays se situent dans la Région européenne de l’OMS. Pourtant, même en Europe, de nombreux plans arrivent, ou sont déjà arrivés, à leur terme, d’où la nécessité d’un engagement renouvelé de la part des gouvernements.


Pour l'OMS, le problème de la démence n'est pas résolu...
Dans le même temps, le nombre de personnes atteintes de démence s’accroît, comme l’indique le Rapport : d’après l’OMS, ce problème touche plus de 55 millions de personnes (8,1% de femmes et 5,4% d’hommes âgés de plus de 65 ans). Selon les estimations, ce nombre devrait atteindre les 78 millions en 2030 et 139 millions en 2050.
 
La démence est causée par des maladies et des traumatismes divers qui affectent le cerveau, comme la maladie d’Alzheimer ou un accident vasculaire cérébral. Elle touche la mémoire et d’autres fonctions cognitives, ainsi que la capacité à effectuer des tâches de la vie quotidienne.
 
Le handicap associé à la démence est un facteur clé des coûts liés à cette maladie. En 2019, le coût mondial de la démence était évalué à 1 300 milliards de dollars. Il devrait s’élever à 1.700 milliards de dollars d’ici à 2030, ou à 2.800 milliards de dollars si l’on tient compte de la hausse du coût des soins.
 
« La démence prive des millions de personnes de leurs souvenirs, de leur indépendance et de leur dignité, mais elle prive également le reste d’entre nous des personnes que nous connaissons et aimons, a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, cirecteur général de l’OMS.
 
« Le monde abandonne les personnes atteintes de démence, et nous en souffrons tous. Il y a quatre ans, les gouvernements sont convenus d’un ensemble d’objectifs clairs visant à améliorer les soins aux personnes atteintes de démence. Mais les objectifs à eux seuls ne suffisent pas. Nous avons besoin d’une action concertée si nous voulons que toutes les personnes atteintes de démence puissent vivre avec le soutien et la dignité qu’elles méritent. »
 
Renforcer le soutien, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire
Le rapport souligne qu’il est nécessaire de renforcer de toute urgence le soutien au niveau national, tant en termes de soins aux personnes atteintes de démence que d’aide aux personnes qui dispensent ces soins, que ce soit dans un cadre formel ou informel (ndlr : les aidants).
 
Les personnes atteintes de démence ont besoin de soins primaires, de soins spécialisés, de services communautaires, de réadaptation, de soins au long cours et de soins palliatifs. Si la plupart des pays (89 %) qui communiquent des données à l’Observatoire mondial de la démence de l’OMS déclarent fournir certains services de proximité, l’offre est plus importante dans les pays à revenu élevé que dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.
 
Les médicaments contre la démence, les produits d’hygiène, les aides techniques et les aménagements du logement sont en outre plus facilement accessibles, et bénéficient d’un meilleur niveau de remboursement, dans les pays à revenu élevé que dans les pays à plus faible revenu.
 
Le type et le niveau des services proposés par les secteurs de la santé et de l’action sociale déterminent également le niveau des soins informels, qui sont principalement dispensés par les membres de la famille. Les soins informels représentent environ la moitié du coût global de cette maladie, tandis que les coûts relevant de l’action sociale en représentent plus d’un tiers.
 
Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, le coût des soins prodigués relève la plupart du temps des soins informels (65%). Dans les pays plus riches, le coût des soins informels et ceux relevant de l’action sociale s’élève à environ 40% dans chaque cas.
 
En 2019, les aidants passaient en moyenne cinq heures par jour à apporter une aide aux tâches de la vie quotidienne à la personne atteinte de démence dont ils s’occupaient ; 70 % de ces soins étaient dispensés par des femmes.
 
Compte tenu des difficultés financières, sociales et psychologiques auxquelles sont confrontés les aidants, l’accès à l’information, à la formation et aux services, ainsi qu’au soutien social et financier, revêt une importance particulière. Actuellement, 75% des pays déclarent apporter un certain niveau de soutien aux aidants, même si, là encore, il s’agit principalement de pays à revenu élevé.
 
Une nouvelle initiative pour mieux coordonner la recherche sur la démence
Une série d’essais cliniques infructueux sur différents traitements, combinée aux coûts élevés de la recherche et du développement, a entraîné une baisse d’intérêt pour de nouveaux travaux.
 
On constate toutefois une augmentation récente du financement de la recherche sur la démence, principalement dans les pays à revenu élevé, comme le Canada, le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique. Ce dernier pays a porté ses investissements annuels dans la recherche sur la maladie d’Alzheimer de 631 millions de dollars. en 2015 à un montant estimé à 2,8 milliards de dollars en 2020.
 
« Pour avoir de meilleures chances de réussir, les efforts de recherche sur la démence doivent avoir une orientation claire et être mieux coordonnés, a déclaré la Dr Tarun Dua, Chef de l’Unité de la santé du cerveau à l’OMS. C’est pourquoi l’OMS élabore un schéma directeur pour la recherche sur la démence, un mécanisme de coordination mondial qui structurera les travaux de recherche et encouragera de nouvelles initiatives. »
 
L’une des pierres angulaires des travaux de recherche à venir devrait consister à inclure les personnes atteintes de démence, leurs aidants et leurs familles. Actuellement, deux tiers des pays qui communiquent des données à l’Observatoire mondial de la démence font « rarement » voire pas du tout participer les personnes atteintes de démence.
 
Nets progrès des campagnes de sensibilisation
En revanche, sous l’impulsion de la société civile, les pays de toutes les régions ont bien progressé dans la mise en œuvre de campagnes de sensibilisation visant à améliorer la compréhension de la démence par le grand public. Deux tiers des pays qui communiquent des données à l’Observatoire mènent des campagnes de sensibilisation. Et deux tiers ont pris des mesures visant à améliorer l’accessibilité des environnements physiques et sociaux pour les personnes atteintes de démence et à fournir une formation et une éducation à des groupes de population en dehors du secteur de la santé et de l’action sociale, comme les bénévoles, la police, les pompiers et les intervenants de première ligne.
 
Le Rapport mondial de situation sur l’action de santé publique contre la démence fait le bilan des progrès réalisés à ce jour en direction des objectifs mondiaux à l’horizon 2025, qui sont exposés dans le Plan mondial d’action contre la démence, publié par l’OMS en 2017.
 
Il s’appuie sur des données issues des estimations sanitaires mondiales 2019 de l’OMS, de l’étude 2019 sur la charge mondiale de la maladie (Global Burden of Disease study 2019) et de l’Observatoire mondial de la démence de l’OMS. À ce jour, 62 pays ont communiqué des données à l’Observatoire, dont 56% de pays à revenu élevé et 44% de pays à revenu faible ou intermédiaire. Ensemble, ces pays comptabilisent 76% des personnes âgées de 60 ans ou plus. Les données portent sur des questions allant des politiques nationales aux services de diagnostic, aux traitements et aux soins, en passant par le soutien aux aidants, ainsi que la recherche et l’innovation.
 
Les travaux de l’OMS sur le Plan d’action mondial contre la démence, y compris l’Observatoire mondial de la démence, sont soutenus par l’Agence exécutive de l’Union européenne pour les consommateurs, la santé, l’agriculture et l’alimentation (CHAFEA), les gouvernements de l’Allemagne, du Japon, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et de la Suisse, ainsi que l’Agence de la santé publique du Canada.

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