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Article publié le 07/10/2020 à 01:00 | Lu 578 fois

Pasteurdon 2020 : Covid-19 et grippe, trois questions à Sylvie Behillil de l'Institut Pasteur




Cette année, l'Institut Pasteur donne le top départ du Pasteurdon dans un contexte exceptionnel. En effet, il va s’agir d’un rendez-vous inédit puisqu’il sera 100% digital. Celui-ci se tiendra le 7 octobre 2020 à 12h, en présence de la fidèle marraine Alexandra Lamy, qui célèbre ses 10 ans d’engagement à leurs côtés. A cette occasion, Sylvie Behillil* de l’Institut Pasteur répond à trois questions.


Q : « Vous travaillez maintenant depuis plus de 6 mois sur la Covid-19 et avez permis le séquençage du génome complet du virus et son isolement dès la fin janvier 2020. Comment avez-vous vécu cette période ? »
R : « Tout d’abord, je tiens à souligner qu’il s’agit là d’un travail d’équipe. Toute l’équipe du CNR s’est mobilisée pour pouvoir séquencer et isoler le virus. Un moment intense. Depuis janvier, au CNR, dès que nous avons appris qu’un nouveau virus circulait en Chine et pouvait provoquer des infections respiratoires graves, nous avons travaillé sur une méthode de diagnostic qui soit spécifique au virus et suffisamment sensible.
 
Après avoir détecté les premiers cas en France, nous l’avons rapidement séquencé puis nous avons réussi à l’isoler courant janvier. Pendant plus d’un mois nous avons reçu plus de 250 échantillons par jour, nous avons eu besoin de renfort, des personnes volontaires ont été formées pour venir en aide aux différentes équipes du CNR.
 
Cette période a été difficile car nous avons été sollicités de tous les côtés mais sur le plan scientifique, c’est très intéressant de travailler sur un nouveau virus. »
 
Q : « Quels ont été les points importants en matière de collaboration scientifique ? »
R : « Au CNR, une des priorités est la surveillance de l’épidémie et du comportement du virus. Nous avons participé à différents projets de mise au point de tests, particulièrement sur la sérologie. A l’Institut Pasteur, plusieurs chercheurs ont développé leur propre technique de détection d’anticorps.
 
Nous avons beaucoup travaillé avec Etienne Simon-Lorière, responsable du labo Évolution génomique des virus ARN à l'Institut Pasteur, sur l’analyse des séquences génétiques. Les collaborations sont nombreuses et essentielles pour avancer le plus rapidement possible.
 
Nous avons également fourni des isolats viraux à de nombreux chercheurs pour avoir une meilleure connaissance de ce virus.
 
Actuellement un projet avec les équipes de l’hôpital Bichat, à Paris, « CoV-Contact » est en cours. Le but est de suivre au niveau sérologique des soignants qui ont été en contact non protégé avec une personne infectée par la Covid, voir comment ils s’immunisent, dans quels délais et comment évoluent les anticorps. »
 
Q  : «  Alors que l’épidémie de Covid se poursuit, il ne faut pas oublier la grippe ou bien la bronchiolite du nourrisson. Comment ces maladies vont cohabiter ?
R : « Si nous nous basons sur la clinique, au début de l’infection nous ne pouvons pas tellement faire la différence entre la grippe et la Covid.
 
Ces deux virus provoquent les mêmes symptômes : fièvre, courbatures, maux de tête, toux. De plus, le Virus respiratoire syncytial (VRS) qui touche principalement les nourrissons (responsable de la bronchiolite) peut également être responsable de syndromes grippaux chez les enfants, les adultes et les personnes âgées.
 
Il faut continuer à appliquer les gestes barrières (porter le masque, se laver régulièrement les mains, désinfecter les surfaces, rester à une distance supérieure à 1 mètre) pour limiter la transmission de la Covid mais aussi celle de la grippe et des autres virus respiratoires.
 
Peut-être que cet hiver, le nombre de cas de grippe sera moins important que les précédentes années. En Australie, c’est le cas actuellement, mais il est difficile d’extrapoler. »

*Sylvie Behillil, responsable adjointe du CNR des virus des infections respiratoires (dont la grippe) à
l’Institut Pasteur