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Article publié le 14/09/2022 à 03:00 | Lu 1101 fois

Plan 75 : entretien avec la réalisatrice Chie Hayakawa (partie 2)




Le film Plan 75, de la Japonaise Chie Hayakawa est sorti sur les écrans le 7 septembre dernier. Un long-métrage présenté au Festival de Cannes dans Un Certain Regard qui évoque la question du vieillissement de la population et un « remède » pour éviter les « charges inutiles » pour la société : c’est-à-dire les anciens à qui l’on propose… l’euthanasie ! Entretien avec la réalisatrice Chie Hayakawa.


La situation est horrible, tous les employés de Plan 75 sont polis et gentils. Est-ce un trait japonais que vous vouliez critiquer ?
Je voulais surtout dépeindre la violence avec un visage doux. Le massacre au début du film et le programme PLAN 75 partent d’un concept commun. PLAN 75 est d’autant plus dangereux qu'il a l'air gentil et aimable.
 
J'ai donc essayé de renforcer l'apparence sucrée du PLAN 75. En rendant les gens polis et gentils, je veux montrer qu’ils arrêtent de penser et acceptent tout ce que le gouvernement décide. "Arrêter de penser" est une chose très effrayante pour moi.
 
Le programme Plan 75 est en relation avec une entreprise qui recycle les corps des personnes âgées. Ce profit est l’un des éléments les plus terrifiants du film.
Je veux dépeindre l'insulte à la dignité humaine, le mépris de la vie. Cette inhumanité vient du concept que la productivité est la chose la plus importante au monde. C'est l'idée centrale de PLAN 75.
 
Pouvez-vous nous parler de votre travail avec le directeur de la photographie ?
Hideho Urata était extraordinaire, tant par son talent de directeur de la photographie que par sa personnalité. C'était très excitant devoir comment il capturait la scène et créait un univers cinématographique.
 
Il m'a également donné des conseils sur le scénario et sur la réalisation. Son attitude m’a beaucoup appris sur l'importance de la communication et le pouvoir de la positivité. Je souhaitais saisir les transformations des personnages par le biais du cadrage.
 
Au début du film, la caméra est proche de Michi et au fur et à mesure que sa solitude grandit, la caméra se positionne plus loin de Michi. Elle prend de moins en moins de place à l’écran, exprimant son isolement et la place de l’individu dans la société.
 
Afin de souligner l’inhumanité du Plan 75, les scènes représentant le processus du programme, le bureau du centre-ville et le centre d’euthanasie lui-même, sont éclairées par des néons aux couleurs pâles pour créer un ton d’artifice froid.
 
À l’inverse, la maison de retraite où Maria travaille, l’église catholique et les scènes de la vie quotidienne de Michi sont ensoleillées et captées dans des tons chauds.
 
Vous éliminez tous les éléments spectaculaires. Cela renforce le réalisme et l’horreur.
Je voulais que le public n’ait pas l'impression qu’il s’agisse de science-fiction, mais que cela pourrait arriver ou que cela commence déjà à arriver. J'ai donc essayé de faire en sorte que tout semble ordinaire, à l'image du paysage social actuel.
 
Pouvez-vous parler de vos acteurs ? Hayato Isomura l’employé de Plan 75, la jeune fille au téléphone et bien sûr, le vieil homme et Chieko Baisho, la vieille dame.
Hayato Isomura, qui joue Hiromu, a joué des rôles secondaires dans de nombreuses séries télévisées et films. Il peut jouer tous les rôles : le Yakuza, le lycéen beau gosse, le gay extraverti. On le qualifie souvent de caméléon de l'écran. Il a commencé à jouer des rôles principaux ces dernières années et est devenu l'une des figures les plus marquantes du cinéma japonais.
 
Yuumi Kawai, qui joue Yoko, est un talent émergent. Elle a fait ses débuts d'actrice en 2019. C'est donc assez récent. Elle a remporté le prix du meilleur espoir dans un festival de cinéma au Japon cette année. Elle a beaucoup de talent.
 
Taka Takao, qui joue Yukio, l'oncle d'Hiromu, est un acteur de théâtre chevronné, que l’on voit rarement au cinéma. Chieko Baisho (Michi) est une actrice et chanteuse légendaire, bien connue pour son rôle de Sakura dans la longue série Tora-san. Une rétrospective d'un an est actuellement en cours à Paris à la Maison de la culture du Japon.





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